C’est depuis plus d’un mois que les Congolais attendent la publication du Gouvernement. Malgré la nomination du Premier ministre le 20 mai dernier, la situation reste latente, alors que les tractations entre le Front commun pour le Congo (FCC) et le Cap pour le changement (CACH perdure. Face aux blocages au sein de la coalition, des voix s’élèvent pour demander au Président Félix Tshisekedi de dissoudre le Parlement, en majorité FCC. Cette coalition a-t-elle des chances de survivre ? Est-elle utile pour le pays ? Quelle perspective pour cette alliance d’intérêt ? Porte-parole de l’Église du Christ au Congo (ECC), le révérend Eric Nsenga donne sa lecture des faits.
L’alliance CACH – FCC n’est pas une coalition d’égale à égale, quoique l’on parle d’un accord entre deux camps politiques, où le lien important devrait reposer sur l’équilibre des forces, estime ce pasteur protestant.
D’après le Révérend Eric Nsenga, les deux regroupements politiques doivent leur coalition à un accord qu’ils ont librement scellé. Cet accord devrait, en principe, reposer sur un contrat, un programme politique, une idéologie commune, souligne-t-il.
UNE COALITION DESEQUILIBREE
Toutefois, relève le porte-parole de l’ECC, les deux regroupements politiques n’ont pas voulu cet accord en amont, mais c’est la situation ambiante qui a conditionné leur union au sein d’une coalition, révèle-t-il au »Journal du citoyen ».
« Sur le plan institutionnel, argumente-t-il, la Constitution reconnait quatre institutions : le Président de la république, le Parlement, le Gouvernement, et les Cours et tribunaux. Lorsque l’on met les deux familles politiques sur une balance, on réalise vite que le CACH n’a que la Présidence. Le FCC, pour sa part, contrôle à la fois le Sénat, l’Assemblée nationale, les Assemblées provinciales… où il détient la majorité. Il en est de même des gouverneurs, dont la plupart sont de son obédience. Le FCC aura également la majorité au Gouvernement, qui sera composé par le Premier ministre ».
« Par voie de conséquence, fait remarquer Eric Nsenga, la plateforme de Joseph Kabila contrôle aujourd’hui trois de quatre institutions. Or, nous sommes sous le régime semi-présidentiel, où le chef de l’État, quoique patron de l’Exécutif, n’est pas responsable devant le Parlement. C’est plutôt le Premier ministre, qui est constitutionnellement habilité à répondre devant le Parlement, d’autant qu’il dirige la politique de la nation ».
« C’est là où les choses sont difficilement potables, dans la mesure où le FCC-CACH est une coalition déséquilibrée. C’est bien là la grande faiblesse. D’un côté, il y a un levier fort, ou une manivelle du pouvoir, et d’autre, une famille qui peut rester là à se contenter de quelques postes au Gouvernement », fait remarquer Eric Nsenga.
UNE COALITION APPELEE A GARANTIR L’UNITE NATIONALE
« Quel intérêt la République démocratique du Congo tire-t-elle de cette coalition au pouvoir? », s’interroge nombre de Congolais. A cette question, le porte-parole de l’ECC répond sans ambages. « Si les choses sont bien orientées, cette coalition épargnera le pays de la tentative de sécession, de division, de balkanisation… Parce que, grâce à Félix Tshisekedi, la coalition a pu amortir certains chocs qui pouvaient être violents… », explique le révérend Eric Nsenga.
« Quand on parle de choc, précise-t-il, on voit la réaction populaire à l’endroit du système de Kabila. La coalition est venue, en fait, s’ériger en garde-fou. Elle peut favoriser l’unité nationale et redonner confiance à la communauté internationale ».
APPEL AU DIALOGUE
« Toutefois, souligne le porte-parole de l’Eglise protestante en RDC, la coalition FCC-CACH souffre aujourd’hui de la légitimité, d’autant qu’elle repose sur des bases fragiles. Il faudrait, en guise de remède, que les deux parties s’accordent sur un agenda commun. Or, on s’aperçoit qu’il y a un problème de règlement de compte, lorsqu’on entend Félix Tshisekedi lâcher : ‘Je veux déboulonner le système' ».
« Dans cette optique, note le révérend Eric Nsenga, l’ECC ne voit pas comment le FCC et le CACH vont persister longtemps ». A travers son porte-parole, l’Eglise du Christ au Congo appelle, dès lors, les deux familles politiques au dialogue autour d’une table pour éviter une guerre susceptible d’avoir des incidences négatives sur le pays.
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