8 mai 2025 : commémoration du 80e anniversaire de la Victoire de 1945 dans un monde plus que jamais sous tension

S’il est un anniversaire qui devrait rassembler plutôt que diviser, c’est bien celui de la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Mais cette année, il reflète les fractures du monde, car à la guerre en Ukraine qui oppose, de fait, les alliés de 1945, il y a la « disruption » de Donald Trump. Triste fête.

S’il est un anniversaire qui devrait rassembler plutôt que diviser, c’est bien celui de la fin de la Seconde Guerre Mondiale. En 1945, Les États-Unis et leurs alliés européens, et l’Union soviétique, étaient vainqueurs ensemble de l’Allemagne nazie.

Quelques semaines plus tôt, Roosevelt, Churchill et Staline immortalisaient cette alliance par une célèbre photo prise à Yalta, en Crimée alors soviétique. La suite est connue : la guerre froide, la chute du mur de Berlin, le dégel puis le retour de la glaciation.


La commémoration de la « grande guerre patriotique », comme on l’appelle à Moscou, est chargée de symboles. © AFP – Archives Snark / Photo12 via AFP

80 ans plus tard, le 8 mai en Europe, et le 9 à Moscou pour cause de décalage horaire, la commémoration de la victoire a le goût de la poudre : la guerre est de retour sur le continent, et elle oppose, de fait, les alliés de 1945.

Et pour compliquer un peu plus le paysage stratégique, les États-Unis, leader du « monde libre » comme on disait au temps de la guerre froide, se retrouvent, avec Donald Trump, à remettre en question l’ordre international construit en 1945, et à pactiser avec la Russie.

C’est à Moscou que le théâtre diplomatique est le plus symboliquement chargé. Trois ans après son invasion de l’Ukraine, Vladimir Poutine veut montrer aux Occidentaux qu’ils ont échoué à l’isoler : son ami chinois Xi Jinping, dirigeant de la deuxième puissance mondiale, effectue depuis hier une visite en Russie et ses soldats défileront au côté de l’armée russe sur la place rouge.

D’autres leaders étrangers ont choisi de s’afficher à Moscou, dont un dirigeant d’un pays de l’Union européenne, Robert Fico, le premier ministre slovaque, qui rompt les rangs et va applaudir le défilé de l’armée russe tandis que l’Ukraine est sous les bombes. Idem pour le premier ministre serbe, Alexandar Vucic, candidat à l’adhésion à l’UE, qui fait passer son nationalisme slave avant toute autre considération.

Mais la prise de choix de Poutine, c’est Lula, le président brésilien, qui pense défendre un certain non-alignement en se rendant à Moscou, alors qu’il cautionne le viol de la Charte de l’ONU. C’est l’angle mort de la diplomatie de Lula, au logiciel resté coincé dans un anti-impérialisme d’un autre temps.

En fait, nous sommes en pleine recomposition du monde, Simon. Les institutions nées après 1945, comme les Nations Unies, sont en reflux alors que les rapports de force redeviennent la norme, comme au 19ème siècle.

Il n’y a pas deux blocs comme au temps de la guerre froide, mais un monde fracturé, qui ne sait pas encore comment tout cela se terminera. Donald Trump a accéléré la décomposition de l’ordre international par son agressivité brouillonne : un jour impériale vis-à-vis de ses voisins, le lendemain poignardant ses alliés dans le dos, le troisième déclenchant une guerre commerciale aberrante.

Le club de Moscou du 9 mai profite de l’effet repoussoir du trumpisme. Xi Jinping et Vladimir Poutine en tirent avantage, eux qui disaient à voix haute il y a deux ans que le monde n’avait pas connu de tels changements depuis longtemps, et que c’était la Russie et la Chine qui étaient à la manœuvre. Hier, ils ont affirmé dans un communiqué commun que c’est eux, la Chine et la Russie, qui « défendent le résultat victorieux de la Seconde Guerre mondiale, centré sur la défense d’un ordre international basé sur le droit », un comble quand l’un des deux s’est assis sur ce même droit pour envahir son voisin.

Le 9 mai, les Européens préfèreront une autre célébration : la journée de l’Europe, marquant le 75ème anniversaire de la déclaration Schumann, l’acte de naissance de la construction européenne. A chacun ses symboles, c’est cela aussi la guerre froide.

 


Radio France / Provinces26rdc.com

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