Guet-apens à la Maison Blanche : quand s’entretenir avec Trump dans le Bureau ovale devient risqué

Pour un chef d’État, être reçu par le président de la plus grande puissance mondiale dans le Bureau ovale de la Maison Blanche était le Graal diplomatique. Sous Donald Trump, c’est désormais prendre le risque de tomber, comme l’Ukrainien Volodymyr Zelensky et dans une moindre mesure le Sud-africain Cyril Ramaphosa, dans une potentielle embuscade hyper-médiatisée.


Le président américain Donald Trump (D) accueille le président sud-africain Cyril Ramaphosa dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, à Washington, le 21 mai 2025 © Jim WATSON / AFP

Nouvelle embuscade à la Maison Blanche. Le président sud-africain Cyril Ramaphosa a été, mercredi 22 mai, la dernière victime en date d’une série de guet-apens diplomatiques dans le Bureau ovale. Une pratique qui a commencé avec l’altercation verbale explosive entre Donald Trump et son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky en février.

Le milliardaire américain a transformé en épreuve – pouvant tourner au clash hyper-médiatisé – ce qui n’était sous son prédécesseur Joe Biden qu’une simple occasion de prendre de sages photos diplomatiques.

Le spectacle est devenu familier : un dirigeant perché sur le bord de son fauteuil capitonné, devant la célèbre cheminée du Bureau ovale, attendant nerveusement le sort qui lui sera réservé.

Le républicain de 78 ans jouera-t-il la carte du charme envers son hôte ? Montrera-t-il les nouvelles dorures ou portraits (de lui ou de l’un de ses prédécesseurs controversés) qu’il a fièrement installées dans l’antre de la présidence américaine ? Défiera-t-il son invité sur les droits de douane, le commerce ou l’aide militaire américaine ? Ou va-t-il purement et simplement lui rentrer dedans ?

Personne ne peut le deviner avant d’arriver. Les dirigeants savent seulement que lorsque les caméras seront autorisées à pénétrer dans la pièce, ils seront sur la corde raide.

La chaleur et l’espace confiné ajoutent à la tension, alors que le milliardaire imprévisible tente de mettre son invité dans l’embarras et de prendre le dessus.

« Éteignez les lumières »

Donald Trump avait placé la barre haut lorsqu’il a reçu Volodymyr Zelensky le 28 février.

Les tensions liées au pivot soudain de Washington vers la Russie ont éclaté au grand jour lorsque le président américain, rouge de colère, a réprimandé vertement le dirigeant ukrainien, l’accusant de manquer de gratitude pour l’aide militaire américaine.

Beaucoup se sont alors demandé s’il s’agissait d’une embuscade délibérée. Depuis, l’objectif des capitales étrangères est « d’éviter un Zelensky ».


Le président américain Donald Trump (D) lors d’un échange virulent avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, à Washington, le 28 février 2025 © SAUL LOEB / AFP

La visite du président sud-africain mercredi est celle qui a ressemblé le plus à une redite – et cette fois, elle était clairement planifiée.

Il est arrivé avec les golfeurs sud-africains Ernie Els et Retief Goosen dans l’espoir d’adoucir Donald Trump, passionné de ce sport. Et contrecarrer ses accusations infondées d’un « génocide » supposé contre les fermiers blancs en Afrique du Sud.

Le visage du président sud-africain a trahi sa perplexité quand Donald Trump a demandé soudain qu’on « éteigne les lumières » et qu’on lance une vidéo. Sur les images, des hommes politiques sud-africains scandaient « Tuez les Boers [fermiers blancs descendants de colons européens, NDLR] ».

Le président Ramaphosa, stupéfait, a regardé l’écran, puis Donald Trump, et à nouveau l’écran. Mais à la différence du président ukrainien, qui a argumenté face à un Donald Trump de plus en plus en colère, le chef de l’État sud-africain a gardé son calme.

Résultat : on ne lui a pas demandé de quitter la Maison Blanche à la différence du président ukrainien, qui a raté le repas.

« Un grand moment de télévision »

D’autres dirigeants sont arrivés fin prêts. Certains sont sortis pratiquement indemnes de l’épreuve, voire avec une certaine gloire.

Malgré sa nervosité palpable, le Premier ministre canadien Mark Carney a tenu bon quand Donald Trump a réclamé que son pays devienne le 51e État américain, martelant qu’il n’avait « jamais été à vendre ».

 


Le président américain Donald Trump (D) rencontre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu dans le bureau ovale de la Maison Blanche, à Washington, le 7 avril 2025 © SAUL LOEB / AFP

Le Premier ministre britannique Keir Starmer a convaincu Donald Trump avec une lettre du roi Charles III, tandis que le président français Emmanuel Macron a repris son numéro de camaraderie diplomatique, gestes d’affection à l’appui.

Les alliés idéologiques du moment sont les plus chanceux, comme le Salvadorien Nayib Bukele, accueilli chaleureusement après avoir accepté d’accueillir dans une méga-prison des migrants déportés depuis les États-Unis.

Mais certains ont été mis dans l’embarras. Si le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a reçu un accueil digne du premier invité étranger du second mandat de Donald Trump, il en a été tout autrement à son retour en avril. Les caméras n’ont pas manqué sa mine stupéfaite lorsque le président américain a annoncé des négociations directes avec l’Iran.

Une sorte de télé-réalité, pour un président issu du monde des médias. Après la passe d’armes avec Volodymyr Zelensky, Donald Trump s’était d’ailleurs félicité d’un « grand moment de télévision ».

 


AFP / France 24 / Provinces26rdc.com

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