Depuis la chute de Goma aux mains du M23 et la délocalisation des institutions provinciales, la région de Beni a également hérité de la criminalité. Depuis début avril 2025, la criminalité, qui battait des records à Goma avec des braquages, assassinats et kidnappings, semble s’être déplacée vers la région de Beni. Depuis lors, les vols à main armée et les fusillades se sont multipliés.
En effet, la soirée du dimanche 9 février 2025, deux personnes sont mortes à la suite d’un braquage orchestré par des hommes armés inconnus à Kanzuli, en ville de Beni. Ce jour-là, les assaillants, munis d’armes à feu, ont fait irruption dans la maison d’un commerçant nommé Kakule Mayasa, où ils ont tiré sur les clients présents.
Quelques jours plus tard, dans la nuit du 20 au 21 février, un opérateur économique a été assassiné par des hommes armés à Bulongo, une commune du territoire de Beni. Criblée de balles, la victime est morte sur le coup, selon la société civile locale.
Le mois de mars a également été sombre. Il a débuté par la mort de trois personnes, dont deux militaires des FARDC, tuées par des inconnus en plein centre de la ville de Beni, chef-lieu provisoire de la province. À ces assassinats s’ajoutent cambriolages, enlèvements, braquages et d’autres actes d’insécurité qui plongent la population dans l’incertitude de son quotidien.
La commune d’Oicha, chef-lieu du territoire de Beni, est elle aussi frappée par cette criminalité depuis le début de l’année. La société civile locale dresse un tableau sombre.
« Depuis mars, nous assistons à des assassinats. Le 28 mars, une fillette âgée d’au moins deux ans a été retrouvée morte, le corps mutilé et privé de certains organes. Puis un taximan a été tué par balle au quartier Mbimbi. Le 2 mai, un autre corps d’une fillette mutilée a été découvert. Les cas ciblant les enfants sont déjà au nombre de deux. Puis, un autre taximan a été assassiné le 28 mai au quartier Pakanza. Enfin, un commerçant a été tué le 29 juin au quartier Bakaiku », répertorie Darius Syahira, rapporteur de la société civile d’Oicha.
Parallèlement à ces assassinats, les vols, la plupart à main armée, sont récurrents dans la commune d’Oicha. Une nuit ne passe sans qu’un vol ne soit signalé. La société civile dénonce cette situation et réclame davantage de sécurité pour une population déjà frappée par les conséquences de la nébuleuse ADF.
Le bourgmestre adjoint d’Oicha estime que les bandits opérant dans sa commune seraient venus de Goma, tombée fin janvier 2025 aux mains du M23.
« Il y a des bandits qui sont déjà parmi nous, des individus qui ont fui la guerre du M23. Certains se sont installés à Butembo, d’autres à Beni, voire à Oicha. Ils travaillent en équipe et connaissent les déplacements de chacun », déclare Jean-De Dieu Kibwana.
Pour faire face à ce banditisme, les autorités locales et les services de sécurité ont instauré un couvre-feu. Il est désormais interdit de circuler entre 22 heures et 5 heures du matin dans la commune d’Oicha.
En ville de Beni, les autorités provinciales multiplient les efforts pour mettre fin à ce fléau. Des présumés criminels sont régulièrement arrêtés et présentés aux autorités provinciales. Ainsi, le lundi 11 août 2025, les services de sécurité ont présenté au gouverneur du Nord-Kivu des présumés criminels appréhendés la nuit du samedi 9 août 2025, après le braquage d’une institution de microfinance en plein centre-ville de Beni.
Parmi ces bandits figuraient des étrangers. Des sommes d’argent en francs congolais et en dollars américains, ainsi que des outils utilisés lors du braquage, ont été présentées à l’autorité provinciale.
Le porte-parole du gouvernement provincial du Nord-Kivu explique que l’autorité a ordonné que les audiences en flagrance soient exécutées rapidement afin de dissuader ceux qui cherchent à opérer illégalement dans la ville de Beni. « Ce sont des malfrats. Le nombre exact ne peut être divulgué car les enquêtes sont en cours pour démanteler tout le groupe », déclare-t-il, promettant la rigueur de la loi à tous les criminels qui se cachent au sein de la communauté.
La semaine dernière, le vendredi 8 août 2025, vingt-deux autres présumés bandits, dont deux policiers, ont été présentés à la presse à Beni. La police les accuse d’avoir formé des bandes criminelles destinées à déstabiliser la ville.
LePotentiel / Provinces26rdc.com
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