La Colombie dénonce une «menace d’invasion» américaine après une mise en garde de Trump

Les relations entre la Colombie et les États-Unis, déjà à leur plus bas, se dégradent davantage après les menaces de Donald Trump d’une intervention américaine si Bogota n’arrêtait pas « immédiatement » la production de drogue.

La Colombie fait face à une « menace d’invasion ou d’action terrestre ou militaire », a déclaré ce lundi 20 octobre sur Blu Radio le ministre colombien de l’Intérieur Armando Benedetti. Évoquant par ailleurs la possibilité que les États-Unis procèdent à la pulvérisation de glyphosate sur les cultures de drogue présentes en Colombie, Armando Benedetti a prévenu qu’une telle opération constituerait une atteinte à la « souveraineté » de son pays.

La veille, sur son réseau Truth Social, Donald Trump avait accusé son homologue colombien Gustavo Petro d’être un « baron de la drogue qui encourage fortement la production massive de stupéfiants ». Il l’avait incité à « fermer ces champs de la mort immédiatement, sinon les États-Unis les fermeront pour lui et cela ne se fera pas gentiment ». Le président américain a en outre annoncé la suspension du versement des aides financières accordées à la Colombie, sans préciser lesquelles. En réaction, Bogota a rappelé son ambassadeur aux États-Unis pour consultations.

Bogota « n’est pas en mesure de faire face à une guerre commerciale » avec Washington, estime Angelica Montes, docteure en philosophie politique en Colombie. La Colombie est le pays d’Amérique du Sud recevant la plus importante aide financière de Washington, selon les données américaines, avec plus de 740 millions de dollars versés en 2023, la dernière année dont les données sont disponibles. La moitié de cette somme est consacrée à la lutte contre la drogue. Le reste sert notamment à financer des programmes humanitaires et alimentaires.

« Les relations avec la Chine et les Brics sont encore timides. La Colombie ne peut donc pas espérer se séparer du jour au lendemain de son premier partenaire commercial, qui est aussi celui qui investit le plus en Colombie en matière de coopération internationale », pointe Angelica Montes.

Bras de fer

Les relations entre les deux pays, historiquement alliés, ont atteint leur point le plus bas avec l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche et l’élection en 2022 du premier chef de l’État colombien de gauche, Gustavo Petro. Washington a révoqué en septembre le statut de la Colombie qui était considérée comme un de ses 20 partenaires dans la lutte antidrogue. Celle-ci a répliqué en suspendant ses achats d’armes aux États-Unis, son principal partenaire dans le domaine militaire.

Depuis, le ton entre les deux capitales ne cesse de monter. Considérant que Donald Trump était « trompé » par ses « conseillers », Gustavo Petro a assuré que la politique antidrogue américaine avait « causé un million de morts en Amérique latine » et n’était qu’« un prétexte pour contrôler cette région », notamment afin d’« obtenir le pétrole bon marché du Venezuela ».

Mais pour Angelica Montes, le risque d’escalade est pour l’heure limité. Le président colombien, explique-t-elle, cherche surtout à redéfinir la place de la Colombie sur la scène internationale et sur le continent : « Petro a toujours cherché à faire entendre la voix de la Colombie sur la scène internationale et à se placer lui-même au centre des débats. Il cherche à montrer que le pays doit être écouté et pas seulement obéir. Plus qu’un affrontement direct, on assiste à une tension symbolique. Mais la Colombie est encore très liée à Washington, elle ne peut pas réellement divorcer des États-Unis. »


rfi / Provinces26rdc.com

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