Brigitte Bardot : mort d’une icône inoubliable et controversée

Elle avait arrêté le cinéma en 1973. Une carrière d’actrice assez courte, un peu plus de vingt ans, mais riche. Brigitte Bardot tourna 56 films dont certains cultes. Chanteuse aussi, avant de devenir pionnière de la cause animale et de faire polémique par ses positions politiques.

Star planétaire, considérée comme une des plus belles femmes du XXe siècle, Brigitte Bardot, alias « BB », est morte ce dimanche 28 décembre à l’âge de 91 ans, après plusieurs hospitalisations ces derniers mois. Annonce faite par communiqué par sa Fondation.

Un mythe mondial

Nous sommes en 1956. Brigitte Bardot a 22 ans et le cheveu fou, le regard sauvage, la moue boudeuse. Elle improvise un mambo les pieds nus, la jupe fendue, devant Jean-Louis Trintignant qui n’en peut plus. Inoubliable scène de “Et Dieu créa la femme” de son mari Roger Vadim qui l’avait prédit : BB, qui a déjà à l’époque une petite carrière de cinéma et de théâtre derrière elle, devient, avec ce film, sa lascivité et son verbe trainant, “le fantasme inaccessible de tout homme marié”. Et un mythe mondial.

“Et Dieu créa la femme” fait plus de 4 millions d’entrées en France, le double aux États-Unis et rapporte – d’après Antoine Pinay, le ministre des Finances du général de Gaulle – plus de devises que la Régie Renault. Cinémonde écrit alors de la jeune femme :

“Le sex-appeal, c’est Marlene Dietrich, le glamour, c’est Ava Gardner, le oomph, c’est Jane Russell, le t’ça, c’est Suzy Delair, le pep, c’est Marilyn Monroe. Brigitte Bardot mélange tous ces ingrédients explosifs, y ajoute un zeste de fantaisie personnelle, elle sera le pschitt. »

Ce n’était pas écrit pour cette jeune fille issue d’une famille croyante, rigoureuse et bourgeoise du 16e arrondissement de Paris. Au départ passionnée de danse classique, elle devient d’abord mannequin et dès l’âge de 15 ans notamment la mascotte du magazine Elle.

Ses jupes Vichy et ses ballerines sont partout. Dario Moreno confirme en chanson : « Oh ! BB, BB, BB, je connais beaucoup de femmes, qui voudraient bien te ressembler, mais aucune n’a, comme toi, ce petit je ne sais quoi  » (Brigitte Bardot, 1961). Et les films s’enchaînent. Elle tourne avec Claude Autant-Lara, Henri Georges Clouzot, Louis Malle ou Jean-Luc Godard.

Sur le tournage du « Mépris » de Jean-Luc Godard, 1963 © Getty – Sunset Boulevard

Qui ne se souvient pas de BB allongée, nue, sur un lit, demandant à Michel Piccoli s’il aime ses fesses, ses seins et tout le reste ? Le critique Jean-Louis Bory écrit alors, visionnaire :

“Si le phénomène Bardot doit représenter plus tard quelque chose de l’histoire du cinéma, c’est dans le Mépris (tourné en 1963) qu’on le trouvera. »

Bardot fait tourner les têtes – elle se marie 4 fois et Gainsbourg lui écrit Je t’aime… moi non plus – rend fou les paparazzi qui la traquent jusqu’à la Madrague, sa maison de pêcheurs, son refuge les pieds dans l’eau de Saint-Tropez. La star étouffe. Dès 1960, assez tôt dans sa carrière, elle fait une tentative de suicide.

Clap de fin en 1973, sur le tournage de “L’Histoire très bonne et très joyeuse de Colinot Trousse-chemise” de Nina Companeez. Brigitte Bardot n’a pas 40 ans qu’elle décide de plaquer le cinéma. Tout lui semble alors ”dérisoire, superflu, ridicule, inutile » écrit-elle dans ses Mémoires. Le dernier plan de cet ultime long métrage : c’est elle, une colombe à la main.

Un combat pionnier et une fondation pour les animaux

Brigitte Bardot au chenil de Saint-Jean Aumont, le 12 avril 1991 © Getty – ARNAL

Elle consacre ensuite toute son énergie à la défense des animaux contre les traitements barbares infligés par les humains. Ce combat qu’elle a commencé dès 1962 devient la raison essentielle de son existence. Contre la chasse aux bébés phoques sur la banquise du Canada, contre l’usage de la fourrure dans la mode française ou contre l’abattage de moutons lors de fêtes musulmanes. Et elle finit par créer, en 1986, sa propre fondation.

En mai dernier, elle était réapparue à la télévision après onze années d’absence pour demander l’abolition de la chasse à courre : « On est le dernier pays d’Europe, avec l’Irlande, à pratiquer cette ignoble chose » expliquait-elle. Après avoir déjà aussi combattu le gavage des oies ou le sort d’éléphants malades du zoo de Lyon.

Plusieurs condamnations pour propos racistes

Elle se fait aussi remarquer à de nombreuses reprises pour ses déclarations anti immigration. Celle qui voyait en Marine Le Pen « la Jeanne d’Arc du XXIe siècle » et qui soutiendra publiquement à la fin des années 90 les premiers maires FN de grandes villes, Toulon et Vitrolles, avait été condamnée à 5 reprises pour incitation à la haine raciale.

Le Monde rappelle sa lettre publiée par le magazine d’extrême droite Présent dans laquelle Brigitte elle alerte contre l’Aïd-el-Kébir, un thème récurrent : « On égorge femmes et enfants, nos moines, nos fonctionnaires, nos touristes et nos moutons, on nous égorgera un jour, et nous l’aurons bien mérité. La France musulmane, une Marianne maghrébine ? Pourquoi pas, au point où on en est ? » Elle se défendra alors à la barre en affirmant : « Je ne suis pas raciste dans l’âme. »

Brigitte Bardot avait aussi été condamnée à 20 000 euros d’amende pour ses propos racistes sur les Réunionnais en novembre 2021, affirmant qu’ils ont des « des gènes de sauvages » et des « réminiscences de cannibalisme ». Propos qu’elle disait avoir tenu dans une lettre ouverte adressée au préfet de la Réunion en mars 2019 « sous le coup de la colère et de l’émotion ».


radio france / Provinces26rdc.com

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