M23 : bienvenue dans la « rébellion-business » qui n’a plus rien d’une lutte de libération !

Dans l’est de la République démocratique du Congo, une rébellion singulière continue de semer la mort, la peur et la désolation.

Mais pour de nombreux Congolais, ce conflit n’a plus rien d’une lutte de libération. Sur les réseaux sociaux comme dans les rues de Goma ou de Bukavu, beaucoup parlent désormais d’une “rébellion des aventuriers, des sapeurs et des escrocs”, accusée d’avoir transformé la guerre en entreprise d’enrichissement.

Depuis près de deux mois, la crise sécuritaire dans l’est du pays a franchi un nouveau seuil dramatique. Fin janvier 2025, Goma est tombée aux mains des rebelles du Mouvement du 23 Mars. Deux semaines plus tard, Bukavu subissait le même sort. Depuis, le groupe armé étend progressivement son contrôle sur plusieurs territoires du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, pendant que des négociations diplomatiques tentent d’éviter une escalade régionale.

Une rébellion aux allures de spectacle

Dans l’opinion publique congolaise, l’image des chefs rebelles a profondément choqué. Plusieurs observateurs dénoncent une rébellion aux allures de mise en scène, où certains commandants apparaissent davantage comme des figures de prestige que comme des combattants.

Véhicules de luxe, changements fréquents d’uniformes, communication soigneusement orchestrée : pour de nombreux Congolais, ces images contrastent brutalement avec la souffrance des populations civiles.

« Jamais une rébellion censée libérer un peuple ne se comporterait comme une élite mondaine en pleine guerre », confie un habitant de Goma, amer.

Dans plusieurs témoignages recueillis dans la région, les habitants parlent d’une “rébellion VIP”, où les chefs circuleraient en voitures luxueuses et multiplieraient les apparitions médiatiques, pendant que les civils vivent sous la menace permanente des armes.

Une guerre économique plutôt qu’une libération

Pour beaucoup d’analystes congolais, cette insurrection ressemble davantage à une guerre d’intérêts économiques et géopolitiques qu’à un mouvement de libération.

Le Mouvement du 23 Mars, créé en 2012, est composé en grande partie d’anciens combattants tutsis issus du Congrès national pour la défense du peuple. Le groupe accuse l’État congolais de ne pas avoir respecté les engagements de l’accord de paix signé le 23 mars 2009 avec le CNDP.

Mais pour de nombreux Congolais, ces justifications politiques ne convainquent plus. La guerre, disent-ils, a surtout enrichi certains acteurs armés et leurs soutiens, tout en transformant l’est du pays en champ de bataille permanent.

Avant la chute de Goma et de Bukavu, les habitants vivaient déjà dans la peur d’une offensive imminente. Après la prise de ces villes, la population s’est retrouvée confrontée à une nouvelle réalité faite de tensions, d’incertitudes et de traumatismes.

Dans les quartiers populaires de Goma, certains habitants racontent avoir d’abord fui leurs maisons avant de revenir quelques jours plus tard, faute d’alternative. À Bukavu, la présence de combattants armés dans certaines zones a installé un climat de stress permanent.

« La peur ne disparaît jamais vraiment. On s’habitue seulement à vivre avec », explique une habitante rencontrée sur les rives du lac Kivu.

Au-delà des affrontements militaires, cette nouvelle phase du conflit laisse une empreinte psychologique profonde sur les populations de l’est du pays.

Des familles entières ont été déplacées. Des commerces ont fermé. Des enfants ont grandi au rythme des explosions et des rumeurs d’offensives.

Pour beaucoup de Congolais, la question est désormais claire : cette guerre n’a plus rien d’une lutte pour la liberté. Elle est devenue, selon leurs mots, l’aventure dangereuse de groupes armés prêts à tout pour le pouvoir, l’argent et l’influence.

Et pendant que les chefs rebelles rivalisent d’apparitions et de discours, ce sont les civils — encore une fois — qui paient le prix le plus lourd.

 


Grand Journal Net / Provinces26rdc.com

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