Malgré l’annonce d’un cessez-le-feu entre Washington et Téhéran, débloquant notamment le détroit d’Ormuz, les passages de navires restent limités, freinés par la fragilité de la trêve et les incertitudes sur la sécurité de cette route maritime.
Les Etats-Unis et l’Iran ont convenu d’un cessez-le-feu dans la nuit du mardi 7 au mercredi 8 avril qui inclut la réouverture du détroit d’Ormuz, quasiment bloqué depuis le début de la guerre, le 28 février, et sous le contrôle de l’armée iranienne. Quelques heures après cette annonce, les premiers navires ont recommencé à traverser le détroit. « Pendant deux semaines, il sera possible de traverser le détroit d’Ormuz en toute sécurité en coordination avec les forces armées iraniennes », annonce sur X Abbas Araghtchi, le ministre des Affaires étrangères iranien. Mais certains armateurs ne veulent pas se risquer à emprunter cette route maritime, où transite habituellement 20% de la consommation mondiale d’hydrocarbures. Franceinfo fait le point.
Parce qu’il est possible qu’il y ait des mines sur la voie habituelle
La marine des Gardiens de la Révolution iraniens a annoncé jeudi 9 avril que les navires passant le détroit d’Ormuz devaient emprunter deux routes alternatives, proches des côtes iraniennes, invoquant la possibilité de « mines » sur l’itinéraire habituel, plus au large. « De manière à être protégés de possibles collisions avec des mines, en coordination avec la marine des Gardiens de la Révolution (…), jusqu’à nouvel ordre, [les navires] devront prendre des routes alternatives pour le trafic dans le détroit d’Ormuz », a précisé l’agence de presse iranienne Mehr, citant un communiqué militaire accompagné d’un plan maritime montrant les itinéraires au sud et au nord de l’île de Larak.
Ce plan trace que l’entrée pour les navires, vers le golfe Persique depuis le golfe d’Oman, passe entre la côte iranienne et l’île de Larak, surnommée le « péage de Téhéran » par la revue maritime de référence Lloyd’s List. L’itinéraire de sortie du golfe Persique passe au sud de cette île et contourne ainsi le trajet habituel, plus proche des côtes d’Oman. Les traversées récentes semblent avoir emprunté cet itinéraire alternatif dans les eaux territoriales iraniennes.
Parce que la trêve reste fragile après des frappes israéliennes meurtrières au Liban
La trêve reste fragile entre l’Iran et les Etats-Unis après que des frappes israéliennes simultanées sur le Liban, en particulier des zones résidentielles de Beyrouth, ont fait 182 morts et 890 blessés, selon un bilan provisoire du ministère de la Santé libanais diffusé mercredi soir. Au lendemain de ces attaques, le Liban observe une journée de deuil après les pires frappes qu’a connues le pays depuis le début de la guerre. Selon la communauté internationale, ces attaques risquent de compromettre le cessez-le-feu entre Téhéran et les Etats-Unis, entré dans son deuxième jour. Ces « violations sapent l’esprit du processus de paix », a affirmé mercredi le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, médiateur dans ce conflit au Moyen-Orient, pour qui la trêve s’applique « partout, y compris au Liban ». Ce qu’ont ensuite désavoué Tel-Aviv et Washington.
Ces frappes israéliennes font peser un « grave danger sur le cessez-le-feu et les efforts menés en faveur d’une paix durable et générale dans la région », a affirmé dans la nuit de mercredi à jeudi le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres, via un communiqué de son porte-parole.
Le Hezbollah pro-iranien a dit avoir lancé des roquettes sur Israël, jeudi, en réaction à sa « violation du cessez-le-feu ». Estimant avoir « respecté le cessez-le-feu alors que l’ennemi ne l’a pas fait », le mouvement libanais a « ciblé la zone de Manara [juste de l’autre côté de la frontière avec Israël] avec un barrage de roquettes », a confirmé dans un communiqué le Hezbollah, qui n’avait plus revendiqué d’attaques contre Israël depuis vingt-quatre heures après l’annonce de la trêve.
Parce que la traversée reste incertaine selon des armateurs
Une réouverture au compte-gouttes. Trois navires, dont l’un grec et un autre battant pavillon du Liberia, ont pu franchir le détroit mercredi, alors que plus de 800 bâtiments sont immobilisés dans le Golfe, rapporte l’AFP. Mais certains acteurs du transport maritime ont décidé de ne pas encore s’y hasarder. Des pétroliers ont reçu mercredi un message radio les avertissant qu’ils seraient visés par des frappes s’ils s’engageaient sur cette route maritime sans autorisation, rapporte le Financial Times(Nouvelle fenêtre).
Aussi, selon Lloyd’s List, la traversée des navires est soumise à un système de contrôles de la marine des Gardiens de la Révolution iraniens. Les cargos doivent transmettre une demande de passage en transmettant des informations comme la nature de leur cargo, les noms de leurs propriétaires et de leurs affréteurs, et la liste des membres d’équipage, pour obtenir un code d’accès. Les navires autorisés à emprunter le détroit devraient s’acquitter d’un montant de deux millions de dollars, selon Le Monde(Nouvelle fenêtre).
Jean-Noël Barrot, chef de la diplomatie française, a martelé sur France Inter jeudi qu’instaurer un mécanisme de péage dans le détroit serait « inacceptable », estimant que ce serait contraire au droit international. « Ce n’est pas acceptable parce que la liberté de navigation dans les eaux internationales est un bien commun, un bien commun de l’humanité qui ne doit être contrarié par aucune entrave et aucun droit de passage », a-t-il déclaré, alors que le président américain Donald Trump a émis l’idée, mercredi, de la création d’une société commune pour gérer la navigation dans ce détroit avec paiement.
franceinfo / Provinces26rdc.com
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