Livre d’Énoch : pourquoi ce texte fascinant a été exclu de la Bible ?

Mystérieux, captivant et longtemps controversé, le Livre d’Énoch intrigue autant qu’il dérange. Pourquoi ce texte ancien, pourtant cité dans certaines traditions, a-t-il été exclu du canon biblique ? Plongée dans les coulisses d’un choix décisif mêlant histoire, théologie et pouvoir.

Enoch est l’arrière-grand-père de Noé, mais aussi comme un homme pieux vivant en communion avec Dieu. Il est associé au Livre d’Énoch, un texte aujourd’hui qualifié de pseudépigraphique et finalement écarté du canon biblique. Pourtant, cet écrit figure encore dans la Bible éthiopienne. Bien qu’il ne soit pas intégré aux Écritures traditionnelles, Énoch reste mentionné, notamment dans l’épître de Jude du Nouveau Testament, en particulier aux versets 14 et 15 du premier chapitre. Pour quelles raisons le Livre d’Énoch a-t-il été exclu de la Bible ? Que renfermaient réellement ces écrits ? Plusieurs éléments sont avancés pour expliquer cette mise à l’écart : en voici les principaux.

Peut-on faire un résumé du Livre d’Enoch ?

Le Livre d’Enoch (ou Livre d’Hénoch), surtout connu dans sa version éthiopienne, est divisé en plusieurs grandes parties :

Le Livre des Veilleurs (ch. 6–36) : récit de la chute des anges déchus (les « fils de Dieu » de Genèse 6) qui descendent sur terre, épousent des femmes humaines et engendrent les Nephilim (géants), ce qui provoque la corruption du monde et la nécessité du Déluge.

Le Livre des Paraboles (ch. 37–71) : visions apocalyptiques sur le jugement dernier, la venue du « Fils de l’homme » (figure messianique) et la séparation des justes et des méchants.

Le Livre de l’Astronomie (ch. 72–82) : description des mouvements du soleil, de la lune et des étoiles, présentés comme un ordre divin révélé à Enoch.

Le Livre des Songes (ch. 83–90) : récit allégorique de l’histoire du monde depuis la Création jusqu’au Jugement, avec des visions de Noé et d’Israël.

L’Épître d’Enoch (ch. 91–108, parfois appelée « Livre des Exhortations ») : messages de réprimande et d’exhortation adressés aux humains et aux anges déchus, annonçant leur châtiment futur.

Judaïsme : qui est Énoch dans la Torah et quel rôle occupe-t-il dans les Écritures ?

Dans la Torah (plus précisément dans le livre de la Genèse), Énoch est un patriarche de la lignée de Seth, descendant d’Adam, qui se distingue par une relation très particulière avec Dieu.

Énoch est le fils de Yared, le père de Mathusalem et l’arrière‑grand‑père de Noé, ce qui en fait le septième patriarche depuis Adam.

Selon Genèse 5, il a vécu 365 ans et, au lieu de mourir comme les autres patriarches, la Torah indique qu’ »Énoch marchait avec Dieu, puis il disparut, car Dieu l’avait pris » : il est ainsi considéré comme l’un des très rares humains emportés au ciel sans connaître la mort.

L’expression « marcher avec Dieu » souligne qu’Énoch est présenté comme un homme juste et fidèle, vivant en communion étroite avec Dieu au milieu d’un monde où la plupart des hommes s’éloignent de Lui.

Pourquoi le Livre d’Enoch est-il rejeté par certaines religions ?

Le Livre d’Enoch est rejeté par la plupart des traditions juives et chrétiennes en raison de son contenu doctrinal controversé et de son absence dans les canons bibliques établis. Bien qu’influençant certains passages bibliques, il n’a pas été retenu lors des processus de canonisation.

Le livre décrit des anges déchus (les Veilleurs) s’unissant à des femmes pour engendrer des géants (Néphilim), introduisant une origine angélique du mal qui contredit la théologie orthodoxe centrée sur la responsabilité humaine du péché. Ses visions apocalyptiques, dualistes et spéculations excessives sur les anges et les hiérarchies célestes ont été jugées incompatibles avec les enseignements de la Torah et du Nouveau Testament, comme l’a noté saint Augustin.

Pourquoi le Livre d’Enoch est-il absent de la Bible hébraïque ?

Bien que le livre soit attribué au patriarche Enoch, les rabbins savaient qu’il s’agissait d’un texte pseudépigraphique rédigé bien plus tard (entre le IIIe et le Ier siècle av. J.-C.).

Le canon a été stabilisé par les Sages (notamment après la destruction du Temple en 70 ap. J.-C.) avec la volonté de clore l’ère de la prophétie.

Le Livre d’Enoch développe longuement le mythe des Veilleurs, ces anges déchus qui descendent sur Terre pour s’unir aux femmes humaines et engendrer des géants (les Nephilim). Pour les rabbins, cette interprétation littérale de Genèse 6 était problématique. Ils préféraient interpréter les « fils de Dieu » comme des fils de nobles ou de magistrats, et non comme des êtres célestes.

Pourquoi le Livre d’Enoch est-il absent du canon chrétien ?

Malgré des citations chez Jude et une vénération initiale par certains Pères de l’Église, les conciles du IVe siècle (comme Laodicée) l’ont écarté pour son absence dans la Septante et ses divergences théologiques. Les Réformateurs protestants, suivant le canon hébraïque, l’ont définitivement rejeté, le réservant au canon éthiopien orthodoxe uniquement.

Si le livre a disparu du canon juif et de la plupart des canons chrétiens (catholiques et protestants), il a été préservé intégralement en langue guèze par l’Église orthodoxe éthiopienne, qui le considère comme sacré. On en a également retrouvé des fragments importants parmi les manuscrits de la mer Morte à Qumrân.

Pseudépigraphie : pourquoi l’authenticité du livre d’Enoch est remise en question ?
Le livre d’Enoch est considéré comme un écrit pseudépigraphique. Cela signifie qu’il ne serait pas écrit par Enoch lui-même. En effet, la date de rédaction est fortement débattue. Enoch aurait vécu avant le déluge, mais le texte aurait été rédigé plusieurs siècles plus tard, bien après les textes de l’Ancien Testament.

Ces arguments et les événements décrits dans le livre sont non conformes à la théologie de la première Église, ce qui justifie son exclusion. Toutefois, le livre d’Enoch est aujourd’hui assez célèbre pour pouvoir être lu. Il serait même à l’origine de certaines inspirations concernant des textes apocalyptiques présents dans la Bible, comme ceux évoquant les anges et leur rôle ou la notion de fin du monde.

Les questions incontournables sur le Livre d’Énoch

Qui a écrit le livre d’Énoch ?

Le Livre d’Énoch est un texte pseudépigraphique attribué traditionnellement à Énoch, arrière-grand-père de Noé mentionné dans la Genèse. Cependant, les érudits s’accordent à dire qu’il n’en est pas l’auteur réel, car il s’agit d’un ouvrage composite rédigé par plusieurs mains anonymes entre le IIIe et le Ier siècle av. J.-C., probablement en araméen ou en hébreu.

Pourquoi le livre d’Énoch est-il interdit ?

Le livre d’Énoch n’est pas vraiment “interdit” au sens universel : il a surtout été écarté du canon dans la plupart des traditions juives et chrétiennes. Il reste toutefois canoniqe dans l’Église éthiopienne orthodoxe, ce qui montre que son statut varie selon les traditions.

Pourquoi les chrétiens ne sont-ils pas censés lire le livre d’Énoch ?

Les chrétiens ne sont pas « interdits » de lire le livre d’Énoch, mais il n’est pas considéré comme « Parole de Dieu » dans la plupart des traditions chrétiennes, d’où la prudence qui l’entoure.

 

 

 

 


Caminteresse/Provinces26rdc.com

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