Neuf mois après son incarcération à la prison centrale de Makala, à Kinshasa, Chançard Bolukola sort du silence. L’ancien directeur général intérimaire du FRIVAO, poursuivi pour présumé détournement de fonds destinés à l’indemnisation des victimes de la guerre des Six Jours à Kisangani, a rédigé une lettre manuscrite de six pages, datée du 19 avril 2026, adressée à Tshopo Kwetu, exploité par Actualité.cd.
Dans ce document, écrit depuis sa cellule, il répond point par point aux accusations publiques formulées ces dernières semaines contre sa gestion, notamment par le ministre de la Justice, Guillaume Ngefa. « Après avoir vu les extraits des vidéos, après avoir entendu tout ce qui se dit, quelque chose s’est brisé en moi », écrit-il en préambule.
Le film au cœur de la controverse
Le 8 avril, en déplacement à Kisangani, Guillaume Ngefa avait affirmé devant des victimes prises en charge par le FRIVAO qu’un film sur la guerre des Six Jours avait coûté 1,6 million USD au fonds. Selon ses déclarations, il s’agissait d’une production de six minutes réalisée par la société DIVO. Le ministre avait, dans la foulée, demandé l’ouverture d’enquêtes judiciaires.
Depuis Makala, Chançard Bolukola rejette cette version. Il assure que le documentaire concerné n’a jamais atteint ce montant. D’après lui, le contrat conclu portait sur 640 000 USD hors taxes et l’œuvre durerait 1 heure 14 minutes.
« Les informations remontées aux autorités ne reflètent pas la réalité. Elles sont biaisées et ont pour objectif de me nuire », affirme-t-il.
Les parcelles de Kisangani
Autre dossier évoqué dans les médias, l’acquisition de terrains à Kisangani. Le 14 avril, Dismas Kitenge, actuel président du conseil d’administration du FRIVAO, a révélé que 250 000 USD avaient été engagés pour l’achat de dix parcelles situées en périphérie de la ville, auxquels s’ajoutaient USD de commissions. Il s’était dit surpris par les montants avancés.
L’ancien DG a.i. livre une version différente. Il soutient que 25 parcelles, et non dix, ont été acquises durant son mandat, chacune entre 12 000 et 15 000 USD, avec une superficie de 20 mètres sur 20. L’objectif, selon lui, était de constituer un hectare.
Les 19 000 USD supplémentaires auraient servi aux honoraires d’avocats, aux commissions d’intermédiaires et aux frais de mutation. « Tout cela est traçable », écrit-il.
Un procès en toile de fond
Dans sa lettre, Chançard Bolukola affirme qu’aucune remise et reprise n’a été organisée avec son successeur, Monseigneur François Mwarabu. Il s’interroge dès lors sur la conservation des documents administratifs et financiers liés à sa gestion.
« Qui garantit que des éléments sont en train d’être ajoutés pour me nuire ou retirés pour effacer certaines vérités ? », questionne-t-il.
L’ancien dirigeant appelle les magistrats chargés de son dossier à examiner les faits « en profondeur », sur la base de preuves vérifiées et non de suppositions.
Au même moment, un audit du fichier d’identification des victimes est annoncé par les autorités. Guillaume Ngefa évoque la présence de fausses victimes sur certaines listes. Chançard Bolukola dit ne pas s’y opposer, tout en rappelant qu’il existe plusieurs bases de données distinctes. Toujours détenu à Makala, il reste au centre d’un procès dont l’issue pourrait peser durablement sur l’avenir du FRIVAO.
Kis24 / Provinces26rdc.com
Laisser un commentaire