Dans toute coalition politique, la solidarité ne se mesure pas seulement à l’heure du partage des responsabilités. Elle se révèle surtout dans les moments de turbulences, lorsque le leadership est contesté, lorsque les critiques se multiplient et lorsque les attaques politiques se font plus virulentes. En République démocratique du Congo, une question revient avec insistance dans les débats politiques : pourquoi, au sein de l’Union sacrée de la Nation (USN) comme parfois même au sein de l’UDPS, la défense publique du président Félix Tshisekedi semble-t-elle reposer presque exclusivement sur Augustin Kabuya ?
Le secrétaire général de l’UDPS est devenu, au fil des années, le principal bouclier politique du chef de l’État. Face aux critiques de l’opposition, aux accusations formulées contre le régime ou aux tensions liées au conflit dans l’Est du pays, sa voix est souvent la première à s’élever. Conférences de presse, déclarations médiatiques, meetings populaires ou réactions sur les réseaux sociaux : Augustin Kabuya apparaît régulièrement en première ligne.
Cette situation soulève pourtant une interrogation légitime. Où sont les autres responsables de l’Union sacrée ? Où sont les dirigeants des partis alliés qui bénéficient aujourd’hui des avantages de la majorité présidentielle ? Pourquoi leur visibilité médiatique semble-t-elle plus importante lorsqu’il est question de nominations, de remaniements ou de répartition des responsabilités que lorsqu’il s’agit de défendre les choix politiques de la coalition ?
Cette perception, largement relayée par de nombreux observateurs, traduit un malaise politique qui dépasse la seule personne d’Augustin Kabuya. Elle pose la question de la nature même de l’Union sacrée. Est-elle une véritable coalition fondée sur une vision politique commune ou une alliance de circonstance structurée principalement autour de l’accès au pouvoir ?
Dans toutes les démocraties, les coalitions gouvernementales reposent sur un principe simple : les succès sont collectifs, mais les difficultés le sont également. Lorsqu’un gouvernement est attaqué, ses composantes sont censées parler d’une seule voix. Lorsqu’un chef de l’État est contesté, ses alliés sont appelés à défendre publiquement les orientations qu’ils soutiennent officiellement. Le silence prolongé de certains partenaires peut alors être interprété comme une prise de distance stratégique ou comme un soutien à géométrie variable.
Les récentes déclarations d’Augustin Kabuya, regrettant le manque d’implication de certains alliés dans le combat politique tout en soulignant leur présence lorsqu’il s’agit de revendiquer des postes, révèlent peut-être une frustration plus profonde au sein du parti présidentiel. Derrière ces propos se dessine la crainte d’une coalition où les bénéfices seraient partagés collectivement tandis que le coût politique des controverses serait assumé par un cercle restreint d’acteurs.
Cependant, cette réalité interroge également l’UDPS elle-même. Un parti au pouvoir depuis plusieurs années ne peut durablement reposer sa communication politique sur une seule personnalité. La défense d’un projet politique exige une mobilisation plus large des cadres, des élus, des ministres et des responsables de la majorité. Une parole concentrée entre quelques acteurs finit par créer une impression de solitude politique, même lorsque le soutien existe en coulisses.
Le débat est d’autant plus important que la RDC traverse une période particulièrement sensible. Entre les défis sécuritaires dans l’Est, les tensions autour des réformes institutionnelles, les critiques de l’opposition et les enjeux diplomatiques régionaux, la majorité présidentielle est appelée à démontrer sa cohésion. Dans un tel contexte, le silence de certains alliés peut alimenter les spéculations sur la solidité réelle de l’Union sacrée.
Au-delà des personnes, la question posée est celle de la responsabilité politique. Une majorité ne se résume pas à une addition de partis occupant des postes. Elle est censée constituer une communauté de destin, capable d’assumer ensemble les succès comme les critiques. Si la défense du pouvoir repose durablement sur quelques individus tandis que d’autres privilégient la discrétion, le risque est de fragiliser la crédibilité de l’ensemble de la coalition.
L’interpellation d’Augustin Kabuya mérite donc d’être entendue non comme une simple querelle interne, mais comme un signal politique. Elle rappelle qu’en politique, la loyauté se mesure moins aux discours prononcés lors des investitures qu’à la capacité de rester présent lorsque soufflent les vents contraires.
La véritable question n’est peut-être pas de savoir pourquoi Augustin Kabuya monte seul au front. Elle est plutôt de comprendre pourquoi tant d’autres semblent préférer observer la bataille depuis l’arrière-garde.
Opinion Info / Provinces26rdc.com
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