RDC – Rwanda : 1 an après la signature de l’accord de Washington, toujours pas de paix à l’Est

Ce 27 juin 2025, puis le 4 décembre à Washington, la République démocratique du Congo et le Rwanda signaient l’accord de paix censé clore des décennies de guerre dans l’Est congolais. Cessez-le-feu, retrait des troupes rwandaises, neutralisation des FDLR, désarmement des groupes armés dont le M23, et surtout un ambitieux cadre économique régional pour exploiter ensemble les minerais stratégiques.

Donald Trump parlait de « miracle ». Un an plus tard, le constat est sans appel : l’accord a été signé, mais la paix n’a pas suivi sur le terrain.

Sur le terrain : fin des conquêtes, retraits tactiques et front figé.

Sur le front militaire, les promesses se sont fracassées contre la réalité.

Le M23, avec le Rwanda, conserve le contrôle de Goma, Bukavu et Bunangana.

Mais depuis les grandes offensives de fin 2025, notamment la prise d’Uvira en décembre, plus aucune avancée significative du M23 ou des forces rwandaises sur le territoire congolais.

Sous la pression américaine, le M23/RDF a évacué la ville d’Uvira en janvier 2026. Plus tard, en mars puis en mai, il a opéré des retraits tactiques de plusieurs positions avancées dans la plaine de la Ruzizi, à Lubero et le long de certains axes du Nord-Kivu. Des mouvements qualifiés de « rotations stratégiques », mais qui marquent surtout l’arrêt net des avancées territoriales.

Parallèlement, l’armée congolaise (FARDC) a enregistré des avancées notables dans certaines zones, notamment en direction de Rubaya (Nord-Kivu) et de Minembwe (Sud-Kivu). L’aéroport international de Kisangani a également été protégé avec succès contre plusieurs attaques de drones attribuées au Rwanda, grâce au déploiement de nouveaux systèmes modernes anti-drones.

Washington riposte : sanctions, ultimatum et calculs stratégiques

Washington n’a pas regardé passivement. Il a riposté avec une série de sanctions ciblées et une pression croissante.
Le 2 mars 2026, le Trésor américain a sanctionné directement les Forces de défense rwandaises (RDF) en tant qu’entité, ainsi que quatre officiers supérieurs accusés d’avoir formé, équipé et combattu aux côtés du M23.

Le 30 avril 2026, les États-Unis ont sanctionné l’ancien président Joseph Kabila pour son soutien financier et matériel au M23 et à l’Alliance Fleuve Congo (AFC).

Le 25 juin 2026, le Trésor américain a sanctionné la raffinerie Gasabo Gold Refinery LTD de Kigali, son président Jean Malic Kalima, son directeur général Bosco Kayobotsi, ainsi que trois sociétés minières liées : Bugambira Mines Ltd, Rwinkwavu Mining Corporation Ltd et Wolfram Mining and Processing Ltd.

Ces entités sont accusées d’avoir blanchi et raffiné l’or et les autres minerais 3T (étain, tantale et tungstène) extraits illégalement des zones sous contrôle du M23, avec l’appui logistique des RDF pour le transport sécurisé vers le Rwanda.

La pression s’est encore intensifiée le 4 juin 2026, lors d’une audition devant la Commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants, sur l évolution du processus. Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a fixé un calendrier clair et pressant au Rwanda. Tout en reconnaissant que Kigali commençait à montrer un semblant de respect de l’accord de Washington après les sanctions imposées, Rubio a insisté sur le fait que les avancées restaient insuffisantes. Il a alors déclaré : « Les choses avancent, pas assez vite certes, mais nous espérons que le retrait des troupes rwandaises de la région sera effectif d’ici le milieu du mois prochain (juillet 2026) ».

Cette déclaration constitue un ultimatum implicite : Washington attend un retrait effectif et vérifiable des troupes rwandaises de l’Est de la RDC d’ici la mi-juillet 2026. Rubio a également rappelé que le problème du M23 restait entier et que des mesures supplémentaires pourraient être prises en cas de non-respect de cette échéance.

Derrière cette pression américaine, certains analystes perçoivent un calcul stratégique de la part du Rwanda.

Kigali chercherait à trainer les choses en longueur afin d’atteindre la fin du mandat de l’administration Trump dans un statu quo relativement favorable, dans l’espoir d’une future administration américaine plus conciliante à son égard.

Kinshasa passe à l’offensive judiciaire : la RDC saisit la CIJ contre le Rwanda

À ces pressions américaines, s’ajoute une riposte judiciaire majeure de Kinshasa.

Le 26 juin 2026, soit un jour avant le premier anniversaire de l’accord signé le 27 juin 2025, la République démocratique du Congo a officiellement saisi la Cour internationale de Justice (CIJ) de La Haye contre le Rwanda. La RDC accuse Kigali de porter la responsabilité d’exactions massives commises dans l’Est du pays depuis 1996, notamment des massacres, violences sexuelles et déplacements forcés, en agissant directement ou par l’intermédiaire de groupes armés sous son contrôle, dont le M23. Kinshasa demande à la Cour de constater la responsabilité du Rwanda, d’ordonner la fin des violations et d’accorder des réparations.

Un bilan mitigé : le front est arrêté, mais la paix n’est pas encore gagnée

Ces mesures successives, notamment les sanctions américaines, l’ultimatum de Rubio à mi-juillet, la procédure à La Haye et les retraits tactiques du M23, ont produit un effet clair : le front est figé.

Le M23 ne progresse plus. Il consolide ses positions et affronte parfois les Wazalendo ou les FARDC en escarmouches, mais il ne conquiert plus de nouveaux territoires.

Sur le plan économique, le cadre d’intégration régionale reste lettre morte. Aucun grand projet d’investissement n’a émergé.

Un an après les signatures triomphales, l’accord de Donald Trump a au moins obtenu ceci : stopper net la  » killing machine » (dixit James Kabarebe) du Rwanda et contraindre Kigali à des reculs visibles sous la menace de sanctions et d’un ultimatum clair à la mi-juillet.

Mais il n’a pas encore livré la paix.

Entre la pression américaine croissante, la saisine de la CIJ et un front figé, la partie se joue désormais à la fois sur le terrain, dans les chancelleries et devant les tribunaux internationaux.

Reste à savoir si le Rwanda cédera avant la mi-juillet ou s’il parviendra à maintenir le statu quo jusqu’à la fin du mandat Trump.

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