RDC – Freddy Shembo : Le courage d’éclairer les comptes du contrat chinois mérite un front national de soutien (Thierry Monsenepwo)

Ce jeudi24 Septembre 2026, la République doit soutenir l’examen de ses intérêts dans le programme sino-congolais et refuser que la polémique sur les exonérations se transforme en condamnation sans preuves.

i. Audit du contrat chinois : une initiative de responsabilité nationale à soutenir

Il est des décisions qui donnent tout son sens au service de l’État. Engager un examen approfondi d’un partenariat qui mobilise les ressources du pays, ses engagements financiers et son avenir infrastructurel appartient à cette catégorie. En portant, à la tête de l’APCSC, l’audit du programme sino-congolais, Me Freddy Yodi Shembo accomplit une démarche de responsabilité nationale qui mérite reconnaissance et soutien.

La République a engagé ses richesses et placé des espoirs considérables dans ce partenariat. Elle doit connaître la réalité des financements mobilisés, la valeur des investissements réalisés et la consistance des infrastructures livrées. Les engagements financiers du programme doivent pouvoir être rapprochés de contreparties mesurables.

Un pays qui engage son avenir minier a le droit de vérifier ses comptes. Un responsable qui oranise cette vérification mérite un appui à la hauteur de l’enjeu.

C’est la portée de l’audit lancé en mars 2026 sur la période 2008–2024. L’APCSC a officiellement annoncé une évaluation des dimensions minières, financières, techniques, infrastructurelles et contractuelles du programme. Son communiqué confie l’audit technique et financier au Groupement ATF-PCSC, et la certification à SRK Consulting.

Les publications consacrées à cette mission citent Rothschild & Cie, le consortium ATF-PCSC / Mayer Brown et SRK Consulting : trois références internationales associées à ce travail d’examen du programme sino-congolais.

L’ambition est fondamentale : confronter les engagements aux réalisations, les montants déclarés aux investissements vérifiables et les ressources mobilisées aux résultats obtenus.

Combien a-t-on effectivement investi ? Quelle est la valeur réelle des ouvrages exécutés ? Les engagements respectifs ont-ils été honorés ? Quels ajustements permettraient de mieux protéger les intérêts congolais ?

Ces questions concernent chaque citoyen. Elles touchent aux routes attendues, aux richesses nationales et aux obligations financières dont les conséquences peuvent traverser plusieurs générations.

Le patriotisme prend ici une forme concrète : vérifier ce que les ressources du Congo ont réellement rapporté au Congo.

En portant cette démarche, Freddy Shembo contribue à donner à la République les moyens de mieux comprendre et défendre ses intérêts. Cette initiative mérite d’occuper une place centrale dans le débat public.

Or, la polémique pétrolière risque de détourner l’attention de cet enjeu. Et malheureusement, c’est ça le but.

Hors les Congolais avertis savent qu’aucune bataille de réputation ne doit faire disparaître la question des comptes de la République.

Le Parlement devrait être au premier rang de ce soutien. Sa mission de contrôle trouve dans cet audit un instrument précieux : des données, des évaluations et des conclusions susceptibles d’éclairer les choix publics. Les représentants du peuple ont toutes les raisons d’en soutenir l’aboutissement, d’en suivre les résultats et de veiller aux suites nécessaires.

Toutes les institutions doivent garantir les conditions d’un travail indépendant et complet.

Un digne fils du pays qui contribue à éclairer l’utilisation de ses richesses accomplit un acte de service public. Cette démarche appelle un soutien national.

ii. exonérations pétrolières : distinguer le soutien aux chantiers des fraudes alléguées

Le dossier des exonérations mérite, lui aussi, un débat sérieux. Celui-ci commence par une distinction essentielle : la pertinence d’un mécanisme de soutien aux infrastructures et l’utilisation qui peut en être faite sont deux questions différentes.

Solliciter des exonérations pour faciliter la réalisation de travaux et favoriser la participation d’entreprises congolaises répond à un objectif économique légitime. Lorsqu’un tel dispositif est régulièrement accordé, proportionné aux besoins et effectivement affecté au chantier, il peut contribuer à réduire les coûts et à faciliter l’exécution des projets.

Il en va de même du recours à des fournisseurs spécialisés. Une entreprise chargée d’un grand chantier n’a pas vocation à assurer seule toutes les fonctions nécessaires à son exécution. La participation d’entreprises congolaises à l’approvisionnement et à la logistique mérite d’être encouragée dans un cadre contractuel clair.

Dans le dossier concerné, la relation SISC–Ultimate est contestée dans les correspondances rapportées par la presse. Les documents contractuels doivent permettre de résoudre cette contradiction.

L’autre question centrale concerne l’utilisation présumée du nom d’Ultimate Oil & Gas. Cette société affirme pourtant ne pas avoir importé les cargaisons prévues et soutient que d’autres opérateurs ont utilisé son nom dans des déclarations douanières. C’est donc à la justice de pousser ses enquêtes afin de vérifier tout ceci.

Si une usurpation est établie, elle impose de remonter jusqu’à ses auteurs et à ses bénéficiaires, qui ne sont pas dans les bureaux de l’APCSC.

À la justice de vérifier auprès d’Ultimate : qui a effectué les déclarations ? Qui a présenté les pièces ? Qui a fait entrer les produits ? Qui les a réceptionnés ? À qui ont-ils été livrés ou vendus ? Qui a perçu les recettes ?

Ces questions permettent de suivre les opérations réelles. Elles empêchent que toute l’attention se concentre sur un responsable institutionnel pendant que la chaîne commerciale et financière demeure insuffisamment éclaircie à ce stade. Sinon, bon nombre d’exonérations qui sont mal exécutées seraient donc de la responsabilité des ministres ? Du Plan ou des Finances ? Encore qu’il faille à ce stade confirmer qu’elles aient été mal exécutées.

L’examen doit distinguer les validations administratives, les opérations d’importation, les contrôles douaniers et la destination finale du carburant selon les dénonciations d’Ultimate Oil & Gas. Chacun doit répondre des actes relevant de ses attributions. La responsabilité du directeur général ne peut être déduite de sa seule position à la tête de l’agence : elle doit être étayée par des faits qui lui sont imputables.

La visibilité d’un nom ne constitue pas une preuve. La répétition d’une accusation ne démontre pas une participation.

Mais c’est aussi rappeler que l’existence d’une controverse ne doit pas effacer la valeur d’une initiative institutionnelle utile au pays. L’audit du programme sino-congolais conserve toute sa nécessité. Son aboutissement doit être soutenu, indépendamment du traitement du dossier pétrolier.

Le Parlement, et toutes nos institutions, doivent donner un appui résolu à l’audit.

Freddy Yodi Shembo mérite que son initiative soit reconnue, que sa parole soit entendue et que son action soit appréciée sur des faits. En portant cet audit, il a contribué à ouvrir un examen essentiel pour la défense des intérêts congolais.

Soutenons cette initiative. Préservons la rigueur du débat. Et que toute la lumière soit faite, jusqu’au dernier compte, dans l’intérêt de la République.

Tribune de l’ambassadeur PCA Jean Thierry Monsenepwo 

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