L’Afrique centrale concentre l’essentiel des forêts du continent et cherche à mieux valoriser financièrement les services écosystémiques que ses ressources fournissent à la planète.
Dans le bassin du Congo, l’heure est au changement. Les six pays du massif forestier (Cameroun, Centrafrique, RDC, Congo, Gabon, Guinée équatoriale) ont lancé avec l’appui de la Banque mondiale des feuilles de route nationales (Strategic Roadmaps for Carbon Market and Climate Finance in the Forest Sector) pour mieux accéder au financement carbone.
Selon les détails fournis par l’institution sur son site web le 23 février, ces plans tracent des actions prioritaires destinées à permettre aux Etats concernés de s’intégrer de manière crédible aux marchés mondiaux du carbone, en mobilisant des financements adossés aux performances liées à la captation et au stockage du CO₂ assurés par leurs forêts.
Concrètement, il s’agira d’assurer une gouvernance inter-institutionnelle accrue, un partage équitable des dividendes et le déploiement de systèmes numériques de Surveillance, Reporting et Vérification (MRV), en stricte conformité avec l’article 6 de l’Accord de Paris.
Des opportunités financières encore largement sousexplorées
L’initiative survient dans un contexte où les pays du bassin du Congo, classés parmi les États à « haute couverture forestière et faible déforestation » (HFLD), captent encore très peu de la valeur économique générée par les services écosystémiques de leurs forêts.
Entre 2008 et 2017, le bassin du Congo n’a capté qu’environ 11,5% des financements internationaux consacrés aux forêts, contre 34% pour l’Amazonie et 54,5% pour l’Asie du SudEst, d’après des données compilées par l’Agence française de développement (AFD).
Dans un rapport publié en août 2025, la Banque mondiale estimait à 1 152 milliards de dollars (981 milliards d’euros) la valeur monétaire totale des services rendus par les forêts du bassin du Congo en 2020, en incluant la rétention du carbone, la régulation hydrologique ou encore la biodiversité.
Pourtant, la valeur effectivement intégrée dans les économies des six pays centraux ne s’élevait qu’à 7,8 milliards de dollars (6,6 milliards d’euros) cette année-là.
Le déséquilibre est encore plus marqué lorsqu’on regarde spécifiquement la rétention du carbone, qui représente à elle seule près de 99% de la valeur monétaire des services forestiers estimés pour la région, alors que sa contribution à l’économie nationale des pays du bassin du Congo ne dépasse pas 9%.
Dans ce contexte, les feuilles de route apparaissent comme une opportunité pour mieux monétiser les services écosystémiques et mieux accéder aux mécanismes économiques de compensation ou de financement climatique.
« Un bien commun mondial »
Deuxième plus grand massif forestier tropical au monde après l’Amazonie, le bassin du Congo est aujourd’hui considéré comme le plus grand puits de carbone net de la planète, avec près de 91 milliards de tonnes de carbone stockées en 2020, soit l’équivalent de dix fois les émissions annuelles de CO₂ du secteur énergétique mondial. Cette capacité de captation et de stockage fait des forêts d’Afrique centrale « un bien commun mondial » à préserver selon la Banque mondiale.
Depuis plusieurs années, cette importance stratégique a suscité de multiples initiatives internationales visant à soutenir la préservation des forêts du bassin du Congo. En 2025 en marge de la 30e Conférence des Parties (COP30) qui se déroulait à Belém au Brésil, une coalition de pays européens et d’institutions multilatérales a notamment annoncé une initiative de 2,5 milliards d’euros sur cinq ans pour appuyer la protection et la gestion durable des forêts de la région, en complément des ressources domestiques mobilisées par les États d’Afrique centrale. Pilotée par la France, l’initiative dénommée « Appel de Belém pour les forêts du bassin du Congo » vise à aider ces pays à réduire la déforestation, renforcer la gouvernance forestière et développer des activités économiques compatibles avec la conservation.
La Tribune / Provinces26rdc.com
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