Ituri : sur les rives du lac Albert, la montée des eaux bouleverse la vie de milliers de riverains

Le changement climatique n’est plus une réalité lointaine pour les populations riveraines du lac Albert. Dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), la montée persistante des eaux de cette vaste étendue lacustre bouleverse le quotidien de milliers de personnes. Maisons détruites, champs submergés, déplacements et perte de moyens de subsistance : le phénomène affecte à la fois l’habitat, l’économie locale et l’environnement.

À cheval entre la RDC et l’Ouganda, le lac Albert constitue depuis des générations une source essentielle de revenus et de nourriture pour les communautés riveraines. En Ituri, ses rives concernent notamment les territoires d’Irumu, de Djugu et de Mahagi.

Depuis 2020, les populations observent d’importantes variations du niveau des eaux, avec une légère régression vers 2022, avant une nouvelle hausse particulièrement marquée entre 2024 et 2025. Cette progression a entraîné la submersion de plusieurs zones habitées et agricoles.

Des habitations englouties

À Kasenyi, dans le territoire d’Irumu, les conséquences sont visibles.

Des habitations autrefois éloignées de la rive se retrouvent aujourd’hui menacées ou directement touchées par les eaux.

« Ma maison était à 50 mètres d’ici, là où l’eau est arrivée. Elle s’est écroulée, tous mes biens sont partis dans l’eau. Maintenant, je n’ai pas où aller », témoigne Maki, habitant de Kasenyi.

La perte des champs aggrave la situation des familles touchées, privées d’une importante source de nourriture et de revenus.

Dans la chefferie des Wagongo, territoire de Mahagi, plusieurs milliers de personnes seraient également concernées.

« Chez nous, dans la chefferie des Wagongo, plus de 10.000 personnes sont aujourd’hui en déplacement. Leurs champs et leurs habitations sont submergés. Elles manquent d’abris, de vivres et de biens non alimentaires. Leurs enfants ont également des difficultés à étudier, faute de moyens », rapporte le coordonnateur de la société civile du groupement Pajulu.

Les causes encore difficiles à établir

Si les populations associent la montée des eaux aux perturbations climatiques, les causes précises du phénomène restent difficiles à déterminer en l’absence de données scientifiques suffisantes.

John Lufukaribu, analyste environnemental en Ituri, évoque notamment l’augmentation des précipitations dans plusieurs régions du bassin versant du lac Albert.

« Le lac Albert reçoit les eaux de plus de 34 rivières, notamment la Semuliki et le Nil Victoria. Les épisodes de fortes pluies observés ces dernières années dans les régions des Rwenzori, du lac Édouard et du bassin du Nil ont augmenté les apports en eau vers le lac Albert, ce qui pourrait être à l’origine de son élévation », explique-t-il.

L’analyste évoque également une possible interaction entre les eaux souterraines, les eaux de surface et les phénomènes atmosphériques.

Il estime ainsi nécessaire de mener des études hydrologiques et environnementales approfondies pour déterminer les facteurs responsables de cette évolution et mieux anticiper ses conséquences.

La montée des eaux suscite également des inquiétudes chez les pêcheurs, qui rapportent des changements dans l’écosystème du lac.

« Nous avons perdu plusieurs espèces, dont les alevins dala, unjiele et makoke », déplore Sylvain Upokire, pêcheur sur le lac Albert.

Ces observations, qui nécessitent d’être confirmées par des études scientifiques, inquiètent les communautés dont les revenus et l’alimentation dépendent largement de la pêche.

Les riverains demandent des terres

Face aux pertes enregistrées, les populations touchées demandent l’intervention des pouvoirs publics, notamment l’attribution de terres sécurisées pour reconstruire leurs habitations.

Les ménages qui ne vivent pas principalement de la pêche souhaitent également disposer de terres agricoles afin de reprendre leurs activités et retrouver progressivement leurs moyens de subsistance.

Au-delà de l’aide d’urgence, les communautés riveraines plaident pour une réponse durable fondée sur l’identification des zones exposées, la planification de nouveaux espaces d’habitation et le suivi de l’évolution du niveau du lac.

Sur les rives du lac Albert, le phénomène dépasse désormais la seule question environnementale. Il touche directement les conditions de vie des populations, leurs activités économiques et leur capacité à rester dans leurs zones d’origine. Pour les riverains, autrefois habitués à considérer le lac comme une source de vie, son évolution devient aujourd’hui une source majeure d’inquiétude.

 


LePotentiel / Provinces26rdc.com

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