La Russie n’est « plus liée » par le traité de désarmement nucléaire New Start, conclu en 2010 avec les États-Unis et qui expire le 5 février, a indiqué mercredi le ministère russe des Affaires étrangères. Cette décision, combinée au silence de Washington sur ses intentions, marque une transition vers un ordre nucléaire moins encadré.
« Nous partons du principe que les parties du traité New Start ne sont plus tenues par aucune obligation ni déclaration réciproque dans le cadre du traité », a indiqué, mercredi 4 février, le ministère russe des Affaires étrangères dans un communiqué, en référence au traité de désarmement nucléaire New Start avec les États-Unis, qui expire jeudi.
Peu auparavant, Moscou a cependant assuré que la Russie agirait de façon « réfléchie et responsable » en matière nucléaire.
Signé en 2010, le traité New Start est le dernier accord de maîtrise des armements liant Washington et Moscou. Il limitait chaque partie à 800 lanceurs et bombardiers lourds et à 1 550 ogives stratégiques offensives déployées, avec un mécanisme de vérification.
En septembre 2025, Vladimir Poutine avait proposé à Washington de prolonger d’un an les termes du traité, une proposition qualifiée de « bonne idée » par son homologue américain, mais à laquelle les États-Unis n’ont pas donné suite. Et, à ce stade, Washington reste largement silencieux sur ses intentions.
Son expiration marque la transition vers un ordre nucléaire moins encadré, même si les inspections avaient été suspendues en 2023 à cause de l’offensive russe à grande échelle lancée en Ukraine en février 2022.

Sur cette photo diffusée par l’agence de presse russe Sputnik, le président russe Vladimir Poutine s’entretenant par visioconférence avec le président chinois Xi Jinping, le 4 février 2026, à Moscou. © Vyacheslav Prokofyev, Pool, AFP
Lors d’une conversation mercredi avec son homologue chinois Xi Jinping, le président russe Vladimir Poutine « a souligné que dans cette situation, nous agirons de manière réfléchie et responsable », a rapporté le conseiller diplomatique du président russe, Iouri Ouchakov, lors d’un briefing avec des journalistes, dont l’Agence France-Presse (AFP). « Nous restons ouverts à la recherche de voies pour négocier et assurer la stabilité stratégique », a toutefois assuré Iouri Ouchakov.
Le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, a affirmé mercredi n’avoir aucune annonce à faire mais que le président Donald Trump s’exprimerait « plus tard » à ce sujet, sans préciser quand. Et il a indiqué que les États-Unis souhaitaient inclure la Chine dans toute discussion.
« Le président (Trump) a clairement indiqué par le passé que pour parvenir à un véritable contrôle des armements au XXIe siècle, il était impossible d’agir sans inclure la Chine, en raison de son arsenal considérable et en pleine expansion », a déclaré Marco Rubio lors d’une conférence de presse.
Mardi, le Kremlin s’était montré alarmiste sur les conséquences de l’expiration de ce traité, décrivant un monde risquant de se trouver « dans une situation plus dangereuse qu’auparavant ».
« Logique de la peur »
Cette expiration « marque un moment grave pour la paix et la sécurité internationales », a déclaré mercredi soir le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, exhortant les États-Unis et la Russie à « s’entendre » rapidement sur un nouveau cadre. « Cette dissolution de décennies d’acquis ne pourrait survenir à un pire moment – le risque d’utilisation d’une arme nucléaire est à son plus haut niveau depuis des décennies », a-t-il mis en garde dans un communiqué.
Le pape Léon XIV, autorité s’exprimant rarement sur le nucléaire et ses traités, a commenté l’expiration imminente de New Start en appelant mercredi à « prévenir une nouvelle course aux armements ». « Je vous exhorte instamment à ne pas abandonner cet instrument sans veiller à son suivi concret et effectif », a-t-il ajouté, jugeant « plus urgent que jamais de remplacer la logique de la peur et de la méfiance par une éthique partagée ».
L’Allemagne a de son côté exprimé son inquiétude à l’égard de la Russie, lui faisant porter la responsabilité de l’échec.
La France, seule puissance nucléaire de l’Union européenne (UE), a appelé les grandes puissances nucléaires – États-Unis, Russie, mais aussi Chine – à œuvrer pour un système international de maîtrise des armements.
Avec la fin de New Start, « c’est la disparition demain de toute limite sur les plus grands arsenaux nucléaires du monde pour la première fois depuis la Guerre froide, c’est l’aboutissement d’une série de reculs des normes internationales concourant à la stabilité stratégique », selon le ministère français, qui désigne lui aussi « la Russie » comme « responsable de ces reculs ».

La Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires (Ican), une coalition d’ONG, a renvoyé dos à dos Russes et Américains en les exhortant à s’engager publiquement à respecter les limites du traité New Start « pendant la négociation d’un nouveau cadre ». © Fabrice Coffrini, AFP (Archives)
La Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires (Ican), une coalition d’ONG, a quant à elle renvoyé mercredi Russes et Américains dos à dos, en les exhortant à s’engager publiquement à respecter les limites du traité New Start « pendant la négociation d’un nouveau cadre ».
« Sans le traité New Start, le risque est réel que la nouvelle course aux armements entre les États-Unis et la Russie s’accélère – davantage d’ogives, de vecteurs de lancement et d’exercices nucléaires –, et que les autres puissances nucléaires se sentent contraintes de suivre le rythme », a alerté dans un communiqué Melissa Parke, directrice exécutive de l’Ican.
Les États-Unis se sont par ailleurs retirés en 2019 d’un traité de désarmement majeur conclu en 1987 avec la Russie, sur les armes nucléaires à portée intermédiaire (INF).
AFP / France 24 / Provinces26rdc.com
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