Au cours d’un séminaire de renforcement des capacités organisé par l’Inspection générale des finances (IGF) à l’intention des médias et de la société civile, l’ancien Inspecteur général des finances – chef de service honoraire, Jules Alingete, est revenu avec insistance sur les limites de la chaîne de répression des infractions financières en RD-Congo, pointant notamment la difficulté d’appropriation des rapports d’audit par les juridictions compétentes.
Revenant sur un cas emblématique, Jules Alingete a rappelé une opération d’audit menée dans une quarantaine d’établissements publics. Selon lui, les résultats avaient mis en évidence de graves irrégularités de gestion ayant conduit seulement à des sanctions administratives.
« Dans les 40 établissements publics audités, 32 directeurs généraux sont tombés dans une gestion aggravée. Le rapport a été transmis au gouvernement, qui a décidé de leur suspension. Ils ont été remplacés, puis le chef de l’État a pris des ordonnances pour désigner de nouveaux mandataires. Mais lorsque ces dossiers ont été transmis à la justice, aucun de ces 32 gestionnaires n’a été condamné. Tous ont été acquittés », a-t-il déclaré.
Pour l’ancien patron de l’IGF, cette situation illustre une faiblesse structurelle dans la chaîne de traitement des infractions financières. Il estime que les outils d’analyse financière utilisés par les inspecteurs ne sont pas toujours traduits dans un langage juridiquement exploitable par les magistrats.
« Nous avons compris qu’il y a une faible appropriation du travail de l’Inspection générale des finances par la justice. Nos rapports restent souvent techniques, alors que la justice a besoin d’une traduction juridique plus opérationnelle des faits constatés », a-t-il insisté.
Cette critique, formulée avec insistance, s’accompagne toutefois d’une lecture réformatrice de son passage à la tête de l’institution. Jules Alingete a rappelé que cette difficulté avait conduit l’IGF à revoir ses méthodes de travail, notamment en renforçant la prévention et le contrôle en amont.
Selon lui, une des réponses apportées a été le passage progressif du contrôle a posteriori vers un contrôle plus anticipatif des actes de gestion publique.
« Nous avons préféré anticiper les actes de gestion en mettant en place des contrôles a priori. Nous nous sommes rapprochés des entités contrôlées pour suivre au quotidien les décisions de gestion, bloquer ce qui devait l’être et laisser passer ce qui était conforme », a-t-il expliqué.
Dans la même logique, il a évoqué la création de ce qu’il appelle des « parquets financiers », une approche destinée à rapprocher le langage de l’IGF de celui de la justice et à renforcer la compréhension des dossiers économiques et financiers par les magistrats.
« Il faut que nous ayons les mêmes outils que la justice. Cela suppose des magistrats qui maîtrisent les finances publiques et qui comprennent les mécanismes d’évaluation des irrégularités », a-t-il ajouté.
Au-delà du diagnostic, Jules Alingete a également tenu à rappeler les conditions dans lesquelles l’IGF a été redynamisée. Selon lui, l’institution avait connu une période de fragilisation avant 2019, marquée par un manque de recrutement et de financement.
« L’Inspection générale des finances a failli disparaître. Pendant près de huit ans, il n’y avait ni recrutement ni financement. Les inspecteurs les plus jeunes avaient déjà 50 ans, les plus âgés près de 60 ans. Tout était mis en place pour faire disparaître l’IGF », a-t-il affirmé.
Il attribue la relance de l’institution aux réformes engagées sous la présidence de Félix Tshisekedi, qui aurait, selon lui, décidé de faire de l’IGF un instrument central de lutte contre les antivaleurs dans la gestion publique.
« Le chef de l’État nous a demandé de faire renaître une IGF forte, semblable à celle des années 1980. Il a voulu s’appuyer sur cet instrument pour combattre la corruption et assainir la gestion publique », a-t-il rapporté.
Parmi les réformes structurelles évoquées, figure la réorganisation des brigades de contrôle, adaptées à l’évolution des finances publiques. L’IGF est ainsi passée d’un modèle généraliste à une architecture plus spécialisée, couvrant notamment les recettes, les dépenses, les marchés publics et les entreprises publiques.
Mais malgré ces avancées institutionnelles, le constat central reste celui d’un décalage persistant entre les conclusions des audits et leur traduction judiciaire.
Ya Biso News / Provinces26rdc.com
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