RDC : A quand ce Premier ministre ? (Tribune- Gouvernement de coalition FCC-CACH)

Après la surprenante, inattendue et inédite passation pacifique et civilisée du pouvoir, du 24 janvier 2019, entre les présidents sortant et entrant, leurs Excellences Joseph Kabila Kabange et Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, suivie de l’installation du cabinet de travail du nouveau chef de l’État, le peuple congolais attend de connaître l’identité précise de celui qui assumera la lourde tâche de Premier ministre, chef du gouvernement.
L’attente s’avère relativement empressée. L’impatience s’explique par l’important et délicat rôle de coordination des activités du gouvernement que la Constitution confère au Premier ministre et aux nombreuses attentes du peuple congolais.

Suite à une stérile et vague polémique sur la nécessité ou pas de désigner un informateur chargé d’identifier une majorité alors même que celle-ci s’était d’ores et déjà constituée et fait connaître publiquement, un communiqué, signé par le coordonnateur du FCC et un représentant du Cach, est venu confirmer l’accord des deux plus importantes coalitions politiques du pays à gouverner ensemble.

On peut donc partir de l’idée que sur le plan des principes démocratiques et du respect des dispositions constitutionnelles, l’équation a été résolue. En effet, il est évidemment inutile de rechercher une réalité politique, en l’occurrence la majorité, qui prouve déjà son existence par l’expression de son unité.

Il reste maintenant à passer à la mise en œuvre de l’accord, en commençant par la nomination du chef du gouvernement d’abord et ensuite la publication de la composition de l’équipe qui succédera à celle de Bruno Tshibala.

A presque trois mois, après la prestation de serment du nouveau président de la République, beaucoup de nos compatriotes s’impatientent et ne comprennent pas pourquoi, alors que l’accord signé semblait limpide, les choses devraient encore attendre.

Décidément, rien de ce qui concerne la RDC ne peut être simple, les difficultés semblent provenir de trois principales sources : certaines pressions des milieux internationaux hostiles aux intérêts de notre pays, l’activisme d’une minorité extrémiste de l’UDPS qui se veut irréconciliable avec les principaux dignitaires du FCC et, dans une moindre mesure, les récriminations de « Lamuka ».

Sur le plan extérieur, les libéraux belges, soutenus par le lobby minier américano-européen, craignent qu’un gouvernement de coalition, dirigé par un Premier ministre souverainiste de la veine kabiliste, ne poursuive ou n’approfondisse, à leurs dépends, la politique de Joseph Kabila, visant la défense des intérêts congolais.

Les Congolais devraient-ils accepter que soixante ans après l’indépendance, les richesses de leur sous-sol ne profitent qu’à d’autres ? Les Congolais ne sont-ils pas dignes d’imposer aux entreprises qui exploitent leur terre, les conditions auxquelles celles-ci se soumettent volontiers dans leur propres pays et ailleurs à travers le monde ?

Les discours flatteurs adressés au président Félix Tshisekedi, lui demandant de s’éloigner de Joseph Kabila ne visent qu’à amadouer les nouveaux dirigeants congolais afin de leur imposer, le moment venu, les conditions de la soumission : « diviser pour régner. »

Au plan interne, une minorité extrémiste et revancharde de l’UDPS ne comprend pas l’intelligence politique et le réalisme politique que montre Félix Tshisekedi en ce moment.

Alors que le président de la République leur présente ce qui est possible de construire ensemble après la réconciliation des sociaux-démocrates et nationalistes congolais, ces compatriotes, enfermés dans leur passé militant, lui rappellent les contradictions d’hier. Il faut également noter que, naïvement certes, ces concitoyens développent une conception particulière du rôle du chef de l’État chez nous.

Pour eux, l’élection du président de la République au suffrage universel confère automatiquement à ce dernier tous les pouvoirs, à l’exclusion d’aucun. La répartition des responsabilités pourtant clairement énoncée dans la Constitution ne semble pas les intéresser. Cette minorité « jusqu’au-boutiste », très active, s’exprime énormément tant dans la presse écrite, sur les plateaux des chaînes de télévision nationales ou étrangères que sur les réseaux sociaux.

On peut également penser que l’activisme, quelque peu débridé, que montre le Lamuka de Martin Fayulu, agit aussi, bien qu’à la marge, sur l’entourage du chef de l’État. Les déclarations notoirement anti-Tshisekedi des principaux dirigeants de l’église catholique, les appels à un nouveau dialogue national, notamment celui de Franck Diongo, ne sauraient être complètement banalisées. Faut-il pour autant, céder aux pressions, enclencher une marche arrière et jeter dans les oubliettes les immenses efforts consentis pour faire avancer la démocratie en RD Congo et améliorer les conditions de vie de sa population ? Tels sont les éléments du bras de fer actuel.

Nos compatriotes « jusqu’au-boutistes » de l’UDPS qui veulent contraindre le président de la République à renoncer au processus de réconciliation, actuellement en progression, se font inconsciemment complices de la formule concoctée par les lobbies miniers et que portent les « lamukistes ». Ce dangereux projet est connu : laisser Monsieur Fayulu gouverner pendant deux ans, faire revenir, notamment Messieurs Bemba et Katumbi afin de reprendre le cycle électoral. L’espoir secret, du projet, est de remettre le tandem Bemba/Katumbi en selle afin de placer la RDC sous la coupe des miniers. Il faut s’opposer radicalement à ce projet machiavélique.

La RDC n’a-t-elle rien d’autre à faire que de recommencer les élections dans le seul but de se soumettre ? Les extrémistes se demandent-ils à qui profiterait une opposition radicale entre le président Tshisekedi et le FCC de son prédécesseur Joseph Kabila ? Faut-il rappeler que sur l’échiquier politique actuel, le PPRD n’est pas en opposition avec l’UDPS mais en partenariat, selon les mots du président Tshisekedi ?

Dans la conjoncture politique nationale et internationale d’aujourd’hui, l’accord pour la mise en place d’un gouvernement de coalition, entre le FCC et le Cach, constitue assurément le meilleur instrument politique pour faire face aux principaux défis du moment. Les partisans de Kabila comme ceux de Tshisekedi disposent des atouts, mais ont également des faiblesses ; ensemble, dans une ambiance politique nouvelle, ils se compléteront, les uns compensant les manquements des autres et vice-versa.

Il convient donc d’encourager le président de la République à designer, en accord avec le FCC et selon les termes convenus, un Premier ministre.

Le pays doit reprendre sa marche vers le progrès, il est actuellement à l’arrêt.

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