RDC-Constitution : Ejiba et Fayulu se clashent

Le leader de l’Église du réveil du Congo a décidé de répondre depuis la chaire. Dimanche 7 juin à Kinshasa, l’archevêque Évariste Ejiba Yamapia a transformé son culte en tribune politique. Face à Martin Fayulu, il assume son soutien au changement de la Constitution et présente sa démarche comme une mission, non comme une manœuvre.

« Il y a même un politicien qui dit : Ejiba ne peut pas mélanger Dieu dans les bêtises. Si c’est une bêtise, Dieu lui montrera que ce n’est pas une bêtise. Et vous le savez tous, l’Éternel Dieu est celui qui commande le sort des nations ». En reprenant la formule de Fayulu, le pasteur déplace le débat : l’avenir de la RDC ne se jouerait pas seulement dans les hémicycles, mais dans une histoire dont Dieu resterait l’auteur.

Le représentant légal de l’ERC a ensuite revendiqué sa méthode. « Dans ce que je fais, il y a plusieurs “ainsi dit l’Éternel”. Je vais dire à mon Église, je vais dire aux enfants de Dieu : quand Dieu t’a dit une chose, à moi la foi, à Dieu les miracles ; à nous la prière, à Dieu l’exaucement ». Pour Ejiba, la politique sans révélation est aveugle. La foi devient boussole d’action publique.

L’homme de Dieu a poussé les bouchons plus loin en dénonçant la laïcité absolue. « Que personne ne vous trompe en disant : “Sortez Dieu de la politique.” Savez-vous ce que cela signifie, “Sortez Dieu de la politique” ? Quand Dieu quitte la politique, qui entre dans la politique ? Le diable ». La formule frappe : exclure Dieu, c’est laisser le champ libre au chaos, argumente-t-il.

 Fayulu oppose l’histoire à la prophétie 

La controverse est née le mercredi 27 mai. Dans un live animé par le journaliste Stanis Bujakera sur X , Martin Fayulu avait balayé la posture prophétique d’Ejiba. « Dieu n’aime pas les bêtises », avait-il asséné. Pour le leader de Lamuka, invoquer l’Éternel pour justifier une révision revient à masquer un agenda politique derrière la foi. Ejiba a donc choisi de relever le défi mot à mot.

Fayulu a opposé aux « ainsi dit l’Éternel » les dates et les textes, rappelant que l’article 217, brandi par Ejiba, figurait déjà dans la Constitution de 1967. « Est-ce que l’Éternel a inspiré des bêtises comme ça à quelqu’un ? » a-t-il fustigé. Pour l’ex-candidat président de la République, Dieu ne peut cautionner ce qu’il qualifie de manipulation constitutionnelle en temps de guerre. L’opposant trace une ligne entre prophètes et courtisans. Le « soldat du peuple » salue Moïse Mbiye pour avoir refusé de rejoindre le camp pro-révision. À l’inverse, Fayulu fustige ceux qui, selon lui, troquent leur caution spirituelle contre des privilèges. La foi ne doit pas devenir une monnaie d’échange politique.

« Les pasteurs ne peuvent pas devenir des mendiants qui vont à la soupe populaire pour qu’on leur donne de l’argent », a condamné Fayulu. L’avertissement est prophétique à son tour : « Ces gens-là seront frappés ». Le leader ECiDé accuse certains serviteurs de Dieu de vendre leur influence au plus offrant du pouvoir.

Au fond, le face-à-face révèle une fracture politique majeure. Ejiba défend une Église actrice de la destinée nationale, guidée par des révélations. Fayulu exige une séparation plus stricte : Dieu au temple, la Constitution au Parlement. Entre les deux, la démocratie congolaise cherche son équilibre.

 


Ouragan / Provinces26rdc.com

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