RDC-Dialogue national et référendum : Stéphane Muadi Van estime que « Félix Tshisekedi joue sur deux terrains minés en même temps »

L’acteur socio-politique Stéphane Muadi Van* figure montante de la politique et president du MRC – Mouvement Réformateur Congolais, s’interroge sur la stratégie de Félix Tshisekedi, qu’il estime contradictoire alors que le président congolais multiplie les initiatives politiques.

Entre l’annonce d’un dialogue national et les démarches autour d’un éventuel référendum constitutionnel, l’opposant dénonce une stratégie qui, selon lui, entretient d’avantage la confusion qu’elle n’apporte de réponses aux Congolais.

« Félix Tshisekedi joue sur deux terrains minés en même temps », estime Stéphane Muadi Van.

D’un côté, le chef de l’État entend réunir une partie importante de la classe politique et forces vives du pays autour d’un dialogue national. Une perspective qui suscite déjà des interrogations et des critiques au sein de l’opposition.

Pour Muadi Van, le risque est de voir s’installer un processus interminable, fait de grandes discussions, de négociations et de consultations, sans aucune garantie de résultats concrets.

« On va se lancer dans des discussions, des négociations, des analyses et des décryptages interminables », déplore-t-il, s’interrogeant sur le temps que le président pourra réellement consacrer à ce processus vu ces agendas chargés de voyages.

De l’autre côté, Stéphane Muadi Van pointe les démarches engagées autour de la possibilité d’organiser un référendum permettant à la population de se prononcer sur une éventuelle révision de la Constitution.
À ses yeux, cette question ne peut être dissociée d’autres sujets évoqués dans le débat politique actuel, notamment le transfert de la capitale, l’échange de territoires ou encore les conditions dans lesquelles un référendum pourrait être organisé.

« En politique, il faut garder une ligne objective et droite »

Pour Stéphane Muadi Van, le problème se situe avant tout dans l’absence de transparence et de clarté de la stratégie présidentielle.

« En politique, il faut garder une ligne droite. Avoir un plan B, oui, certes. Mais il n’est pas bon de faire croire ou, une fois de plus, de promettre des choses à la population et de ne pas pouvoir tenir ses engagements », affirme-t-il.

L’opposant estime que les Congolais sont aujourd’hui confrontés à deux perspectives présentées comme des solutions possibles :
le dialogue national d’un côté, la réforme constitutionnelle de l’autre.

Il rejette les deux.

Selon lui, le débat autour d’une éventuelle révision de la Constitution risque de donner aux Congolais l’impression qu’ils seront prochainement appelés à trancher sur une question dont une partie de la population aurait déjà exprimé le rejet !

« On fait croire à la population qu’elle va pouvoir se prononcer sur une éventuelle révision de la Constitution alors que la majorité des citoyens se sont déjà exclamés contre cette idée », soutient-il.

Il met également en garde contre les attentes suscitées par le dialogue national, qui, selon lui, pourrait être prolongé sans déboucher sur une réponse concrète aux difficultés du pays.

Le dialogue national, « une vraie fausse solution » selon Muadi Van

Stéphane Muadi Van affirme avoir toujours été opposé à l’idée de faire du dialogue national la principale réponse aux crises politiques congolaises.

Il s’appuie notamment sur l’expérience des précédents dialogues organisés au Zaïre et en République démocratique du Congo, aucune n’a abouti à des résultats concluants.

« Depuis des années, le Congo organise des dialogues et cela n’a abouti absolument à rien du tout », affirme-t-il.

Pour lui, ces processus finissent trop souvent par devenir des espaces de copinages entre acteurs et responsables politiques, avec pour conséquence le partage de postes et de responsabilités plutôt que la résolution des problèmes sociaux, économiques et sécuritaires auxquels la population est confrontée quotidiennement.

« Le dialogue ne sert qu’à réunir des gens qui vont beaucoup parler et encore parler et au final, se partager des postes et des pouvoirs sans apporter de solutions à la population congolaise », accuse-t-il.

Une lecture que l’acteur socio-politique applique à la situation actuelle : alors que le pays traverse plusieurs crises majeures, il redoute que les ambitions individuelles prennent une nouvelle fois le dessus sur les préoccupations de la population.

« On ne change pas une Constitution deux ans avant la fin d’un mandat, c’est là le piège »

Sur la question constitutionnelle, Stéphane Muadi Van se veut tout aussi catégorique.

Il conteste l’argument selon lequel la Constitution actuelle empêcherait le président de mener efficacement son action et bloquerait l’évolution du pays.

« On veut faire croire aux Congolais qu’il est indispensable de réviser la Constitution, que sans cela le pays est à l’arrêt et que le président a les pieds et les mains liés ou subitement après 8 ans de pouvoir le président se rend compte qu’il doit modifier pour mieux diriger », dénonce-t-il.

Pour l’opposant, le calendrier politique pose également question.

« Félix Tshisekedi doit tout simplement terminer son deuxième mandat en 2028, organiser les elections et quitter la tête haute la scène politique du pays et laisser la place à une nouvelle équipe dirigeante », estime-t-il.

Avant d’ajouter : « On ne change pas une Constitution deux ans avant la fin d’un mandat. Il fallait se pencher sur la question lors de son premier mandat. »

Une position qui place Muadi Van dans une opposition frontale à toute initiative visant à modifier les règles constitutionnelles à l’approche de la fin du mandat présidentiel.

« Nous allons sombrer encore un peu plus en eaux troubles et profondes »

Au-delà du débat institutionnel, Stéphane Muadi Van dit surtout redouter les conséquences politiques d’une stratégie qu’il juge peu lisible.

Alors que le pays traverse des périodes difficiles et que de nombreux responsables politiques cherchent à participer au dialogue national, il estime que les intérêts particuliers risquent de prendre le dessus sur l’intérêt général.

« Tout le monde veut participer à ce dialogue pour ses intérêts propres et le président n’est clair avec personne », affirme-t-il.

Sa conclusion est particulièrement sévère :

il craint que la multiplication des initiatives politiques, sans ligne directrice clairement assumée, ne fasse qu’aggraver les tensions.

Pour Stéphane Muadi Van à l’heure actuelle, ni un dialogue national prolongé ni une révision constitutionnelle ne constituent aujourd’hui la réponse aux réels problèmes de la RDC.

Il appelle plutôt le pouvoir à aller au terme du mandat en cours et à laisser, au moment venu, la place à une nouvelle équipe dirigeante performante.

 


LePotentiel / Provinces26rdc.com

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