Sur le marché local, la triche sur la mesure pour la vente de certains produits est devenue fait banal. Même la personne qui débourse, pressent que ce qu’on lui propose ne répond guère à la relation « quantité-prix ». C’est le cas du sucre. Les distributeurs s’arrangent pour former un onzième (11ème) sachet de cinq (5kg), partant des dix (10) dûment emballés par l’usine. Les haricots et d’autres produits vendus en farine et sur mesure sont concernés. Le non-affichage de prix favorise la spéculation, car le vendeur ou la personne qui joue d’intermédiaire entre ce dernier et l’acheteur, fixe le prix en fonction de l’idée qui se dégage de l’apparence du demandeur. Aussi est-il courant que pour un même produit, deux acheteurs déboursent à hauteurs différentes.
La boîte de tomate découpée en deux et l’oignon vendu en quartier
Dans leurs habitudes alimentaires, en effet, maintes ménagères kinoises ont appris à dépenser peu, voire très peu. C’est alors que le marché en suivant le rythme, propose à la clientèle l’accès aux prix « défiant toute concurrence ». Dans cet ordre d’idée, une boîte de tomate est coupée en deux, puis recouverte de sachet pour éviter de la poussière. Comme la boîte entière coûte deux-cents francs congolais (200fc), la moitié est proposée à cent francs congolais. Ceci appelant cela, l’oignon est coupé en quartiers et proposé ainsi aux maigres bourses. Des vendeuses d’huile de palme, dans la recherche de la qualité pour flatter la clientèle, trempent du colorant rougeâtre dans ce qu’ils vendent et remuent plusieurs fois, pour faire éclat. Des fabricants de la liqueur traditionnelle« lotoko » abusent par le surplus d’eau, pour créer la quantité. Ils sont suivis dans cette pratique.
Des hommes en uniforme perçoivent la taxe journalière auprès des vendeurs et vendeuses
Au marché de Matete, vendeuses et vendeurs témoignent que débourser sept cents (700) francs congolais est une charge dont ils entendent bien se débarrasser grâce à l’implication souhaitée de l’autorité municipale, comme l’illustre le témoignage suivant d’un père de famille vendeur : « Il faut payer deux-cents [200] francs congolais de taxe journalière appelée communément ticket, que perçoivent des agents de l’Administration du marché commis à cet effet. Il y a les deux cents [200] francs congolais pour soudoyer les policiers qui font la ronde avec l’ordre d’évacuer les vendeuses qui bordent le marché. Deux-cents [200] francs congolais de la taxe salubrité [qui n’est pas journalière] … En plus, cent [100] francs congolais dits de « sécurité », que chaque tablette verse aux marginaux, pour prévenir tout acte de sabotage. Car des shégués [terme désignant les marginaux familiers au marché] ont la manie d’indexer quiconque ne verse pas leur prélèvement journalier et, le cas échéant, de détruire sa tablette ou d’y répandre insupportablement des urines, des détritus… A l’heure où Kinshasa connaît une forte urbanisation des populations, des bureaux de Police de proximité abondent, la promiscuité courante aussi. L’oisiveté d’un grand nombre occasionne des marchés de fortune. Dans le même ordre d’idée, la coexistence entre l’explosion des activités de survie et le chômage des jeunes a donné lieu à un type de citoyens peu enclins à observer scrupuleusement la loi. Un tel environnement prédispose l’agent de Police à une charge accrue et nécessite beaucoup de loyauté et d’abnégation. Dans une chanson à succès, feu l’illustre Tabu Ley a constaté ce qui suit : « biso banso tokomi ba komelesa, nani akotekela moninga po akakola ? » (Entendez : nous sommes devenus tous vendeurs. Alors, qui admettrait le marchandage ? ».
« Et pour de bon, prenons le plus bel élan dans la paix […] », chante-t-on dans l’hymne national
Quand la nation s’engage, à travers le « Débout Congolais », à prendre le plus bel élan dans la paix, il importe de situer, dans ce contexte précis, la place de l’agent de Police. Par sa loyauté, son modèle et sa disponibilité, en effet, celui-ci accompagne les institutions de la République : il maintient l’ordre public et préserve la tranquillité des citoyens et de leurs biens. D’où, l’impérieuse nécessité de le mettre à l’abri de besoins susceptibles de s’ériger en tentation à l’honneur et à la dignité de sa fonction.
Groupe l’Avenir /provinces26rdc.net
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