Tensions entre Kinshasa et Kigali : le président Angolais réussira-t-il à réconcilier les deux voisins ennemis ?

La tension entre le Rwanda et la République démocratique du Congo (RDC) ne fait que monter. La situation est devenue si inquiétante que l’Union africaine (UA) a dû solliciter les bons offices du président angolais pour jouer les médiateurs. On sait que le numéro un des Angolais est en bons termes avec Kagame et Tshisékédi mais parviendra-t-il à réconcilier les deux hommes ? Rien n’est moins sûr. Car, à l’origine de la montée d’adrénaline entre ces deux voisins de la région des Grands lacs, les accusations de soutien aux rebelles congolais du M23 qui ont repris les armes dans l’Est du pays contre les Forces loyalistes des FARDC (Forces armées de RDC), accusations officiellement portées par Kinshasa contre Kigali qui s’en défend. Accusant à son tour son grand voisin de collusion avec les FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda), cet autre groupe rebelle rwandais en froid avec Kigali.

Dans ce jeu de ping-pong où les deux parties se renvoient la balle des accusations de mauvais parrainage de groupes rebelles, il n’y a rien d’autre à gagner qu’une exacerbation inutile des tensions. L’on peut y voir, pour preuve, les manifestations lancées le 30 mai dernier en RDC par des mouvements citoyens qui n’entendent pas en rester là, sur fond de slogans hostiles à Kigali et d’appels à la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays.

Il importe de travailler à instaurer un minimum de confiance entre les parties

Une sorte de veille citoyenne qui se veut une forme d’interpellation des autorités de Kinshasa, mais qui pourrait être lourde de conséquences si du côté de Kigali, cela devait appeler à une forme de réponse du berger à la bergère. Toujours est-il que d’escalade en escalade, le risque est grand de réveiller les démons de la xénophobie sur fond de chasse à l’étranger, des deux côtés de la frontière où l’on compte indistinctement des ressortissants des deux pays. C’est pourquoi il faut savoir raison garder. Et jouer balle à terre en privilégiant le dialogue comme solution de sortie de crise.

Du reste, on se rappelle que dès son accession au pouvoir, Félix Tshisékédi avait fait de la coopération sécuritaire avec ses voisins, l’un de ses chevaux de bataille. Dans ce sens, le chef de l’Etat congolais avait multiplié les visites et les contacts avec ses pairs de la sous-région, y compris avec le président rwandais, Paul Kagame, qu’il a rencontré à plusieurs reprises et avec qui il affichait sa volonté de développer une collaboration étroite. Que s’est-il passé pour que du jour au lendemain, les relations entre les deux pays se détériorent au point que les manifestants congolais réclament aujourd’hui l’expulsion de l’ambassadeur rwandais en poste à Kinshasa et le rappel du leur au Rwanda ?

En attendant d’en savoir davantage, il importe de travailler à instaurer un minimum de confiance entre les parties. Ensuite, il est impératif d’instaurer un dialogue sincère et constructif, qui devrait non seulement permettre aux deux pays d’assainir leurs relations, mais aussi de renforcer leurs liens au détriment des groupes rebelles qui essaiment la région et pourrissent parfois les relations entre voisins comme c’est le cas du M23 congolais, des FDLR rwandais, mais aussi des ADF ougandais (rebelles des Forces démocratiques alliées).

Cette partie de la RDC est une région qui présente des intérêts sécuritaires pour toute la région des Grands lacs

Autant de groupes armés rebelles qui constituent autant de contentieux larvés entre les trois capitales : car, s’il n’est un secret pour personne que le M23 constitue pour Kinshasa une véritable épine dans le pied, il en va de même pour Kigali qui ne veut pas sentir les FDLR même en peinture, au moment où Kampala donnerait tout pour voir disparaître les ADF. Le drame est que de part et d’autre, chacun croit parfois voir la main du voisin derrière l’un ou l’autre de ces groupes rebelles.

C’est à se demander si ces trois capitales ne se tiennent pas par groupes rebelles interposés. C’est pourquoi il faut éviter de jeter de l’huile sur le feu. Et surtout éviter d’en arriver à une rupture des relations diplomatiques entre Kinshasa et Kigali ; toute chose qui constituerait un palier de plus dans la dégradation des relations entre les deux pays. C’est le lieu d’interpeller la communauté internationale sur la nécessité, d’ores et déjà, de s’impliquer fortement dans la résolution de cette crise avant que la petite étincelle ne se transforme en brasier dans cette région particulièrement inflammable des Grands lacs.

D’autant qu’en plus de la RDC, l’Ouganda de Yoweri Museveni entretient aussi des relations assez tendues avec l’Homme mince de Kigali. Les deux chefs d’Etat s’accusant mutuellement depuis de longues années, de tentative de déstabilisation. Ce qui avait même valu la fermeture de leur frontière commune jusqu’à une date récente. C’est dire si au-delà de Kigali et Kinshasa, cette partie de la RDC est une région qui présente des intérêts sécuritaires pour toute la région des Grands lacs. Ce, en raison des groupes armés qui y pullulent sur fond de soupçons de parrainages extérieurs. Mais ce n’est pas en s’accusant mutuellement d’intentions malsaines que ces pays viendront à bout de l’insécurité dans ladite région. Mais plutôt en se donnant la main pour se débarrasser définitivement de ces groupes armés qui ne font finalement le bonheur de personne, mais au contraire, le malheur de tous.


Le Pays / Provinces26rdc.net

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