Menacé de mort depuis plusieurs années, Salman Rushdie poignardé près de New York

L’auteur Salman Rushdie, dont les écrits ont suscité des menaces de mort de la part de l’Iran dans les années 1980, a été attaqué vendredi alors qu’il s’apprêtait à donner une conférence dans l’ouest de l’État de New York. Son état est encore inconnu.

Un journaliste de l’agence Associated Press a vu un homme investir la scène de la Chautauqua Institution et commencer à agresser l’auteur des « Versets sataniques » au moment où il est monté sur scène. L’auteur et l’intervieweur ont été blessés tandis que l’assaillant a été maîtrisé, selon la police.

La police de l’État de New York, où est situé le comté de Chautauqua, a confirmé « enquêter sur une attaque contre Salman Rushdie », qui aurait été « subi une blessure de couteau sur le cou ».

L’auteur a été évacué par hélicoptère vers un hôpital, a ajouté la police, sans préciser son état de santé. Son agent a indiqué un peu plus tard qu’il subissait une opération chirurgicale.

Le livre de Rushdie, « Les Versets sataniques », est interdit en Iran depuis 1988, de nombreux musulmans le considérant comme blasphématoire. Un an plus tard, le défunt leader iranien, l’ayatollah Rouhollah Khomeini, avait émis une fatwa (décret) demandant la mort de l’auteur.

L’Iran a également offert une récompense de plus de 3 millions de dollars à quiconque tuerait Rushdie.

L’écrivain devait participer vendredi à un débat consacré aux écrivains et aux artistes qui bénéficient du droit d’asile aux États-Unis pour protéger « leur liberté et leur expression créative », selon le site internet de la Chautauqua Institution.

Une « fatwa » en prélude aux attentats du 11 septembre 2001 ?

Né en 1947 à Bombay, en Inde, deux mois avant son indépendance de l’Empire britannique, Salman Rushdie s’efforçait de ne pas être réduit au scandale provoqué par la publication des « Versets sataniques », texte qui avait embrasé le monde musulman et conduit en 1989 à une « fatwa » demandant son assassinat. « Mon problème, c’est que les gens continuent de me percevoir sous l’unique prisme de la ‘fatwa' », avait dit il y a quelques années ce libre-penseur qui se veut écrivain, et non symbole.

Mais l’actualité – la montée en puissance de l’islam radical – n’a cessé de le ramener à ce qu’il a toujours incarné aux yeux de l’Occident : la lutte contre l’obscurantisme religieux et pour la liberté d’expression.

Déjà en 2005, il considérait que cette « fatwa » avait constitué un prélude aux attentats du 11 septembre 2001.

Contraint dès lors de vivre dans la clandestinité et sous protection policière, allant de cache en cache, il se fait appeler Joseph Anton, en hommage à ses auteurs favoris, Joseph Conrad et Anton Tchekhov. Il doit affronter une immense solitude, accrue encore par la rupture avec sa femme, la romancière américaine Marianne Wiggins, à qui « Les Versets sataniques » sont dédiés.

Installé à New York depuis quelques années, Salman Rushdie – sourcils arqués, paupières lourdes, crâne dégarni, lunettes et barbe – avait repris une vie à peu près normale tout en continuant de défendre, dans ses livres, la satire et l’irrévérence.

Mais la « fatwa » n’a jamais été levée et beaucoup de traducteurs de son livre ont été blessés par des attaques, voire tués, comme le Japonais Hitoshi Igarashi, victime de plusieurs coups de poignard en 1991.

Anobli en 2007 par Élisabeth II

« Trente ans ont passé », disait-il toutefois à l’automne 2018. « Maintenant tout va bien. J’avais 41 ans à l’époque (de la fatwa), j’en ai 71 maintenant. Nous vivons dans un monde où les sujets de préoccupation changent très vite. Il y a désormais beaucoup d’autres raisons d’avoir peur, d’autres gens à tuer… ».

Anobli en 2007 par la reine d’Angleterre Élisabeth II, au grand dam des extrémistes musulmans, ce maître du réalisme magique, homme d’une immense culture qui se dit apolitique, a écrit en anglais une quinzaine de romans, récits pour la jeunesse, nouvelles et essais.

Le Premier ministre britannique s’est dit « atterré » vendredi par l’agression. Je suis « atterré que Sir Salman Rushdie ait été poignardé alors qu’il exerçait un droit que nous ne devrions jamais cesser de défendre », a réagi Boris Johnson dans un tweet, en allusion à la liberté d’expression.

L’association de défense des écrivains dans le monde, PEN América, s’est dite « sous le choc et horrifiée », sa présidente Suzanne Nossel révélant que vendredi matin M. Rushdie lui avait écrit pour proposer son « aide à des écrivains ukrainiens ».


France 24 / Provinces26rdc.net

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