C’est tout un pays, la France tenue à la gorge depuis 1994 qui déroule une fois de plus son « tapis rouge » à l’autocratique chef d’Etat rwandais Paul Kagame avec l’inauguration en ce jour à Paris d’un nouveau mémorial en hommage aux victimes du génocide.
En effet, ce mardi 2 juin 2026, Paul Kagame sera une fois de plus dans la capitale française pour inaugurer en compagnie d’Emmanuel Macron une double stèle en mémoire des victimes du génocide au Rwanda, une œuvre de l’artiste portugaise Grada Kilomba se présentant sous la forme d’une double stèle, installée sur les bords de Seine, Esplanade Habib-Bourguiba. Un nouveau geste de Paris à l’endroit de Kigali pour sceller la « poursuite du processus mémoriel et de réconciliation » engagé depuis plusieurs années entre les deux pays dit-on.
Ayant reconnu les « responsabilités accablantes » de la France dans le génocide des tutsis lors de son déplacement au mémorial de Gisozi à Kigali en 2021, Emmanuel Macron n’était-il allé au-delà de ce que ses prédécesseurs ont fait depuis Francois Mitterrand à Jacques Chirac en passant par Francois Hollande et Nicolas Sarkozy ?
Le processus de « normalisation » des relations empoisonnées par l’épineuse question du rôle joué par la France lors du génocide en 1994, que ses prédécesseurs avaient tenté d’apaiser, par le passé sans grand succès ; semble devenu le dernier « cheval de bataille » d’Emmanuel Macron qui ne sera plus au pouvoir dans un an exactement déjà.
Faut-il le noter que de ses prédécesseurs, un seul chef de l’État français avait fait le déplacement à Kigali : Nicolas Sarkozy, en 2010. Quatre ans plus tôt, alors que Jacques Chirac était encore président de la République française, Paul Kagame avait rompu ses relations diplomatiques avec Paris pour protester contre l’enquête du juge Bruguière, qui le mettait en cause ainsi que plusieurs de ses proches dans l’attentat contre l’avion du président Juvénal Habyarimana, survenu le 6 avril 1994.
Si Nicolas Sarkozy, qui avait succédé à Jacques Chirac en 2007, avait voulu tourner la page des relations exécrables entre les deux pays, il reconnaissait néanmoins en conférence de presse, à Kigali le 25 février 2010, des « erreurs politiques » et une « forme d’aveuglement de la France » au Rwanda. La visite dans la foulée à Paris de Paul Kagame et la tentative d’un réchauffement diplomatique entre Kigali et Paris ne sera que l’illusion d’un éphémère embellie ; Kigali reprenant sa rhétorique de diabolisation de la France pour continuer de la tenir à la gorge.
L’on se souviendra qu’en 2014, à la veille des commémorations des 20 ans du génocide, Paul Kagame tirait de nouveau à boulets rouges. Dans une interview, il fustigeait le « rôle direct de la France dans la préparation du génocide » et même « sa participation » à son « exécution ». Conséquence : Paris annulait la participation prévue de sa ministre de la Justice de l’époque, Christiane Taubira, aux commémorations.
Les oubliés perdants du réchauffement entre Paris et Kigali
De toutes ces manœuvres diplomatiques comme politiques, les grands oubliés perdants de l’histoire sont la République démocratique du Congo dont une partie du territoire reste soumise à des soubresauts à répétition dans une guerre d’occupation et de rapine qui ne dit son nom depuis 32 ans. Mais aussi l’ensemble de la communauté Hutu du Rwanda qui est marginalisée depuis que règne Paul Kagame.
Comment expliquer que depuis son arrivée à l’Élysée, en 2017 jusque bientôt à sa sortie définitive dans un an, Emmanuel Macron dans ses multiples tentatives de relance pour un rapprochement entre les deux pays ; n’a jamais parlé de la réconciliation de deux communautés Hutu et tutsi, préférant des sujets d’intérêts communs comme les nouvelles technologies, l’environnement, ou encore l’égalité hommes-femmes…
L’on sait aussi de quelle manière, en parallèle, la France sous Macron, a appuyé les initiatives prises par Paul Kagame en tant que président en exercice de l’Union africaine, les grandes manœuvres économiques dont notamment la vente d’armes n’étant pas oubliées. Et l’aboutissement de ce réchauffement fut tel que Paris avait accordé son soutient, en octobre 2018, la candidature de Louise Mushikiwabo, alors ministre rwandaise des Affaires étrangères, à la tête de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) alors que le Rwanda avait rejoint le Commonwealth contre la canadienne Michaëlle Jean qui briguait un nouveau mandat.
L’attitude de la même France sera bientôt scrutée lors du vote de la future cheffe de l’OIF entre les candidatures de la congolaise Juliana Lumumba et la rwandaise Mushikiwabo arrivée aux termes de ses deux mandats. Mais aussi et surtout que le cœur de la francophonie mondiale bat dans le bassin du Congo dixit Emmanuel Macron en personne.
’on se rappelle également qu’à l’occasion de la commémoration du 25ème anniversaire dudit génocide, Macron annonçait un renforcement des moyens judiciaires et policiers pour poursuivre dans l’Hexagone les présumés génocidaires. L’acharnement contre Agathe Habyarimana, la veuve du président assassiné tout comme l’arrestation des réfugiés rwandais en France comme Félicien Kabuga qui vient de mourir au tribunal de la CPI à La Haye ne sont pas étrangers de cette politique : tous sont accusés de complicités du génocide.
Du rôle de Kagame dans le déclenchement de la furie meurtrière avec l’assassinat de deux présidents, le rwandais Juvenal Habyarimana et le burundais Cyprien Ntaryamira, Emmanuel Macron n’en parle jamais bien que la rébellion armée du Front patriotique rwandais (FPR) de Kagame venue de l’Ouganda soit pointée du doigt dans l’attentat qui a abattu l’avion présidentiel en approche de l’aéroport de Kigali le 6 avril 1994.
Pendant ce temps, entre la RD Congo et le Rwanda, Macron a toujours appelé à un dialogue entre les deux pays sans jamais condamner clairement Kigali dont tous les rapports de l’ONU comme des organisations internationales révèlent l’implication du pays et de son armée dans le soutient aux mouvements rebelles qui ensanglantent l’Est du Congo dont actuellement l’AFC/M23.
La politique de deux poids deux mesures de la France sous Emmanuel Macron a montré ses limites dans le règlement de ce conflit qui perdure dans les Grands Lacs avec espoir que son successeur dans un an en ferait autrement.
Afriwave / Provinces26rdc.com
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