RDC : « C 64 », l’opposition se ligue contre Tshisekedi

Le compte à rebours est lancé. À Kinshasa, quelque chose de lourd se prépare dans les coulisses. Des figures de proue de l’opposition congolaise à savoir Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Joseph Kabila, Jean-Marc Kabund, Delly Sesanga, Claudel Lubaya, Matata Ponyo et d’autres opposants anti-régime, décident de passer à une autre étape : celle de la force en vue de bloquer les ambitions du pouvoir. Ce mardi 19 mai 2026, leur nouvelle plateforme baptisée « C 64- Coalition article 64 pour la défense de l’ordre institutionnel » sera officiellement lancée dans un climat déjà saturé de tensions, de soupçons et de discours incendiaires. Outre les slogans sur la défense de la Constitution, une véritable machine de guerre politique semble se mettre en branle contre le régime.

L’opposition ne veut plus simplement protester. Elle veut désormais faire plier Tshisekedi et son camp à travers la rue. Et dans la capitale, beaucoup redoutent déjà que cette montée aux extrêmes ne précipite le pays vers une dangereuse zone de turbulences.

L’opposition aiguise désormais ses armes. Et cette fois, le combat engagé contre Félix Tshisekedi prend des allures de croisade. Les opposants veulent ériger un front compact destiné à barrer la route à toute réforme de la Constitution susceptible d’ouvrir un boulevard politique à un maintien du chef de l’État au-delà de 2028. À mesure que l’UDPS laisse transparaître sa volonté de revisiter l’architecture constitutionnelle du pays, le camp anti-Tshisekedi, lui, radicalise son ton en préparant une riposte d’envergure.

Les mots utilisés ne trompent plus. Depuis plusieurs jours, les têtes d’affiche de l’opposition rivalisent de déclarations fracassantes. Martin Fayulu parle d’une voie périlleuse aux conséquences dangereuses. Figure centrale de cette mobilisation anti-révision, il reste convaincu que le problème de la RDC n’a jamais été la Constitution elle-même, mais plutôt le refus persistant de la respecter. Pour lui, réviser la loi fondamentale dans un contexte marqué par l’insécurité dans l’est, l’existence d’administrations parallèles et l’érosion de l’autorité de l’État reviendrait à engager le pays sur une pente dangereuse. D’autres opposants vont encore plus loin.

Seth Kikuni évoque la nécessité de franchir le rubicon et jeter les dés. Claudel Lubaya rappelle quant à lui que certaines dispositions constitutionnelles sont « intangibles » et estime qu’aucune prétendue volonté populaire ne peut justifier leur remise en cause. L’ancien député parle même d’une possible haute trahison en cas de violation intentionnelle de certaines dispositions de la loi fondamentale.

Delly Sesanga, lui, voit déjà les masques tomber. Le président d’Envol accuse le chef de l’État de vouloir désormais avancer à découvert vers un troisième mandat par plébiscite. Dans un ton grave, le leader Envol affirme que la RDC ne peut replonger dans les pratiques du passé qui ont conduit au chaos. L’opposant convoque même l’histoire de l’UDPS pour rappeler que les fondateurs du parti présidentiel avaient jadis combattu ce type de dérives.

Prince Epenge, porte-parole de Lamuka, pousse encore davantage la charge. Pour lui, Félix Tshisekedi serait prêt à plonger le pays dans « une crise grave. Il accuse le régime de vouloir privilégier un agenda politique autour du troisième mandat au détriment de véritables urgences nationales, notamment la guerre dans l’est et les difficultés sociales quotidiennes des Congolais ».

Puis vient Franck Diongo. Et avec lui, le débat prend une tournure quasiment insurrectionnelle. Le cordonnateur du MRC qualifie la conférence de presse du chef de l’État de déclaration de guerre contre la Constitution. Selon lui, derrière le projet de changement constitutionnel se cacherait une volonté de s’éterniser illégalement au pouvoir. Extrêmement radical. Diongo accuse même le régime d’utiliser la guerre, le chaos et l’instabilité comme leviers pour justifier un glissement politique.

Le pays assiste ainsi à une véritable inflation de discours alarmiste. Derrière cette avalanche de prises de position, une interrogation taraude les esprits : l’opposition se prépare-t-elle à soulever la population contre le régime Tshisekedi ?

Le pouvoir dit oui. Les opposants veulent activer l’article 64 de la loi mère qui stipule que tout Congolais a le devoir de faire échec à tout individu ou groupe d’individus qui prend le pouvoir par la force ou qui l’exerce en violation des dispositions de la présente Constitution. Selon les partisants du pouvoir, certains signaux commencent sérieusement à inquiéter sur le terrain. Des informations circulent déjà sur de présumés recrutements nocturnes de badauds et « kuluna » dans plusieurs quartiers de Kinshasa en prévision des manifestations annoncées contre le changement de la Constitution dès le mois de juin. Selon le journaliste Siméon Isako, certains réseaux seraient mobilisés pour provoquer des incidents capables d’attirer l’attention de la communauté internationale.

Même si ces affirmations restent politiquement sensibles, leur apparition révèle le degré extrêmement préoccupant de tension qui s’installe au pays. L’opposition semble convaincue qu’elle doit passer à la vitesse supérieure pour stopper le pouvoir.

D’autre part, certains adversaires de Tshisekedi veulent lui régler des comptes. Pendant qu’ils haussent le ton, l’UDPS, elle aussi, affiche une fermeté de plus en plus agressive. Augustin Kabuya ne cache plus la détermination du parti présidentiel. Le secrétaire général de l’UDPS a, dans une communication faite dimanche, appelé Félix Tshisekedi à avancer sans peur sur la question du changement de la loi fondamentale. « Soyez sans crainte, Monsieur le président Félix Tshisekedi. Nous sommes derrière vous », a-t-il lancé devant les militants venus nombreux à la permanence du parti à la 10e rue Limete.

Le parti au pouvoir refuse de céder à ce qu’il considère comme des intimidations politiques orchestrées par l’opposition. « Autant ils mobilisent contre le changement, autant nous mobiliserons aussi la population pour défendre notre cause. Ce sont là des notions élémentaires de la démocratie. Et le jour où nous demanderons au chef de l’État de toucher à la Constitution, nous organiserons une mobilisation inédite. En politique, c’est le rapport de force qui compte ».

La riposte verbale de l’UDPS devient elle aussi particulièrement sévère. Le parti est décidé à refaire cette Constitution. « Nous devons reprendre la Constitution de 1992, rédigée sans pression par tous les Congolais lors de la Conférence nationale souveraine. Les travaux étaient dirigés par le cardinal Laurent Monsengwo Pasinya. Ambongo Tata Cardinanal doit en avoir une copie. Nous allons adapter cette Constitution à nos réalités », a déclaré Augustin Kabuya qui a, par la même occasion, attaqué Martin Fayulu en affirmant que ce dernier n’a pas son poids politique.

Dans ce climat électrique, le Nouvel Élan d’Adolphe Muzito apporte lui aussi son soutien à l’idée d’un changement de la Constitution. Le parti estime que la Constitution actuelle, issue du contexte de Sun City, n’aurait pas été suffisamment portée par un véritable mandat populaire. Son secrétaire général, Blanchard Mongomba, a lors d’un meeting tenu dimanche, évoqué notamment la question de la titrisation des terres et celle de la décentralisation comme des sujets nécessitant un débat constitutionnel approfondi.

Le camp favorable au changement insiste également sur le fait que la Constitution de 1992, élaborée sous la Conférence nationale souveraine dirigée par le cardinal Laurent Monsengwo Pasinya, aurait été pensée sans pressions extérieures et dans une logique davantage souverainiste. Pour les partisans de cette thèse, revisiter l’architecture constitutionnelle actuelle reviendrait à renouer avec l’esprit originel d’une refondation politique purement congolaise.

Mais dans le camp de l’opposition, ces arguments passent très mal. Même Denis Mukwege, pourtant plus mesuré dans sa posture, rejette toute idée de révision de la Loi principale du pays. Le prix Nobel pense que le véritable problème du Congo ne réside pas dans les textes mais dans leur application et dans la qualité des dirigeants chargés de les faire respecter.

Avec les invectives qui continuent de fuser, un analyste estime que le pays risque de connaître un moment d’instabilité qui pourrait profiter à l’ennemi. La question est de savoir jusqu’où risque d’aller cette escalade ?


Ouragan / Provinces26rdc.com

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