Mondial 2026 : pour Trump, « c’est au monde de s’adapter aux États-Unis et pas l’inverse »

La Coupe du monde 2026 sera celle de tous les superlatifs avec une édition à 48 équipes organisée conjointement par le Mexique, le Canada et les États-Unis. Ces derniers se taillent la part du lion avec un Donald Trump qui y voit une scène à son image. Analyse avec Kévin Veyssière, expert en géopolitique du sport et animateur du compte FC Geopolitics.

Quand l’événement sportif le plus regardé de la planète rencontre un président américain qui vit pour les caméras. « Ça va être de la grande télévision ». Le leitmotiv de Donald Trump en matière de communication politique trouve déjà une scène à sa mesure avec la Coupe du monde 2026, qui aura lieu du 11 juin au 19 juillet.

Si cette 23e édition est coorganisée par le Mexique, le Canada et les États-Unis, c’est bien sur le sol étasunien que se dérouleront la majorité des 104 matches. Après s’être impliqué personnellement dans la candidature en 2017 lors de son premier mandat, Donald Trump a fait de ce Mondial l’un des événements majeurs du second. À quelques mois des élections de mi-mandat (« midterms »), il espère en retirer un gain politique.

Mais, pour le milliardaire américain, cela reste avant tout l’occasion de mettre en scène sa toute-puissance, que ce soit envers les supporters sous la menace de visas trop onéreux pour le déplacement ou la sélection iranienne, pourtant qualifiée sportivement. Le tout sous l’œil passif de la Fifa, censée pourtant en garantir la bonne organisation.

 

Comment Donald Trump met ce Mondial 2026 au service de son image ? Éléments de réponse avec Kevin Veyssière, alias FC Geopolitics sur les réseaux sociaux, auteur de « Mondial 2026 FC Geopolitics : 22 histoires insolites sur la Coupe du monde de football 2026 ».

France 24 : Dans votre ouvrage, vous rappelez que les dernières Coupes du monde étaient autant de démonstrations de puissance. Qu’est-ce qui distingue cette édition principalement organisée aux États-Unis ?

Kévin Veyssière : Les deux éditions récentes ont en effet été très politiques. En 2018, Vladimir Poutine voulait faire de la Coupe du monde en Russie un élément de son soft power pour affirmer son pays comme une grande puissance. Pour le Qatar en 2022, c’était la consécration d’une diplomatie sportive de plus de 20 ans qui visait à faire connaître le pays.

Ce qui est intéressant avec cette Coupe du monde 2026, c’est qu’elle sera encore plus politique car elle est instrumentalisée par Donald Trump, à la fois sur le plan interne mais aussi vers l’extérieur. Sur le plan interne, il se sert de l’organisation pour remettre en cause l’accueil de matches de la compétition par certaines villes démocrates en désaccord avec sa politique. Cela a son importance puisque les élections de mi-mandat ont lieu à peine quelques mois après le Mondial. Il espère que la Coupe du monde sera un atout pour les remporter.

Sur le plan extérieur, les États-Unis n’ont évidemment pas besoin de la Coupe du monde pour gagner en soft power. Mais Donald Trump veut qu’elle porte son sceau et sa vision de l’international. Alors que la Russie et le Qatar avaient donné des signes d’ouverture pour donner la meilleure image possible, ce n’est clairement pas le cas pour les États-Unis. Donald Trump veut que ce soit le monde qui s’adapte aux États-Unis et pas l’inverse.

Quel rapport entretient Donald Trump avec le sport et l’événementiel sportif en général ?

Donald Trump est quelqu’un qui a souvent été associé au sport. Il a eu une carrière dans le golf, même si les récits qui circulent sur celle-ci disent qu’il essaie toujours de tricher ou de remodeler l’histoire à son avantage. Il est aussi souvent associé au catch et au MMA, des sports virils en phase avec sa ligne politique et son électorat.

Aux États-Unis, le « soccer » est historiquement un sport féminin. Mais Donald Trump, dans son discours, tente de transformer son pays en terre de football avec l’événement qui arrive. Ce n’est pas un fan, mais il espère en tirer un bénéfice politique.

Face à Donald Trump, quelle est l’attitude de la Fifa ?

Si on regarde l’histoire de la compétition, de l’édition 1934 dans l’Italie de Mussolini à celle au Qatar en 2022, la Fifa n’a jamais joué un rôle de modérateur face au pays hôte. Il n’y a jamais eu une relation apolitique entre l’instance et l’organisateur, mais plutôt un partenariat.

Sous Gianni Infantino (président de la Fifa depuis 2016, NDLR), on a même vu des relations très personnelles se développer entre lui et les chefs d’État des pays hôtes. Avec Donald Trump, c’est poussé à son paroxysme avec en apothéose ce prix de la paix absurde de la Fifa remis lors du tirage au sort en décembre 2025. Un prix absurde quand on voit la politique de Trump en début d’année entre l’enlèvement de Nicolas Maduro au Venezuela et les frappes contre l’Iran.

On a tendance à parler de bromance entre Trump et Infantino, mais il n’y a pas de romance. C’est avant tout un rapport de force. Les deux ont la même vision du monde. Infantino affiche sa puissance : il en est à son quatrième mandat, il est désormais réélu par applaudissements, il n’y a pas de contre-pouvoirs à la Fifa. Et il n’est pas contesté car les revenus de l’organisation continuent d’augmenter.

Après la Coupe du monde, il y aura les JO à Los Angeles en 2028. Est-ce qu’on peut s’attendre à une déférence similaire du CIO ?

Le CIO garde une distance beaucoup plus apolitique avec les pays hôtes. Le visage qui représente la compétition est le président du comité d’organisation, et très rarement un politique.

L’autre différence, c’est que ces JO auront lieu à Los Angeles, en Californie, et donc en terre démocrate. Et on sera dans un contexte de fin de règne pour Donald Trump avec des élections pour le remplacer quelques mois après. On devrait donc avoir des JO davantage à l’image de la Californie plutôt que des États-Unis.

 


France 24 / Provinces26rdc.com

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