Le climat politique est tendu depuis l’adoption mercredi par la Chambre basse du rapport sur la proposition de loi Ngondankoy sur le recensement. Affaiblie comme moquée par le pouvoir, l’opposition dont la plupart des ténors ont été contraints à l’exil, se réveille et veut imposer le rapport de force sur le terrain. Désormais, les deux camps se regardent en chiens de faïence prêts à dégainer. Mais, les anti-changement ont corsé leur discours, appelant le peuple à investir la rue. Premier test, la ville morte annoncée par le trio Fayulu-Sesanga-Mwando devant une meute de leurs supporters.
L’opposition a décidé de boycotter la plénière pour ne pas faire le lit au pouvoir décidé offrir à Félix Tshisekedi un troisième mandat. Le bras de fer est ainsi engagé entre les deux familles politiques, aucune ne donnant l’intention d’abdiquer. Allons-nous revivre le scénario de janvier 2015 où le pays avait basculé dans la violence ?
À l’époque, une proposition de révision de la loi électorale, prévoyant l’organisation d’un recensement général avant la présidentielle, avait provoqué une grave crise politique. L’opposition avait rejeté cette démarche, craignant une manœuvre de l’ancien président Joseph Kabila de retarder les élections et prolonger son mandat. Le régime était pointé de vouloir utiliser le recensement comme prétexte dilatoire pour dépasser les délais constitutionnels et se maintenir au pouvoir, étant donné que le pays n’avait pas réalisé de recensement depuis 1984. Trois jours de chaos. Kinshasa était irrespirable. L’armée et la police déployées avaient échoué à contenir les émeutiers. En seconde lecture au Sénat, la loi fut rejetée, preuve que le pouvoir avait reculé. Face à la pression de la rue, aux critiques de la communauté internationale et à la fronde politique, le Parlement congolais avait fini par céder en retirant l’alinéa litigieux de la loi électorale. Grâce à Kengo, le pays proche de s’embraser, avait trouvé un semblant de tranquillité. Des chapeaux à plume de la mouvance s’étaient buttés à la dure réalité électorale. Dans la précipitation, disons-le, mieux la veille de la campagne électorale, Kabila choisit Shadary boudé par les caciques qui le laissèrent se brûler les ailes lors du vote.
Autre temps
Le contexte n’est pas le même certes mais la manigance dénoncée par l’opposition s’apparente au forcing de l’heure Kabila. Aujourd’hui, Tshisekedi va-t-il franchir le rubicon? Son camp politique se prévaut d’avoir mûri la stratégie pour ne pas tomber dans le piège du pouvoir précédent. Le premier pas a été avancé. La Chambre basse a adopté le rapport de la loi sur le référendum à la base de l’ire de l’opposition qui a préféré claquer la porte aux travaux. Mbata et sa commission ont deux jours pour toiletter le texte et le ramener en plénière. À grande vitesse, il sera voté, tranche un élu tshisekediste. Aucun élu resté dans la salle ne conteste d’ailleurs la célérité, l’option ayant été levée en amont. La loi passera sans casse, se targue en privé un membre du bureau. Reste maintenant à foncer sur le projet ou la proposition de loi portant changement de la Constitution. Il s’agit pour le régime d’effacer les deux premiers quinquennats de Tshisekedi. L’archevêque Ejiba qui défend d’ailleurs la thèse du changement constitutionnel brocarde les opposants, signifiant que le compteur sera remis à zéro. En clair, le pays passera de la troisième à la quatrième République, ouvrant ainsi la possibilité à Tshisekedi de se présenter encore deux fois pour un mandat de 7 ans. Ce schéma poussif, s’il passe, va définitivement éteindre les ambitions présidentielles de quelques opposants dont la plupart sont quinquagénaires ou sexagénaires. Par l’instinct de survie, ils sont obligés de descendre dans l’arène pour contrer un régime qui les pousse à sortir de leur torpeur.
Ville morte
Aussitôt la minorité parlementaire a quitté l’hémicycle, les ténors de C64 ont vite battu le rappel des troupes. Les élus contestataires ont fait étape au siège de l’Ecide sur Enseignement. Au pouvoir jusqu’au-boutiste, les radicaux adoptent désormais une attitude agressive. À l’unanimité, les ténors de la plateforme décident de faire gronder la rue avec en ligne de mire, obtenir l’arrêt de ce processus déviant, conduisant non pas au troisième mandat mais à une présidence à vie de Tshisekedi comme claironnent partout les combattants Udps.
Dans cet exercice, le radical Martin Fayulu ne soupèse pas ses mots pour booster le moral de ses troupes et de les dresser face à l’adversité.« Le mercredi 3 juin, c’est la ville morte. Ne sortez pas. Tshisekedi et Kagame se sont convenus de balkaniser le Congo », a-t-il tempêté. Puis Sesanga enchaîne : « Il faut empêcher la forfaiture ». Et le pro-Katumbi, Mwando Nsimba de conclure que« ça ne passera pas ». Les opposants accusent le pouvoir de vouloir contourner les dispositions constitutionnelles actuelles à travers des initiatives parlementaires qu’ils considèrent comme « une menace pour l’ordre démocratique et l’intégrité territoriale du pays ». Ils décrètent ainsi la mobilisation contre toute réforme constitutionnelle qu’ils jugent destinée à prolonger le mandat du chef de l’État.
Jeudi déjà aux premières heures, des jeunes se réclamant de l’Engagement pour la citoyenneté et le développement (ECiDé), ont manifesté dans la commune de Masina, à Kinshasa, pour dénoncer toute tentative de modification de la Constitution. Le mouvement, organisé à proximité du saut-de-mouton Pascal, non loin de la permanence du parti de Martin Fayulu, a provoqué une perturbation momentanée de la circulation sur le boulevard Lumumba. Pneus incendiés, barricades dressées sur la chaussée et trafic paralysé entre le quartier 3 et la place Pascal, la tension est montée d’un cran durant l’avant-midi dans cette partie du district de la Tshangu.
Au cours de cette manifestation de courte durée, les protestataires ont exprimé leur opposition à un éventuel changement de la Loi fondamentale qu’ils estiment susceptible de permettre au président Félix Tshisekedi de se maintenir au pouvoir.
« Pas de troisième mandat pour Félix Tshisekedi, pas de changement de la Constitution », scandaient les manifestants. Cette mobilisation intervient au lendemain de l’appel à une journée ville morte prévu le mercredi 3 juin, lancé par des responsables de la Coalition Article 64 pour la défense de l’ordre constitutionnel.
Une chose est de proclamer la paralysie, une autre est de le réaliser. Voilà là où l’opposition, coincée tous ces jours dans un dilemme cornélien, s’est résolue finalement d’aller au clash. Des campagnes de sensibilisation s’organisent déjà dans les quartiers et rues de Kinshasa. Le message passe de bouche à bouche, de porte à porte comme sous les vieux temps du défunt maréchal Mobutu. De la conviction de ces opposants aux egos surdimensionnés mais unis aujourd’hui par leur sort, Tshisekedi ne réussira pas son entreprise de saper une Constitution arrachée de haute lutte après de nombreux tiraillements surtout pour les articles intangibles.
Ouragan / Provinces26rdc.com
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