ÉDITORIAL. L’affaire illustre un échec systémique de la justice et de la police françaises à traiter les plaintes pour viol. Cette impunité alimente la mobilisation féministe et pousse les politiciens à réagir, mais la priorité doit rester le changement des pratiques policières et judiciaires
La France est secouée comme rarement par la mort de la petite Lyhanna, très probablement victime d’un violeur récidiviste, père d’une de ses amies, qui avait été signalé à la justice à de nombreuses reprises. Au-delà du fait divers monstrueux, qui en rappelle malheureusement bien d’autres qui avaient eu moins d’impact national, ce drame frappe particulièrement par l’évidence du fiasco judiciaire et policier qui l’a rendu possible.
Le témoignage de la mère d’une précédente petite victime, elle aussi amie d’une enfant du bourreau, marque en effet tout spécialement quand elle raconte qu’elle rappelait chaque lundi les différentes gendarmeries concernées pour demander où en était sa plainte alors que pendant près d’un an la procédure se poursuivait sans que le suspect ne soit ni enfermé ni même auditionné. Les examens médicaux sur la fillette corroboraient pourtant les accusations de multiples viols. Et un gendarme serait allé jusqu’à menacer la mère de poursuites pour harcèlement si elle ne cessait pas de pousser pour que son dossier avance. Comment affirmer que la société change de regard sur les violences sexuelles quand il ne sert à rien de porter plainte et d’insister pour qu’un récidiviste soit mis hors d’état de nuire?
Cette affaire marque donc tant parce qu’elle illustre le manque de prise au sérieux des plaintes pour viol. Bien au-delà des agissements monstrueux d’un déviant, ce peu de considération illustre un phénomène régulièrement dénoncé par les victimes.
C’est pour cela que l’on a croisé dans les mobilisations de ces derniers jours des figures dépassant largement le combat contre la pédocriminalité. Les visages du mouvement sont les militantes féministes et les célébrités des différents #MeToo français – Flavie Flament ou Judith Godrèche. Quand on tire la pelote de l’impunité, elle mène effectivement aussi jusqu’à Patrick Bruel ou PPDA.
C’est aussi pour cela que l’affaire Lyhanna provoque une colère aussi forte et émotionnelle dans toute la population. Les politiciens, en pleine précampagne présidentielle, l’ont bien senti. L’impulsion du changement doit bien sûr venir des dirigeants. Mais les récupérations électoralistes et les appels à démissions ministérielles ne doivent pas détourner l’attention de la plus urgente des leçons à tirer: la justice et la police doivent changer leur manière de réagir aux signaux qui leur sont envoyés, la société l’exige. Les textes de loi et les circulaires de priorités le rendent déjà possible. La demande de détention provisoire visant Patrick Bruel de la part des procureurs est peut-être le premier signe de cette prise de conscience.
Le Temps /Provinces26rdc.com
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