Accord « imminent » avec l’Iran ? Trump brouille les pistes avec ses revirements incessants

Après avoir affirmé la veille qu’un accord avec l’Iran pourrait être signé dans les prochains jours pour mettre fin à la guerre, Donald Trump a changé de ton vendredi, accusant Téhéran de mentir. Une séquence qui résume à elle seule les profondes incertitudes entourant les négociations et leurs chances d’aboutir après plus de quatre mois de conflit. Décryptage.

Frappes imminentes, annonce d’accord, puis accusations de mensonge. En moins de 24 heures, Donald Trump a une nouvelle fois soufflé le chaud et le froid sur le dossier iranien. Jeudi 11 juin, le président américain promettait sur Fox News de frapper l’Iran « très durement » dans la soirée, allant jusqu’à menacer de viser l’île de Kharg, principal terminal pétrolier du pays.

Quelques heures plus tard, changement de cap : depuis le Bureau ovale puis sur son réseau Truth Social, il annonce avoir « annulé les frappes et les bombardements qui étaient prévus contre l’Iran », expliquant qu’un terrain d’entente aurait été trouvé avec Téhéran. « Nous venons de trouver un très bon accord pour mettre fin à la guerre avec l’Iran », a assuré le dirigeant républicain, évoquant une signature « dans les prochains jours, peut-être en Europe ».

Mais vendredi, nouvelle volte-face. Dans un message furieux publié sur Truth Social, Donald Trump affirme que le projet d’accord diffusé par plusieurs médias iraniens est « sans rapport avec la réalité ». « Les termes (d’accord) que l’Iran a fait fuiter aux médias menteurs n’ont RIEN à voir avec les termes dont nous sommes convenus par écrit », écrit-il, accusant au passage Téhéran d’être incapable de négocier « de bonne foi ».

• Que sait-on du contenu du projet d’accord ?

Selon les déclarations du président américain jeudi soir, un « accord-cadre très solide » aurait été validé par les plus hautes autorités iraniennes. Le guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, aurait même donné son feu vert au compromis en cours de finalisation, affirme-t-il. Le président américain va jusqu’à évoquer une possible signature « dès ce week-end », « peut-être en Europe », par son vice-président, J. D. Vance.

Dans un premier temps, peu d’éléments concrets ont été fournis. À ce stade, il ne s’agirait pas d’un véritable accord nucléaire mais plutôt d’un texte transitoire destiné à stopper l’escalade militaire et à poursuivre les négociations. Vendredi, Washington a présenté cinq points : « le matériau nucléaire (iranien) sera détruit et enlevé » ; « le programme nucléaire sera démantelé » ; « leurs fonds ne seront pas libérés avant qu’ils ne remplissent les termes » ; « le détroit d’Ormuz sera ouvert » ; « pas de financement des groupes terroristes par l’Iran », a déclaré un haut responsable à l’AFP, précisant qu’il s’agit de ce que les Iraniens « ont accepté ».

Cette liste est arrivée après que des médias iraniens ont fait circuler un projet d’accord avec les États-Unis, que le président américain a contesté. Plusieurs médias iraniens avaient publié plus tôt les détails d’un projet d’accord en quatorze points attribué à des sources proches de l’équipe de négociation iranienne.

Parmi les mesures évoquées figurent un cessez-le-feu permanent sur tous les fronts, y compris au Liban, la fin du blocus naval américain et la réouverture du détroit d’Ormuz sous autorité iranienne dans les trente jours suivant la signature. Le document prévoirait également le retrait des forces américaines positionnées autour de l’Iran, un allègement des sanctions pétrolières et pétrochimiques, ainsi qu’un plan de reconstruction de plus de 300 milliards de dollars financé par les États-Unis et leurs alliés.

Une période de soixante jours de négociations destinée à aboutir à un accord définitif sur le programme nucléaire iranien et à la levée complète des sanctions, avec le déblocage de 24 milliards de dollars d’avoir iraniens gelés à l’étranger, dont la moitié avant l’ouverture des pourparlers, est également évoquée. En échange, Téhéran réaffirmerait son attachement au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP).

Des révélations qui ont provoqué la colère de Donald Trump, qui a immédiatement accusé l’Iran de faire circuler un faux texte d’accord.

• Qu’en disent les Iraniens ?

Dans un premier temps, le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaeil Baghaei, a affirmé vendredi que les autorités iraniennes n’avaient toujours pas pris de décision, sans donner de détails. « Jusqu’à présent, l’Iran n’est pas parvenu à une conclusion définitive concernant cet accord », a-t-il déclaré. « Lorsque nous considérerons que le texte préserve les intérêts de la nation iranienne, nous l’annoncerons bien sûr en toute transparence. »

Les autorités iraniennes ont également tenu à réaffirmer plusieurs lignes rouges. L’agence officielle Irna assure notamment que Téhéran ne renoncera ni au contrôle du détroit d’Ormuz ni à son droit à l’enrichissement nucléaire dans le cadre d’un éventuel accord avec Washington.

Le ministre iranien des Affaires étrangères a assuré, plus tard dans la journée, qu’un accord n’avait « jamais été aussi proche ». « Le mémorandum d’entente d’Islamabad [capitale du Pakistan, médiateur des négociations] n’a jamais été aussi proche. Dans l’attente de sa finalisation, les médias devraient s’abstenir de spéculer sur son contenu », a écrit Abbas Araghchi sur X, ajoutant que « tous les détails seraient communiqués au public en temps voulu ».

• Peut-on croire à une signature imminente ?

Selon une source occidentale citée par Reuters, un accord pourrait être signé dès dimanche à Genève. Le vice-président américain J. D. Vance représenterait alors Washington tandis que le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, signerait pour Téhéran.

Mais les événements des dernières 24 heures sèment le doute. En quelques heures, le président américain est passé de menaces de bombardements massifs contre l’Iran à l’annonce d’un accord historique, avant de dénoncer avec colère le contenu du texte ayant fuité dans les médias iraniens.

Selon un décompte de CNN, le président américain a affirmé à 38 reprises depuis le début du conflit qu’une percée diplomatique était imminente. Pour de nombreux observateurs, cette nouvelle annonce doit donc être accueillie avec prudence. David Smith, chef du bureau du journal britannique The Guardian à Washington, compare la situation à la fable de « l’enfant qui criait au loup ». « Il ne faut pas prendre la parole de Donald Trump pour argent comptant. La question reste ouverte. Seul le temps dira si cette annonce est différente de toutes celles que nous avons entendues ces dernières semaines », déclare-t-il sur l’antenne anglophone de France 24.

• Que cachent les revirements permanents de Trump ?

Depuis le début de la guerre en Iran, les déclarations contradictoires du président américain alimentent le débat sur sa méthode de négociation. Pour Gary O’Donoghue, correspondant de la BBC en Amérique du Nord, deux interprétations s’affrontent.

La première consiste à voir dans ces changements de ton une tactique délibérée : « La communication contradictoire n’est pas nouvelle. Dans une même phrase, Donald Trump peut affirmer qu’un accord est proche puis menacer de frapper l’Iran très durement », observe le journaliste. « Donald Trump aime entretenir l’incertitude et y voit un moyen essentiel de maintenir la pression. »

La seconde hypothèse est moins flatteuse : le président américain chercherait encore une porte de sortie à une guerre devenue politiquement coûteuse. « Ce qui est nouveau ici, c’est sa prise de conscience que l’opinion publique compte. Même Donald Trump ne peut pas prendre le risque de s’aliéner une partie importante de son électorat en engageant des troupes au sol », analyse Gary O’Donoghue. D’autant que cette décision pourrait avoir un impact majeur lors des élections de mi-mandat prévues début novembre.

• Quelle est la position d’Israël ?

Le bureau du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a indiqué dans un communiqué sur X que le pays n’était pas directement partie prenante au protocole d’accord actuellement négocié, indiquant toutefois que Donald Trump l’avait tenu informé de l’avancée des discussions.

Israël affirme avoir obtenu l’assurance du président américain que tout accord définitif devra inclure « le retrait des matières enrichies, le démantèlement des infrastructures d’enrichissement, des limites à la production de missiles et la cessation du soutien apporté par l’Iran à ses mandataires terroristes dans la région ».

Benjamin Netanyahu a réaffirmé que lui et Donald Trump étaient « entièrement d’accord » sur un point : empêcher l’Iran d’obtenir l’arme nucléaire. « Tant que je serai Premier ministre d’Israël, l’Iran ne disposera pas de l’arme nucléaire », a-t-il martelé, se vantant d’être « depuis plus de 30 ans (…) à l’avant-garde de la lutte internationale contre le programme nucléaire iranien ».

 


AFP / France 24 / Provinces26rdc.com

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