Le timing n’est donc pas anodin. Kinshasa cherche à réactiver le canal Tshisekedi a réenclenché la machine diplomatique. La crise congolaise ne se règlera plus seulement au Palais de la Nation. Une grande partie de la démarche se joue désormais en dehors de Kinshasa. Les capitales voisines ouvrent leurs portes aux responsables religieux et aux opposants. Les hôtes congolais de dirigeants étrangers effectuent souvent des visites avant ou peu après Fatshi.
Le timing n’est donc pas anodin. Kinshasa cherche à réactiver le canal angolais, présenté depuis février comme le cadre principal pour préparer un dialogue intercongolais. Mais les frustrations de Lourenço sont réelles. Le président angolais pense qu’il n’est pas entendu par Kinshasa. Difficile pour lui d’imposer un véritable schéma de sortie de crise. Bien que consulté, le dirigeant angolais semble passer le relais au duo Sassou-Ndayishimiye.
Vendredi 10 juillet 2026, un message officiel de Félix Tshisekedi a été adressé à João Lourenço. A Luanda, l’ambassadeur itinérant, Antoine Ghonda Mangalibi, l’a remis au ministre angolais des Relations extérieures, Tete António. Le ministère angolais a confirmé l’information sur X sans en dévoiler le contenu.
Le ballet diplomatique s’accélère. Le 14 janvier 2026, João Lourenço recevait déjà à Luanda le tandem CENCO-ECC, c’est-à-dire la Conférence épiscopale nationale du Congo et l’Église du Christ au Congo, venu plaider en faveur d’un dialogue national inclusif et urgent. Depuis, le rythme ne faiblit pas : Félix Tshisekedi s’est rendu deux fois à Luanda, les 5 janvier et 9 février 2026, et a dépêché à trois reprises des émissaires, notamment le vendredi 10 juillet 2026, ainsi que les vendredis 12 septembre et 12 décembre 2025. Luanda a, de son côté, envoyé son émissaire à Kinshasa le mercredi 20 mai 2026. En moins d’un mois, deux visites présidentielles ont eu lieu, à un rythme inédit.
Les deux capitales discutent des questions bilatérales mais aussi de la paix et de la sécurité dans les Grands Lacs. La remise des messages s’inscrit dans cette continuité. Elle fait suite aux consultations menées par Évariste Ndayishimiye à Bujumbura. En tant que président en exercice de l’UA, le président burundais a rencontré les confessions religieuses et les figures majeures de l’opposition pour plaider en faveur de la cohésion nationale.
Cette initiative intervient alors que l’est du pays reste sous la pression de l’AFC/M23 soutenu par le Rwanda. Le Nord-Kivu et le Sud-Kivu sont toujours occupés. Les discussions de Washington et Doha n’ont pas jusque-là produit des avancées notables. Dans le même temps, le débat interne sur une éventuelle révision ou un changement de la Constitution envenime le climat politique, à deux ans de la fin du mandat de Tshisekedi.
Alors que Kinshasa se déploie sur le front diplomatique, l’opposition décrypte chaque geste du pouvoir. Pour Jean-Marc Kabund, le canal choisi pour transmettre la lettre de Félix Tshisekedi à João Lourenço en dit long sur l’intention réelle du pouvoir. « En diplomatie, un message d’un chef d’État destiné à son homologue est généralement transmis par un envoyé spécial. Lorsqu’il est remis à un autre responsable, notamment au ministre des Affaires étrangères, cela relève d’un choix ou d’une procédure diplomatique dont la portée politique peut être interprétée. Le message est donc clair », a-t-il écrit sur X.
Sassou entre en jeu
Brazzaville joue également un rôle actif. Félix Tshisekedi s’y est rendu à plusieurs reprises. Il s’est entretenu avec son homologue congolais, Denis Sassou-Nguesso. Peu après, le président de l’autre-Congo a reçu le cardinal Fridolin Ambongo et Mgr Donatien Nshole. La situation politique institutionnelle a été évoquée comme la résolution de la crise sécuritaire dans l’est du pays. À l’issue de l’audience, le secrétaire général de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), Donatien Nshole, a indiqué que le chef de l’État congolais s’est montré préoccupé par la crise que traverse la RDC. « Préoccupé, je dirais même très préoccupé par la situation que traverse notre pays, qu’il considère comme un pays frère. Le président Denis Sassou-Nguesso a voulu écouter le cardinal Fridolin Ambongo, que j’accompagne, parce qu’il considère qu’en tant que pasteur, il a aussi une responsabilité historique dans la gestion de la chose commune et de la vie humaine. Il estime que, dans le contexte de l’Afrique d’aujourd’hui, la fragilité de notre pays constituerait quelque chose de très grave. Il a voulu entendre le pasteur sur son analyse de la situation ».
Le prélat refuse de détourner le regard. Pour lui, l’est congolais n’est pas un détail dans l’actualité. C’est une hémorragie nationale. « Vous voyez ce qui se passe de l’autre côté, dans l’est de la RDC. Le pays est en guerre. Une partie de nos compatriotes ne peuvent plus être en communion physique avec nous pour diverses raisons. Les gens continuent à mourir sur le champ de bataille, et ce n’est pas peu de chose », a-t-il martelé.
Malgré cette activité diplomatique, le projet de dialogue intercongolais confié à l’Angola en février dernier n’avance pas. Selon Jeune Afrique, les divergences portent sur le format de la rencontre et sur la liste des participants. Tant que ces points ne sont pas réglés, toute initiative risque de rester sans effet.
Ouragan / Provinces26rdc.com
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