Luca Attanasio, son chauffeur et son garde du corps ont été tués lors d’un convoi du Programme alimentaire mondial, près de Goma.
es réactions sont très vives ce lundi dans les chancelleries, mais aussi sur les réseaux sociaux, après que l’on a appris de sources diplomatiques et sécuritaires locales la mort de l’ambassadeur d’Italie en République démocratique du Congo, Luca Attanasio, à 43 ans. Le ministère italien des Affaires étrangères a confirmé l’information. « C’est avec une profonde tristesse que le ministère des Affaires étrangères confirme la mort, aujourd’hui à Goma, de l’ambassadeur d’Italie en République démocratique du Congo, Luca Attanasio, et d’un militaire », indique un communiqué. Selon une source diplomatique à Kinshasa, le diplomate a été tué par balle alors qu’il voyageait avec un convoi des Nations unies du Programme alimentaire mondial dans l’est du pays. Il a été blessé grièvement et est ensuite décédé dans un hôpital de la Monusco. Son garde du corps, un militaire italien, Vittorio Iacovacci, ainsi que leur chauffeur sont également décédés.
« Une attaque lâche »
Le président italien Sergio Mattarella a dénoncé « l’attaque lâche » qui a coûté la vie à son ambassadeur. « La République italienne est en deuil pour ces serviteurs de l’État qui ont perdu leur vie dans l’exercice de leurs fonctions », a ajouté le président Mattarella en déplorant « l’acte de violence » perpétré alors qu’ils se déplaçaient en voiture dans un convoi de la Monusco, la mission des Casques bleus en RDC.
Le ministre italien des Affaires étrangères Luigi Di Maio, qui se trouvait à Bruxelles pour une réunion avec ses homologues européens, a aussitôt annoncé son retour anticipé à Rome.
Charles Michel, le président du Conseil européen, s’est dit « choqué » par « l’attaque » et les « vies perdues, dont celles de l’ambassadeur d’Italie et d’un militaire ». « L’UE restera aux côtés de la RDC et sa population » pour « la sécurité et la paix », a-t-il ajouté sur Twitter en présentant en italien ses condoléances à la famille.
Luca Attanasio, diplomate italien qui aimait l’Afrique
Luca Attanasio, âgé de 43 ans, était ambassadeur en RDC depuis 2018, après être arrivé dans le pays deux ans plus tôt en tant que chef de mission, selon sa biographie officielle. Il était entré dans la carrière diplomatique fin 2003, après des études de commerce à l’université milanaise Luigi-Bocconi. Il avait démarré à la direction des Affaires économiques, avant de travailler sur les questions africaines et la coopération internationale. À l’étranger, il fut d’abord nommé chef de la section économique et commerciale auprès de l’ambassade de Berne (2006-2010), puis consul général à Casablanca au Maroc (2010-2013). Après un passage à Rome, il était aussi devenu conseiller à l’ambassade d’Italie au Nigeria en 2015.
« Il était très connu et aimé. Nous sommes consternés », a réagi sur Facebook Alessandro Fermi, le président du conseil régional de Lombardie, région du nord de l’Italie où il est né le 23 mai 1977, à Saronno, près de Milan.
Emanuela Del Re, ex-vice-ministre italienne des Affaires étrangères, a rendu hommage à « un homme doté d’un courage, d’une humanité et d’un professionnalisme hors du commun ». « Je me souviens de son sourire contagieux, sa classe, sa grande connaissance des questions africaines », a ajouté Mme Del Re, qui avait travaillé avec l’ambassadeur sur le rapatriement d’urgence d’une religieuse « très malade ».
En octobre 2020, Luca Attanasio avait reçu le prix Nassiriya de la paix « pour son engagement en faveur de la paix entre les peuples » et « pour avoir contribué à la réalisation d’importants projets humanitaires en se distinguant par son altruisme, son dévouement et son esprit de service en soutien aux personnes en difficulté ». « Tout ce qu’en Italie nous prenons pour acquis ne l’est pas au Congo, où malheureusement il y a encore tant de problèmes à résoudre », avait-il alors déclaré. Luca Attanasio était marié et père de trois filles. Son épouse, Zakia Seddiki, originaire de Casablanca, est fondatrice et présidente d’une ONG, Mama Sofia, qui œuvre dans les régions les plus difficiles de RDC en venant en aide aux jeunes mères et à leurs enfants.
Cette attaque vient rappeler amèrement à la communauté internationale les conflits souvent oubliés qui ravagent depuis vingt-cinq ans l’est de ce vaste pays. De nombreux internautes congolais ont vivement réagi. « Le meurtre de l’ambassadeur d’Italie, de son chauffeur et de son garde du corps illustre de manière éloquente le niveau de dégradation de la situation sécuritaire dans l’est du pays et de la détresse à laquelle sont confrontés nos concitoyens qui vivent dans cette partie du pays », écrit cet internaute. « Choqués par la mort brutale de l’ambassadeur d’Italie, nous présentons nos condoléances à sa famille. Nous sommes offusqués de toutes ces tueries à l’est de la RDC ! Nous ne voulons plus d’un mort de plus ! Le monde entier doit s’impliquer pour que ces horreurs cessent » publie une autre.
Le Nord-Kivu, sanctuaire des groupes armés
« Les Forces armées congolaises ratissent pour savoir qui sont les assaillants », a indiqué l’armée congolaise. Dans cette région du nord de Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu en proie à la violence, des groupes armés règnent en maître depuis plus de vingt-cinq ans. C’est là où se trouve le parc national des Virunga, joyau naturel, touristique et menacé. Il est devenu le théâtre des conflits, où ces groupes armés se disputent le contrôle des richesses du sol et du sous-sol.
À proximité des lieux du drame se trouvent également les fiefs de la rébellion hutu rwandaise FDLR et des milices hutu congolaises Nyatura. Des rebelles congolais du M-23 sont également localisés dans la zone, d’après un expert du Baromètre sécuritaire du Kivu (KST).
Créé en 1925, le parc national des Virunga est inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco. Cette réserve s’étend sur 7 769 km2, de Goma jusqu’au territoire de Béni, entre montagnes et forêts. Le parc est surveillé par 689 rangers armés, dont au moins 200 ont été tués dans l’exercice de leurs fonctions, selon ses responsables. Le dernier incident en date remonte à début janvier, quand six rangers ont été tués dans le parc des Virunga. Luca Attanasio est le deuxième ambassadeur européen en fonction tué par balle en RDC, après le Français Philippe Bernard, tué le 28 janvier 1993 lors d’émeutes qui avaient conduit à des pillages à Kinshasa, sous le règne de l’ex-président Mobutu Sese Seko.
Le Point Afrique /provinces26rdc.net
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