En 7 mois de rébellion, Laurent-Désiré Kabila a balayé, d’un revers de la main, les 32 ans de dictature du maréchal Mobutu Sese Seko, terrassé par la maladie et secoué en même temps par une mobilisation interne de la population et de l’Opposition qui ne juraient que par son départ. « Il a catégoriquement refusé d’appliquer les conseils de Nelson Mandela pour une sortie honorable », relate Papa Paulin, 86 ans. Et bien, le 16 mai 1997, soit un jour avant sa chute, le » Grand Léopard » a quitté précipitamment la capitale, à bord de sa Limousine qu’accompagnaient une trentaine de véhicules. Direction, aéroport international de N’djili. Destination, Gbadolite.
Il a quitté Kinshasa pour ne plus jamais y revenir, après l’échec des négociations avec la rébellion, l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL), dirigée par Laurent-Désiré Kabila.
Le 17 mai 2021, les Forces de l’AFDL ont pris possession de la ville de Kinshasa. « C’était la fête dans la capitale. La population a communié avec les libérateurs », se rappelle Papa Paulin. Le même jour,
Laurent-Désiré Kabila s’est autoproclamé, depuis la ville de Lubumbashi, nouveau Chef de l’Etat.
Les rebelles appelés « Kadogo », enfants soldats encadrés par l’armée rwandaise, avaient déjà quadrillé Kinshasa comme les autres villes du pays, mais avaient tout de même laissé décoller, la veille du 17 mai, l’avion de Mobutu.
Le Zaïre est devenu la République démocratique du Congo. L’hymne national, La Zaïroise, se transforme en Debout Congolais.
Mais bien avant sa chute, dès le 24 avril 1990, au bout de longues consultations populaires, Mobutu avait officiellement décrété la fin du monolithisme, ouvrant la porte au multipartisme avec plusieurs mouvements syndicaux.
Le processus était lent à se mettre en marche. La conférence nationale souveraine tenue de 1990 à 1992, ponctuée des manifestations violentes, a permis la mise sur pied d’une transition qui durera jusqu’au renversement du régime.
Il faut noter que les Rwandais n’étaient pas les seuls à soutenir l’AFDL. Les armées de l’Ouganda, du Burundi, de l’Angola et même plus tard, sur invitation de Laurent Kabila, du Zimbabwe, seront impliquées dans cette guerre avec des mercenaires érythréens, sud-africains et autres.
Le parapluie ne tiendra que pour peu de temps car, dès le 17 janvier 2001, M’zée Kabila est abattu dans son fauteuil par un de ses proches gardes du corps.
Il sera remplacé, quelques jours plus tard, par son fils Joseph Kabila, à l’époque chef d’Etat-major adjoint de l’armée congolaise et âgé à peine de 29 ans.
Ce dernier négociera avec les différentes factions rebelles qui avaient éclaté et formera un gouvernement dénommé 1+4, à savoir 1 président et 4 vice-présidents.
Les premières élections démocratiques sont organisées en 2006. Joseph Kabila les remporte.
24 ans après la chute de Mobutu, des Congolais vivent dans une crise économique aiguë avec une dépréciation continue de leur monnaie.
La situation rappelle les dernières heures de Mobutu qui est pourtant mort le 7 septembre 1997 à Rabat, au Maroc, quatre mois après l’effondrement de son régime.
« Quand M’zée est arrivé, nous avons vu des signaux forts du changement. Il y avait de l’espoir. Mais après sa mort, nous sommes revenus à la case du départ, surtout à partir de premières élections de 2006″, réagit Papa Odon Kibwila, 83 ans. Pour lui, » des efforts doivent être fournis par l’actuel régime pour redonner le sourire au peuple congolais « .
» De 1997 à 2021, nous avons reculé de plusieurs pas. Les choses sont allées de mal en pis », conclut Maman Malou qui décrie la gestion de Joseph Kabila et celle de Félix Tshisekedi qu’elle juge « chaotique ».
« J’ai honte de cette révolution », Jonas Tshiombela à propos du mouvement du 17 mai 1997

17 mai 1997 – 17 mai 2021, cela fait exactement 24 ans jour pour jour, que le régime du maréchal Mobutu Sese Seko a été renversé par les soldats de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL), une coalition conduite par M’zée Laurent-Désiré Kabila. Cet événement mettait ainsi fin à 32 ans de règne du Mobutu Sese Seko.
L’ avènement de ce nouveau régime avait suscité beaucoup d’espoir et d’attentes chez les congolais. Pour le peuple, Laurent-Désiré Kabila symbolisait un changement. 24 ans après, le coordonnateur de la Nouvelle société civile congolaise, Jonas Tshiombela estime que cette révolution n’a pas réussi à mettre le pays sur le droit chemin. Il parle même d’une « révolution de la honte ». « Cette date du 17 mai me paraît une date fériée de trop et du gaspillage », estime-t-il.
À Media Congo Press ce lundi 17 mai, cet acteur de la société civile peint un tableau sombre de 21 ans au pouvoir du mouvement du 17 mai. » Cette révolution des libérateurs du 17 mai sera qualifiée d’un conglomérat d’aventuriers. » Après la mort de M’zée Laurent-Désiré Kabila, » ces libérateurs vont davantage démontrer leurs limites au point de trahir même sa vision politique. Le voilà perdre le pouvoir laissant le pays dans la guerre », pense-t-il.
Et de poursuivre : » que dire sur le plan économique et social, tout est à refaire, comme si le pays n’a jamais été dirigé. J’ai honte de cette révolution de conglomérat des aventuriers ». Anciennement célébrée comme la fête de la libération en référence à l’entrée à Kinshasa de l’AFDL, la date du 17 mai est, depuis 2019, dédiée aux forces armées de la RDC. À cette occasion, le coordonnateur de la NSCC, invite tous les congolais à soutenir les vaillants soldats engagés dans la guerre dans l’Est du pays.
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