RDC-Traque conjointe des ADF : début de l’offensive terrestre sur fond de controverse pour le manque de transparence et du traumatisme du passé

Hier soir, les porte-paroles du gouvernement et des FARDC ont fait le point sur ces opérations indiquant que les soldats ougandais avaient intensifié leur déploiement en RDC au deuxième jour d’une opération contre le groupe rebelle ADF ont indiqué des témoins.

« Ils sont arrivés à bord de véhicules blindés, escortés par des membres des services de sécurité locaux », a déclaré Tony Kitambala, journaliste indépendant basé dans la province du Nord-Kivu, à Nobili, à la frontière.

Un travailleur humanitaire à Nobili a déclaré que « les frappes aériennes sur les positions des ADF se sont poursuivies mardi soir », mais que la situation était calme depuis ce mercredi. « Ce matin [mercredi], l’UPDF (forces armées ougandaises) a renforcé ses troupes avec des hommes, des munitions et des camions militaires », a-t-il déclaré.

Le porte-parole des FARDC, Leon Richard Kasonga, a annoncé hier soir aux journalistes que « nous avons bombardé des camps terroristes dans la forêt ». « Nous sommes sur le terrain pour des opérations de grande envergure », a-t-il ajouté, sans fournir de détails sur le nombre de troupes déployées ni sur la durée possible de cette opération de déploiement concerté de troupes entre Kinshasa et Kampala qui vise un « ennemi commun ».

« Il y a eu des tirs d’artillerie et des frappes qui ont été identifiés en République démocratique du Congo, nos hommes étaient sur le terrain, ils étaient soutenus par les forces de la République ougandaise », a relaté, à son tour, le ministre Patrick Muyaya, porte-parole du gouvernement.

Mardi, le porte-parole de l’UPDF, le brigadier Flavia Byekwaso, a déclaré que les bombardements avaient atteint leurs cibles avec succès et que les opérations au sol traqueraient les « terroristes ».

Controverse sur le manque de transparence et traumatisme du passé

L’intervention de l’Ouganda est intervenue malgré une répression contre les ADF par les forces armées congolaises, lancée il y a deux ans. Cela a été suivi d’un « état de siège » au Nord-Kivu et en Ituri depuis début mai en vertu duquel les hauts responsables civils ont été remplacés par des militaires ou des policiers.

Bien que la population de cette partie du pays se félicitaient de l’offensive contre les ADF, elle espère néanmoins que l’opération ouvrirait la voie à la paix. « Je suis très heureux de l’arrivée des troupes ougandaises dans notre pays », a déclaré Jospin Dongo, habitant de Nobili. Un autre habitant, Mugisa Kitambala, a déclaré : « Le principal en ce qui me concerne est que nous ayons à nouveau la paix. […] Mais ils doivent aussi nous dire combien de temps durera la mission et combien (de troupes) sont entrés, afin qu’à la fin, nous puissions savoir qu’ils sont rentrés chez eux. »

L’idée de troupes ougandaises opérant sur le sol congolais est controversée dans un pays où beaucoup se rappellent du rôle joué dans le passé par l’Ouganda et du Rwanda dans le maintien de l’instabilité dans l’est du pays.
Ainsi le Dr Denis Mukwege, prix Nobel de la paix 2018 pour son travail en faveur des victimes de violences sexuelles au Sud-Kivu, », avait fait savoir dans un tweet que « l’accord RDC-Ouganda était inacceptable » au regard des « 25 ans de crimes de masse et de pillage de nos ressources par nos voisins.
D’autres personnalités ont également mis en doute le manque de transparence derrière l’accord, qui a été conclu sans consultation avec le Parlement ni même une déclaration du président Félix Tshisekedi pour l’annoncer.

« Il y a des facteurs qui sont secret défense, qui ne peuvent pas être communiqués à tout le monde », a justifié le général Kasonga.
De son côté le gouvernement, par l’entremise de son porte-parole, affirme comprendre « les inquiétudes » de ses citoyens mais demeure déterminer à aller de l’avant dans les « relations entre les pays » afin de lutter contre les terroristes des ADF.

« Aujourd’hui, eux (l’Ouganda) et nous, sommes confrontés à un ennemi commun qui est un terroriste qui n’a pas de frontières, qui décime l’Ouganda et ici. Nous avons l’obligation d’agir ensemble comme dans toutes les régions du monde où il y a du terrorisme. », a déclaré ce mercredi le ministre Patrick Muyaya.

La présidence a affirmé ce week-end, par l’intermédiaire d’un conseiller, qu’elle avait approuvé cette offre de l’Ouganda de poursuivre les ADF sur son sol, où le groupe s’est retranché depuis le milieu des années 1990.

Qui sont les ADF ?

L’ADF était historiquement une coalition rebelle ougandaise dont le plus grand groupe comprenait des musulmans opposés au président Museveni. Le groupe s’est établi dans l’est de la RDC en 1995, devenant plus tard la plus meurtrière des dizaines de forces armées illégales dans cette partie de la RDC.

Selon l’Église catholique, les miliciens de l’ADF auraient tué environ 6 000 civils depuis 2013 tandis qu’un observateur respecté, le « Kivu Security Tracker », l’accuse de plus de 1 200 morts dans la seule région depuis 2017.

De son côté, les autorités ougandaises ont accusé l’ADF ou un groupe local qui lui est affilié, d’avoir mené ou planifié une série d’attaques ayant causé la mort de quatre personnes et blessant 33 autres dans deux attentats-suicides à Kampala le 16 novembre dernier. La police a imputé l’explosion à un « groupe terroriste national » qui, selon elle, était lié aux ADF.

Depuis avril 2019, certaines attaques des ADF dans l’est de la RD Congo ont été revendiquées par Daesh qui décrit le groupe comme sa filiale de l’État islamique (EI) en Afrique centrale.

En marsde cette année, les États-Unis ont inscrit l’ADF sur leur liste des organisations « terroristes » liées à l’EI.


AFP /  Africanews/Provinces26rdc.net

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