Le débat sur la communauté Banyamulenge refait surface en République démocratique du Congo. En cause : les propos tenus récemment par Martin Fayulu devant la diaspora congolaise en Belgique, qui ont suscité des réactions aussi bien dans le camp du pouvoir que dans celui de l’AFC/M23. Une vieille question identitaire ressurgit ainsi dans un pays déjà secoué par une guerre dont les protagonistes invoquent, entre autres, des considérations identitaires.
Martin Fayulu s’est interrogé sur l’existence d’une « tribu banyamulenge » parmi les communautés congolaises. Pour étayer son argumentaire, le président de l’ECiDé a notamment évoqué la question de la langue et l’histoire de cette communauté. Il a également expliqué que des personnes d’origine rwandaise pouvaient obtenir la nationalité congolaise, sans que cela signifie nécessairement qu’elles soient Congolaises d’origine. Des propos qui ont provoqué une levée de boucliers.
Dans le camp présidentiel, plusieurs voix ont pris la défense des Banyamulenge. Augustin Kabuya a notamment été très virulent à l’égard de Martin Fayulu. Le secrétaire général de l’UDPS a affirmé que les Banyamulenge sont des Congolais et a évoqué leur présence dans les institutions, citant notamment un député national de l’UDPS et un ministre d’État issus de cette communauté. Pour lui, remettre en cause leur nationalité n’est nullement justifié.
Le professeur Paul-Gaspard Ngondankoy a, pour sa part, choisi de répondre sur le terrain juridique. Dans une tribune intitulée « On est Congolais ou on ne l’est pas ! », il rappelle que la question de la nationalité des personnes appartenant aux groupes ethniques présents sur le territoire congolais avant l’indépendance est déjà encadrée par la loi. Il cite notamment la loi du 12 novembre 2004 ainsi que l’article 10 de la Constitution. Pour lui, le débat doit être ramené au droit plutôt qu’aux appartenances sociologiques.
Godé Mpoyi défend également la nationalité congolaise des Banyamulenge. Mais le pasteur et ancien président de l’Assemblée provinciale de Kinshasa ajoute une mise en garde : cette communauté ne devrait pas, selon lui, se laisser instrumentaliser par le Rwanda dans la guerre qui oppose ce dernier à la RDC. Une position qui semble résumer, selon certains observateurs, le discours du pouvoir en place : reconnaître les Banyamulenge comme Congolais tout en rejetant toute instrumentalisation de cette communauté dans le conflit avec Kigali.
La réaction d’Azarias Ruberwa a également été remarquée. L’ancien vice-président de la République, lui-même issu de la communauté banyamulenge, a vivement dénoncé les propos de Martin Fayulu et rappelé l’ancienneté de cette communauté au Congo. Il a également évoqué la situation à Minembwe, estimant que cette zone est particulièrement ciblée par les bombardements en raison de la présence des Banyamulenge.
C’est justement à ce niveau que la question identitaire et tribale rejoint directement la guerre du M23. Depuis plusieurs années, le M23 et le Rwanda accusent Kinshasa de s’en prendre aux populations tutsi congolaises, notamment aux Banyamulenge dans les Hauts Plateaux du Sud-Kivu. Kigali et le mouvement rebelle présentent la protection de ces populations comme l’une des causes profondes du conflit. Kinshasa rejette ces accusations et accuse, de son côté, le Rwanda d’instrumentaliser cette question pour justifier son soutien au M23.
Le débat actuel prend donc une tournure particulière. Martin Fayulu, figure de l’opposition, remet en question certains éléments liés à l’identité banyamulenge. En face, plusieurs responsables proches du pouvoir défendent ouvertement leur appartenance congolaise. Dans le même temps, Corneille Nangaa et l’AFC/M23 ont également condamné les propos de Fayulu, alors que le mouvement rebelle accuse régulièrement Kinshasa de persécuter les Tutsi et les Banyamulenge. Une situation qui place la question identitaire au cœur d’un débat politique et sécuritaire particulièrement sensible.
Le problème est que ce débat ressurgit alors que la RDC est en guerre. À Minembwe et dans plusieurs territoires de l’Est, les questions liées à l’identité et à l’appartenance communautaire alimentent depuis longtemps les tensions et les conflits. La plupart des rébellions nées dans l’Est ont souvent justifié leur existence par la volonté de protéger certaines minorités ethniques, notamment les Tutsi et les Banyamulenge. La réouverture de ce débat risque ainsi d’envenimer davantage une situation déjà explosive.
Netic News / Provnces26rdc.com
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