Angleterre : un aventurier britannique retourne chez lui après avoir effectué pendant 28 ans le tour du monde à pied

L’aventurier britannique Karl Bushby est rentré chez lui lundi à Hull, une ville portuaire de la côte est de l’Angleterre, après avoir fait le tour du monde à pied. Un périple de 50 000 km qui a pris 28 ans.

Au milieu des années 1990, Karl Bushby, alors parachutiste dans l’armée britannique, était fasciné par les épreuves d’endurance. Il rêvait d’une randonnée au long cours, un parcours à pied extrême, mais rien dans ses recherches ne lui semblait assez difficile, pas même des parcours de milliers de kilomètres.

Puis son père lui a suggéré de se renseigner sur la traversée du détroit de Béring entre l’Alaska et la Russie quand il gelait en hiver. Cette idée était la clé d’une randonnée couvrant quatre continents.

« C’est ce que je cherchais : le voyage suprême », a-t-il expliqué le mois dernier alors qu’il venait de rentrer en Angleterre après avoir passé la moitié de sa vie à l’étranger.

Rentrer chez soi après 28 ans

Lors d’une conférence de presse lundi, M. Bushby a déclaré qu’il allait consacrer la prochaine année à un documentaire que le cinéaste Werner Herzog prépare sur son aventure, ainsi qu’à un livre qu’il prévoit écrire. Mais d’abord, il doit assimiler ce que signifie être de retour chez lui.

« C’est difficile aujourd’hui d’expliquer ce que tout cela a représenté », a déclaré Karl Bushby, aujourd’hui âgé de 56 ans, qui a été accueilli par sa mère. « Tout est encore un grand fouillis flou dans ma tête pour le moment. »

Son périple a commencé dans le sud de la Patagonie, au Chili, en novembre 1998, quand il avait 29 ans.

Aucun mode de transport

M. Bushby a pris l’avion pour l’Amérique du Sud et a commencé à marcher vers chez lui. Son but : faire le tour du monde sans jamais monter à bord d’un avion, d’un train, d’un bateau ou de tout autre mode de transport.

Le voyage, dit-il, l’a mené à travers certains des environnements les plus difficiles au monde, de la jungle du passage du Darién à la toundra sibérienne. Il a été arrêté, expulsé, sans le sou et perdu plus de fois qu’il ne peut compter.

M. Bushby a commencé son périple à Punta Arenas, à l’extrême sud du Chili, avec 500 $ en poche et un chariot qu’il appelle « La Bête ». C’est une poussette à deux roues contenant son matériel de camping, ses vêtements, des articles de toilette, de la nourriture et de l’eau.

En moyenne, il essayait de marcher une trentaine de kilomètres avant de chercher un endroit où planter sa tente.

Les premières centaines de kilomètres ont été très dures, a-t-il dit. La météo était souvent mauvaise et il mangeait surtout de la nourriture achetée dans des stations-service. « On n’avait aucun soutien », ajoute-t-il. (M. Bushby utilise souvent le pronom « on », en parlant de lui-même et de son chariot.)

De l’aide de la part d’étrangers

Mais petit à petit, la nouvelle de son voyage s’est répandue et les automobilistes se sont mis à arrêter pour lui donner nourriture et argent.Tout au long de son périple, M. Bushby a pris des pauses, s’arrêtant pendant des semaines ou des mois pour récupérer et échapper à la vie sur la route, qui était, selon lui, « absolument, follement monotone ».

Les premières années, tu vis ton rêve d’aventure de petit garçon et c’est super, mais à un moment donné, ça devient vraiment une corvée.

Karl Bushby

Les choses ont changé en 2002, quand il est entré aux États-Unis par le poste-frontière de Nogales, en Arizona. À ce moment, dit-il, il a senti qu’il venait de passer de simple curiosité à une nuisance, voire une menace. On le méprenait souvent pour un itinérant, dit-il. « Aussi, ce n’était pas longtemps après le 11-Septembre, alors tout le monde était très nerveux. »

Il était fréquemment interpellé par la police, qui lui interdisait les autoroutes, lui faisait déplacer sa tente ou le chassait des endroits publics. Par contre, c’est aussi aux États-Unis qu’on lui a offert des commandites, notamment d’une entreprise d’hébergement web et d’une marque de semelles de souliers, qui généraient quelques centaines de dollars par mois.

Enfer de glace et prison russe

Il a fait face à de nombreux défis, mais aucun n’a été aussi éprouvant que le détroit de Béring. En mars 2006, Karl Bushby et Dimitri Kieffer, un aventurier franco-américain, ont commencé à se frayer un chemin vers la Russie depuis l’Alaska, traversant l’instable et mouvante banquise saisonnière qui lie l’extrême est de la Russie et l’extrême ouest de l’Alaska.

Pendant deux semaines, les deux hommes cherchaient chaque soir le plus gros morceau de glace possible pour installer leur précaire campement.Toute la nuit, tu entends le crissement des plaques de glace qui s’entrechoquent. On dirait que la glace crie, littéralement.

Karl Bushby, à propos du détroit de Béring

Une fois, « on a dû évacuer la tente pendant la nuit parce que la glace a commencé à se briser sous nos pieds », a raconté M. Bushby. Le duo a eu de la chance. Durant les derniers jours, le temps s’est amélioré et ils ont pu atteindre la Russie. Mais quand ils sont arrivés là-bas, l’accueil des gardes-frontières a été aussi froid que la météo arctique.

« Ils ne croyaient tout simplement pas le fait qu’on venait de traverser le détroit de Béring à pied. »

Les hommes ont été détenus pour avoir omis de s’enregistrer auprès des autorités russes et retenus pendant près de deux mois.

Il retrouve son fils

La décision de Karl Bushby l’a éloigné de sa famille et surtout de son fils, Adam, qui avait 8 ans au début de l’expédition. M. Bushby, qui s’était séparé de la mère de son fils quelques années auparavant, dit avoir peiné à concilier son voyage avec la paternité. Il se disait que peut-être que le voyage inspirerait son fils ou le rendrait fier.

Le jeune Bushby, 36 ans, a indiqué récemment qu’au début, il ne comprenait pas ce que son père faisait ou pourquoi il était parti. Mais sa perspective a changé en 2004 quand, à 14 ans, il a rencontré son père en Alaska pour la première fois depuis le début du périple.

« À ce moment-là, j’ai juste accepté que c’était ce qu’il faisait, a dit Adam Bushby. Je me suis dit que j’allais le respecter et l’encourager tout au long. »

Le mois dernier, peu après qu’il eut traversé la Manche à la nage, Karl Bushby a éprouvé un certain sentiment de vertige : « Je suis sur le point de perdre ma raison de vivre, a-t-il dit. Ça va se terminer d’un seul coup. »

La gentillesse des étrangers

M. Bushby ignore quelle occupation l’attend, mais dit qu’il aimerait enseigner les sciences. Il aimerait aussi partager la chose qui l’a le plus surpris dans son voyage : la gentillesse des étrangers.

Des centaines de personnes lui ont offert abri, nourriture, encouragement et aide. Il dit avoir constaté un esprit accueillant dans « chaque culture, chaque pays ».

Son message aux jeunes ? « Le monde est bien meilleur que vous ne l’imaginez. »

 

 

 

 

 

 

 

 


La Presse/
Provinces26rdc.com

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