Le cyclone Chido qui a touché Mayotte samedi est l’un des plus violents à avoir frappé l’archipel en 90 ans. Le résultat, selon les prévisionnistes, d’une « trajectoire remarquable » et de paramètres océanographiques et atmosphériques exceptionnels qui vient mettre en lumière la nécessité de mieux adapter ce département français aux risques dans le contexte du réchauffement climatique.
Des habitations éventrées, des toits arrachés, des routes coupées et des bidonvilles entiers réduits à des amas de tôles. Deux jours après le passage du cyclone Chido à Mayotte, une course contre la montre est engagée; lundi 16 décembre, pour venir en aide aux sinistrés. Les rafales à plus de 220 km/h ont transformé le département français le plus pauvre en un champ de ruines où l’eau et la nourriture manquent et où l’ensemble du système de santé est à l’arrêt.
« Je pense qu’il y aura certainement plusieurs centaines, peut-être approcherons-nous le millier, voire quelques milliers » de morts au vu de la « violence » du cyclone, a déclaré, dimanche, le préfet de Mayotte, François-Xavier Bieuville, sur la chaîne publique Mayotte La 1ère.
Face à ce très lourd bilan, le cyclone Chido pourrait se classer parmi les catastrophes naturelles les plus meurtrières subies par les territoires d’Outre-mer depuis 1900 mais aussi comme l’un des plus violents à avoir frappé l’archipel en un siècle. Mais comment expliquer l’intensité exceptionnelle du phénomène ?
Une trajectoire remarquable
La première explication est que l’archipel de Mayotte, habituellement protégé des tempêtes grâce à sa proximité avec Madagascar, a joué de malchance en se trouvant directement sur le chemin du cyclone. « Plus que son intensité, c’est sa trajectoire qui a été remarquable », note Patrick Galois, prévisionniste à Météo-France. « Il a suivi un trajet tout à fait rectiligne, plus au nord que ce que l’on peut observer habituellement, contournant Madagascar et touchant directement Mayotte. »
Or Mayotte « est un territoire minuscule », « un confetti posé sur l’océan Indien », poursuit le spécialiste. « La probabilité que l’œil du cyclone le touche de plein fouet était très faible. C’est cela qui fait le caractère vraiment exceptionnel de l’événement. » Le dernier épisode comparable remonte ainsi à février 1934, il y a 90 ans, précise-t-il.
Cependant, note-t-il, observer des cyclones de cette intensité n’est pas exceptionnel dans cette partie du monde. « Il y a, en moyenne chaque saison, trois systèmes d’intensité équivalente à celle de Chido » dans le sud-ouest de l’océan Indien, note-t-il. Dans son rapport prévisionnel annuel publié en novembre, Météo-France rappelle ainsi qu’en moyenne, dix systèmes – tempêtes et cyclones – s’y développent pendant la saison cyclonique, qui s’étend de novembre à mars ou avril. Et parmi eux, en moyenne cinq deviennent des cyclones tropicaux.
Samedi, des rafales de 226 km/h ont été enregistrées à l’aéroport de Mayotte, à Petite-Terre, et de 194 km/h à la station de Coconi, sur les hauteurs de Grande-Terre, avant que les équipements de relevés ne soient endommagés. « C’est intense, mais pas le phénomène le plus intense que nous ayons observé », continue Patrick Galois. « Et si le cyclone était passé quelques kilomètres plus au sud ou au nord, ou qu’il avait d’abord touché Madagascar, il aurait perdu de son intensité, et les impacts auraient été nettement plus faibles. »
Eau chaude et vents stables
En parallèle, le cyclone Chido a également profité de paramètres océaniques et atmosphériques favorables. « Un cisaillement de vent faible » a ainsi permis au cyclone « de se structurer et de perdurer », explique Patrick Galois : s’il existe trop de différences de vent entre le sol et l’altitude, « cela peut déstructurer un phénomène cyclonique et l’empêcher de se développer. Et là, malheureusement, ce n’était pas le cas », a-t-il indiqué.
Il a aussi bénéficié d’un « environnement océanique exceptionnel avec des températures de surface des eaux proches de 30 degrés et des eaux chaudes très profondes », selon le prévisionniste.
Les cyclones se forment en effet lorsque la température de l’eau est très élevée : cela provoque une évaporation intense et donc un transfert de l’humidité de l’océan vers l’atmosphère qui va entraîner la formation de nuages orageux. Ensemble, ces nuages vont tourner, formant progressivement un cyclone. On parlera d’ouragan dans l’Atlantique nord et le Pacifique nord, de cyclone dans l’océan Indien et de typhon dans le Pacifique nord-ouest lorsque les vents dépassent 119 km/h, et de tempête tropicale si les vents sont moins violents.
Un impact du dérèglement climatique ?
Face à ce dernier paramètre se pose cependant une question : faut-il voir dans le cyclone Chido une marque directe du dérèglement climatique ?
Les scientifiques savent que les conditions plus chaudes provoquées par le changement climatique vont, statistiquement, augmenter l’intensité des cyclones tropicaux. Pour 1,5 °C de réchauffement global, la proportion de cyclones tropicaux intenses sera 10 % plus élevée par rapport à aujourd’hui, et 20 % plus élevée à 4 °C de réchauffement, selon le dernier rapport du Giec, le groupe d’experts onusien travaillant sur le climat. L’explication est simple : avec le dérèglement climatique, l’océan se réchauffe de plus en plus vite, libérant davantage de vapeur d’eau et fournissant ainsi de l’énergie supplémentaire aux ouragans.
Pour autant, il semble aujourd’hui trop tôt pour établir un lien direct entre le cyclone Chido et le dérèglement climatique. Dans l’immédiat, « malgré des conditions de plus en plus chaudes », « un faible niveau de confiance empêche d’attribuer l’intensité du cyclone Chido au changement climatique provoqué par les humains », écrit ainsi dans un communiqué l’équipe de recherche européenne ClimaMeter, qui réalise des études d’attribution destinées à étudier le lien entre un événement météorologique extrême et le dérèglement climatique.
Pour étudier ce lien, l’équipe ClimaMeter recense les conditions météorologiques ayant entraîné la formation du cyclone, puis regarde si ces conditions adviennent plus souvent dans la période présente (1987-2023) que dans le passé (1950-1986). En l’occurrence, le cyclone Chido se présente comme un événement extrêmement rare mais les données montrent très peu d’évolution en termes de précipitations et de vitesse du vent par rapport aux événements similaires observés dans le passé.
La nécessité d’adaptation
Mais si le cyclone Chido reste aujourd’hui le résultat d’une conjoncture exceptionnelle, le lourd bilan humain et matériel vient mettre en lumière la grande vulnérabilité du département français face à ces phénomènes météorologiques extrêmes, insistent les auteurs de l’étude.
« Les îles, par leur nature, sont des territoires vulnérables aux risques cycloniques. À Mayotte, la question n’était pas de savoir s’il y aurait un cyclone mais plutôt quand », abonde la géographe Magali Reghezza sur France 24. « Aujourd’hui, on sait se protéger contre les cyclones. On a développé des bâtis plus résistants ou, du moins, qui ne risquent pas de tuer les gens. On peut boulonner les toits, on peut faire circuler l’air dans les maisons… Il y a des techniques pour prévenir les risques. Dans d’autres territoires, moins fragiles, ce même cyclone aurait pu faire moins de dégâts. »
AFP / France 24 / Provinces26rdc.com
Laisser un commentaire