Denis Mukwege : « l’Accord-Cadre d’Addis-Abeba, la solution pour la paix en RDC »

« Il n’est jamais trop tard pour agir ». À l’occasion du 12ᵉ anniversaire de l’Accord-Cadre d’Addis-Abeba, Denis Mukwege a réitéré son appel pour l’application stricte de ce pacte de paix. De plus, le prix Nobel congolais a encouragé l’usage de sanctions contre les auteurs de violations du droit international qui minent la paix en République démocratique du Congo.

La situation est critique. « La RDC subit une menace existentielle sans précédent », alerte le toubib. Inquiet, le médecin a rappelé que, depuis plus de 25 ans, l’agression rwandaise et l’invasion du territoire congolais prennent des allures d’annexion. Des administrations parallèles illégitimes se mettent en place, a-t-il fait remarquer, en totale violation de la Charte des Nations unies.

Face à cette escalade, l’ancien candidat à la présidentielle de 2023 appelle à une revitalisation immédiate de l’Accord-Cadre, qu’il qualifie d’« Accord de l’espoir ». À ses yeux, ce document, signé le 24 février 2013 à Addis-Abeba, devait poser les bases d’une paix durable dans la région des Grands Lacs. Mais 12 ans plus tard, s’est ému le responsable de la Fondation Panzi, les engagements pris restent toujours lettre morte.

Des promesses trahies 

L’espoir suscité à l’époque de la signature par les parties prenantes a été piétiné, déplore Denis Mukwege. Ainsi, la blouse blanche énumère les trois facteurs à la base de cet échec à savoir :
• Le manque de volonté politique des autorités congolaises ;
• La mauvaise foi des États déstabilisateurs de la région ;
• L’inaction des institutions cogarantes de l’Accord.

Entre-temps, l’insécurité s’accroît et la souveraineté congolaise est menacée. « Nous ne pouvons plus tolérer ces violations flagrantes du droit international sans réagir avec fermeté », s’est-il indigné dans son message.

Passer de la parole à l’acte 

Denis Mukwege est catégorique : le temps des discours creux est révolu. Le Nobel presse la communauté internationale à adopter des mesures urgentes et décisives pour stopper l’escalade de la crise dans l’est du Congo-Kinshasa. Dans cette optique, il a formulé des recommandations à caractère dissuasif et contraignant :

• Sanctionner les forces d’agression et d’occupation ;
• Suspendre toute coopération militaire et sécuritaire avec les États impliqués dans l’instabilité ;
• Appliquer sans délai les engagements de l’Accord-Cadre, notamment le retrait immédiat des troupes étrangères et du M23.

« La Nation congolaise a le droit de disposer d’elle-même et de vivre en paix », a-t-il tonné. Pour lui, la seule issue passe par la mobilisation forte et immédiate des parties prenantes. « Le temps est venu d’agir. L’histoire jugera ceux qui auront choisi de fermer les yeux ».

– Voici ci-dessous les engagements contenus dans l’Accord-Cadre d’Addis-Abeba :

I. Engagements de la RDC :

-Continuer et approfondir la réforme du secteur de la sécurité, en particulier en ce qui concerne l’armée et la police;

-Consolider l’autorité de l’État, en particulier dans l’est de la République démocratique du Congo, tout en empêchant les groupes armés de déstabiliser les pays voisins;

Effectuer des progrès sur la décentralisation;

-Promouvoir le développement économique, y compris au sujet de l’expansion des infrastructures et de la fourniture des services sociaux de base;

-Promouvoir la réforme structurelle des institutions de l’État, y compris la réforme des finances;

-Promouvoir les objectifs de réconciliation nationale, de tolérance, et de démocratisation.

II. Engagements des pays de la région :

-Ne pas s’ingérer dans les affaires intérieures des États voisins;

-Ne pas tolérer, ni fournir une assistance ou un soutien quelconque à des groupes armés;

-Respecter la souveraineté et l’intégrité territoriale des Etats voisins ;

-Renforcer la coopération régionale, y compris à travers l’approfondissement de l’intégration économique avec une attention particulière accordée à la question de l’exploitation des ressources naturelles ;

-Respecter les préoccupations et intérêts légitimes des Etats voisins, en particulier au sujet des questions de sécurité ;

-Ne pas héberger ni fournir une protection de quelque nature que ce soit aux personnes accusées de crimes de guerre, crimes contre l’humanité, actes de génocide ou crimes d’agression, ou aux personnes sous le régime de sanctions des Nations unies et enfin

-Faciliter l’administration de la justice, grâce à à la coopération judiciaire dans la région.

Engagements de la communauté internationale :

-Le Conseil de sécurité resterait saisi de l’importance d’un soutien à la stabilité à long terme de la République démocratique du Congo et de la région des Grands Lacs;

-Un engagement renouvelé des partenaires bilatéraux à demeurer mobilisés dans leur
soutien à la République démocratique du Congo et la région, y compris avec les moyens appropriés pour assurer la durabilité de ces actions sur le long terme; et d’appuyer la mise en œuvre des protocoles et projets prioritaires du pacte sur la sécurité, la stabilité et le développement dans la région des Grands Lacs;

-Un engagement renouvelé à travailler à la revitalisation de la Communauté économique des pays des Grands Lacs (CEPGL) et à soutenir la mise en œuvre de son objectif de développement économique et d’intégration régionale;

-Une revue stratégique de la Mission de stabilisation de l’Organisation des Nations unies en République démocratique du Congo (MONUSCO) afin de renforcer son appui au gouvernement pour faire face aux enjeux d’ordre sécuritaire et favoriser l’expansion de l’autorité de l’État;

N.B : Cet engagement a été soutenu par un mandat renforcé de la MONUSCO, avec une brigade d’intervention autorisée à mettre fin à la violence armée par tous les moyens nécessaires.

-La nomination d’un Envoyé spécial des Nations unies pour soutenir les efforts pour trouver des solutions durables avec un plan à plusieurs volets qui permettra la convergence de toutes les initiatives en cours.

En outre, le Groupe de la Banque mondiale et les partenaires internationaux, dont l’Union européenne (UE), la Belgique, les États-Unis d’Amérique, la France et le Royaume-Uni, ont également renouvelé leurs engagements à rester engagés dans la consolidation de cette stratégie pour la paix et le développement

Par ailleurs, l’Accord-cadre prévoit un mécanisme régional de suivi, principal organe de contrôle interne, chargé de faire le point une fois par an au niveau des chefs d’État et de gouvernement sur les progrès réalisés dans la mise en œuvre des engagements pris par les pays signataires et les « co-sponsors » (mécanisme 11+4) sur la base de critères détaillés et d’un calendrier précis pour progresser vers la réalisation d’actions concrètes et d’objectifs spécifiques. La RDC a également mis en place un mécanisme national pour superviser la mise en œuvre des engagements pris au niveau national.


Ouragan / Provnces26rdc.com

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