L’État d’Israël est groggy ce samedi 7 octobre après l’offensive menée par le Hamas. Les services de sécurité n’ont pu anticiper et empêcher ces attaques. Les médias israéliens font état d’au moins 200 morts et 1 000 blessés, ainsi que des civils et des soldats capturés, tandis que la riposte de l’aviation israélienne a fait au moins 232 morts à Gaza. L’armée d’Israël annonce des combats toujours en cours et « des centaines » d’hommes du Hamas infiltrés sur son sol.
C’est dans un climat de terreur et de sidération que s’achève cette sanglante journée du 7 octobre 2023. L’offensive du Hamas a secoué Israël comme rarement. Les premières roquettes, tirées par le Hamas depuis Gaza, sont tombées vers 6h30. Et en cette fin de journée, alors que l’aviation israélienne a riposté en pilonnant la bande de Gaza, le pays attaqué et infiltré par des combattants du Hamas est toujours en état d’alerte absolu.
Dans la soirée, le lieutenant-colonel Richard Hecht, porte-parole de l’armée israélienne, a confirmé qu’il y a encore « 22 endroits où nous sommes en train de combattre contre des terroristes venus en Israël par les airs, par la mer et par la terre ». Il précise aussi qu’il y a encore « des centaines » d’infiltrés sur son territoire, sans donner de chiffres plus précis.
Depuis Tel-Aviv, notre correspondante Emmanuelle Elbaz rapporte samedi soir : « Dans les localités au sud de la ville, les combats continuent. L’armée a arrêté plusieurs terroristes du Hamas, mais de nombreux civils sont encore pris en otages chez eux. » Dans le pays, « la population israélienne est clairement sous le choc, scotchée aux télévisions et aux réseaux sociaux où des images ahurissantes de civils et de soldats otages emmenés de force à Gaza tournent sans fin ».
« Le Hamas a commis un crime de guerre et en paiera le prix »

« Côté politique, le chef de l’opposition, Yaïr Lapid, a proposé un gouvernement d’urgence. Proposition reprise par le Likoud, le parti au pouvoir du Premier ministre Netanyahu ; celui-ci se dit prêt à former un gouvernement large d’urgence. Les négociations sont en cours. (…) Ce soir, les alertes à la roquette continuent de retentir. Des »boums » énormes sont entendus à Tel-Aviv. Dimanche aurait dû être une journée de rentrée scolaire, mais les écoles resteront fermées dans tout le pays », poursuit Emmanuelle Elbaz.
Dans la région de Sdérot, limitrophe de Gaza, notre envoyé spécial Sami Boukhelifa fait lui aussi état d’une atmosphère de guerre : « L’aviation aérienne mène des bombardements. Les tirs de roquettes se poursuivent, on entend clairement les déflagrations. Ces roquettes sont lancées depuis Gaza et interceptées dans le ciel israélien par le dispositif anti-missiles Dôme de fer. Certaines tombent dans des terrains vagues et déclenchent des incendies. Ici, il y a une forte odeur de brûlé qui prend à la gorge. »
Un garçon palestinien réagit à côté d’un véhicule israélien en feu que des hommes armés palestiniens ont amené à Gaza après avoir infiltré des zones du sud d’Israël, dans le nord de la bande de Gaza, le 7 octobre 2023.
La riposte israélienne a déjà commencé. La bande de Gaza est bombardée. Trois tours de plus de dix étages se sont écroulées, rapporte l’AFP. Le ministre israélien de l’Énergie, Israël Katz, a annoncé samedi soir avoir signé un décret ordonnant à la compagnie publique d’électricité de « cesser (sa) fourniture d’électricité à Gaza ». L’armée a confirmé que des civils et des soldats avaient été capturés. « C’est un crime de guerre que le Hamas a commis et il en paiera le prix », promet son porte-parole.
Une journée d’angoisse

Au bord d’une route, dans une station-service, Sami Boukhelifa a rencontré une poignée d’Israéliens. Parmi eux, personne ne s’attendant à ce que la défense de l’État soit à ce point prise en défaut face à l’offensive d’ampleur inédite du Hamas. Merav, mère de famille, attend dans l’angoisse, l’espoir et la prière. Son fils de 20 ans était à une rave party, et elle n’a pas de nouvelles de lui depuis un coup de fil dans la matinée, alors que le Hamas attaquait.
« Il respirait difficilement. Il disait »je cours, je cours, les terroristes nous tirent dessus, ils nous poursuivent ». Il y a des tirs de roquettes ininterrompus. Je ne comprends pas pourquoi ils veulent nous tuer. Pourquoi, pourquoi ? Nous voulons la paix. Mais eux, ce n’est pas ce qu’ils veulent », confie-t-elle.
Soudain, son téléphone sonne, faisant naître une lueur d’espoir. « C’est mon fils, dit-elle, il a été recueilli par les forces israéliennes, il va bien. » Plus loin, Eli est encore à la recherche de son fils, qui était également à la rave party. « Il s’appelle Idan Steevy. Il m’a appelé et m’a dit »je vois des terroristes arabes, ils sont armés, ils tirent », et ça a coupé. Je n’ai plus de nouvelles, mais j’arrive à localiser son téléphone. Qu’ils me ramènent mon fils, ou j’irai le chercher moi-même », lâche ce père désespéré.
10:04
«Personne n’imaginait une telle opération menée par le Hamas». Décryptage de Xavier Guignard, chercheur spécialiste de la Palestine au centre de recherches Noria
Nicolas Brousse
Netanyahu : « Ces endroits où le Hamas se cache, nous allons en faire des ruines »
Dans la soirée, Benyamin Netanyahu a pris la parole à la télévision et a tenu un discours martial. Le Premier ministre a promis de venger « une journée noire » et a qualifié Gaza de « cité du Mal ». Son pays utilisera « toute sa puissance » pour « détruire les capacités » du Hamas, assure-t-il, tout en lançant un appel aux Gazaouis : « Tous ces endroits où le Hamas se cache (…) nous allons en faire des ruines. Je dis aux habitants de Gaza : »sortez de là maintenant, car nous allons agir partout avec toute notre force ». »
Depuis Tel-Aviv, Emmanuelle Elbaz précise : « Benyamin Netanyahu à fait état de sa discussion avec le président américain, Joe Biden, ainsi que d’autres chefs d’État. »Je remercie le président Biden pour ses paroles claires et fortes. Je remercie le président français, le Premier ministre britannique et bien d’autres dirigeants pour votre soutien sans réserve à Israël », a-t-il déclaré. »
« Il n’a néanmoins pas évoqué la proposition faite par son parti, le Likoud, au chef de l’opposition et ancien Premier ministre, Yaïr Lapid, ainsi qu’à Benny Gantz, ancien chef d’état-major et président d’un parti centriste, de former un gouvernement d’union motivé par l’état d’urgence. Lapid et Gantz sont partagés sur les conditions à imposer afin d’intégrer un gouvernement Netanyahu.
Lapid, lui, exige le départ des ministres d’extrême droite, Bezalel Smotrich et Itamar Ben Gvir, avec lesquels il est selon lui impossible de gérer une guerre. Gantz, quant à lui, se dit prêt à accepter de servir à leurs côtés et à intégrer le gouvernement tant que la guerre durera, sans condition préalable. Une guerre que Netanyahu annonce »longue et dure » », conclut Emmanuelle Elbaz.
L’ONU se réunit en urgence dimanche

Ce dimanche, le Conseil de sécurité des Nations unies (ONU) se réunira en urgence pour aborder la situation au Moyen-Orient et à Gaza, à la demande du Brésil, qui en occupe la présidence. Le patron de l’ONU, Antonio Guterres, a exhorté la communauté internationale à des « efforts diplomatiques pour éviter un élargissement de la conflagration » entre Israël et le Hamas.
À l’international, les événements en cours sont suivis avec beaucoup d’attention. De nombreux pays exhortent à la fin des hostilités. Des dizaines de vols à destination de Tel-Aviv prévus ce samedi et dimanche ont été annulés par plusieurs compagnies, inquiètes face à ces violences. « En coordination avec la Direction générale de l’aviation civile française et les autorités israéliennes, Air France suspend jusqu’à nouvel ordre sa desserte de Tel-Aviv », a indiqué à l’AFP un porte-parole de la compagnie.
En Allemagne comme en France, les autorités ont annoncé renforcer la sécurité autour des édifices et lieux communautaires juifs.
RFI / Provinces26rdc.com
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