Ebola en RDC : comment quatre malades ont rejoint Kisangani depuis l’Ituri sans être détectés

L’épidémie d’Ebola touche désormais cinq provinces en République démocratique du Congo. Aux trois provinces déjà reconnues, Ituri, Nord-Kivu et Sud-Kivu, s’ajoutent la Tshopo et le Haut-Uélé. À Kisangani, chef-lieu de la Tshopo, quatre personnes ont été testées positives, dont deux sont mortes. Au Haut-Uélé, le ministre de la Santé évoque environ cinq cas.

Dans les deux cas, l’origine remonte à la zone de santé de Nia-Nia, en Ituri. Le ministre Roger Samuel Kamba, joint par téléphone le 10 juillet alors qu’il se trouvait sur place en Ituri, détaille à RFI comment ces malades ont échappé aux points de contrôle sanitaire. Son récit révèle une mécanique de contournement répétée, portée par des déplacements familiaux et communautaires difficiles à interrompre.

Le rapport de l’Institut national de santé publique (INSP), daté du 8 juillet et publié le lendemain, faisait état à cette date de deux cas d’Ebola détectés à Kisangani, dont un lié à la zone de santé de Nia-Nia. Le document précisait alors que les investigations étaient en cours et que les provinces officiellement touchées restaient au nombre de trois : Ituri, Nord-Kivu et Sud-Kivu. Le Haut-Uélé n’apparaissait pas dans ce rapport.

Les informations recueillies notamment le 10 juillet auprès du ministre de la Santé viennent compléter ce bilan avec deux jours de recul supplémentaires, et confirment depuis le passage de la Tshopo et du Haut-Uélé au statut de provinces touchées.

Kisangani: quatre cas, deux morts, un voyage nocturne

Les quatre cas recensés à Kisangani viennent tous de Nia-Nia, une zone de santé de l’Ituri que le ministre décrit comme voisine de la Tshopo.

Les deux premiers cas concernent deux femmes mortes à Nia-Nia, où elles travaillaient dans des carrés miniers, dans un secteur que le ministre situe au niveau de « PK51 ». L’une des deux était enceinte. Selon la coutume de sa famille, une mère et son enfant ne peuvent être enterrés ensemble : la famille souhaitait donc pratiquer une césarienne afin de sortir l’enfant et inhumer les deux corps séparément. C’est dans ce contexte que les proches ont ramené les corps jusqu’à Kisangani, de nuit, par de petites voies, en évitant les points de contrôle mis en place par les autorités. Le ministre précise que les familles sont arrivées vers trois heures du matin, et que les corps avaient passé toute la nuit sur la route. C’est un centre de santé, non habilité comme centre de traitement, qui a reçu ces deux corps et donné l’alerte ; les tests se sont révélés positifs.

Un troisième cas concerne un patient qui s’était échappé d’un centre de traitement situé à « PK50 », incendié par des jeunes un peu plus de dix jours avant l’entretien, selon le ministre. Ce patient, porté disparu depuis, a été retrouvé vivant à Kisangani.

Le quatrième cas est un policier, lui aussi vient de Nia-Nia, où il avait été contaminé avant de rejoindre Kisangani.

Une recherche des contacts de ces quatre cas a été engagée.

Sur la prise en charge actuelle, le récit du ministre comporte une ambiguïté qu’il convient de signaler : interrogé sur l’absence de centre de traitement à Kisangani, il répond que les deux malades survivants sont « déjà pris en charge dans un CTE qui est déjà fait », tout en précisant, dans la même réponse, que cette structure doit encore être « normée ». Le statut exact de ce centre reste à clarifier auprès des autorités sanitaires.

Haut-Uélé : des contacts en fuite, cinq cas selon le ministre

La contamination du Haut-Uélé remonte également à Nia-Nia. Une femme, présentée par le ministre comme l’épouse d’un militaire, y est morte. Des membres de sa famille venus de la province voisine du Haut-Uélé ont assisté à son enterrement, et sont ainsi devenus des contacts suivis par les équipes de surveillance.

Trois de ces contacts ont fui la zone où ils étaient tenus de rester, pour rentrer à Wamba, dans le Haut-Uélé. Ils y ont été retrouvés par les autorités sanitaires. Le ministre indique également que deux malades ont été ramenés depuis Nia-Nia vers le Haut-Uélé, l’un d’eux étant depuis décédé. En fuyant, ces personnes ont contaminé d’autres personnes, ce qui porte le total à environ cinq cas au Haut-Uélé, selon l’estimation du ministre lui-même, qu’il présente comme approximative. Il évoque aussi des décès survenus au sein des communautés plutôt qu’en structure de soins.

À la date de l’entretien, le ministre affirme qu’aucun malade n’est activement hospitalisé au Haut-Uélé. Aucun document écrit dans le corpus disponible ne permet à ce stade de confirmer ce chiffre de cinq cas de façon indépendante.

Les mesures annoncées

Le ministre indique avoir renforcé, avec le gouverneur militaire de l’Ituri, les points de contrôle destinés à limiter la mobilité des populations entre zones affectées. Il justifie ce choix par la concentration de l’épidémie en Ituri : le rapport quotidien de l’INSP confirme, à la date du 8 juillet, que cette province concentrait 91,0 % des cas confirmés et 85,6 % des décès de l’épidémie, avec cinq zones de santé, Bunia, Rwampara, Mongbwalu, Nyankunde et Nizi, regroupant à elles seules 84,2 % des cas provinciaux. Le même rapport signale qu’à Nizi, l’épidémie progressait alors plus rapidement que dans les autres zones.

 


RFI / Provinces26rdc.com

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