Sa rencontre avec le VPM en charge de l’Économie nationale de la RDC, Daniel Mukoko Samba, mi-avril à Abuja, l’a-t-il laissé perplexe? L’homme le plus riche du continent selon Forbes (30 milliards $US), Aliko Dangote (69 ans) a récemment zappé la RDC lorsqu’il a énuméré, dans le cadre du podcast « In Good Company », les dix pays africains à forte potentialité d’investissements, à l’intention de Nicolai Tangen, PDG du Fonds souverain norvégien (1833 milliards d’euros).
Ce fonds géré par la Norges Bank Investissement Management (NBIM), bien qu’ayant perdu 68 milliards $US au premier trimestre 2026, dispose cependant du plus grand portefeuille du monde constitué de participations dans plus de 7000 entreprises au monde. Nigéria, Ethiopie, Kenya, Tanzanie, Egypte, Algérie, Ghana, Côte d’Ivoire, Guinée…et Rwanda, voilà selon Aliko Dangote, des pays africains où il ferait bon d’investir massivement. Il a beau disposer, à Lekki au Nigéria, d’une méga-raffinerie d’une capacité de 650 000 barils par jour permettant même d’alléger l’étau de la fermeture du détroit d’Ormuz à l’Europe, mais Aliko Dangote a fait une lecture anachronique des fluctuations économiques et financières sur le continent. Il a eu tort de ne pas citer la RDC, même Oslo devrait s’en convaincre.
« La Norvège croit en une RDC stable, prospère et souveraine, et elle soutient la consolidation d’un partenariat économique équitable », a déclaré, urbi et orbi, le vice-ministre des Affaires étrangères du royaume de Norvège, Erling Rimestad, lors d’une visite à Kinshasa. En 2022, quand la France et l’UE s’emmêlaient les déclarations sur la crise dans l’est de la RDC, la Norvège a donné de la voix pour exiger le respect de l’intégrité du territoire congolais.
Pour Oslo, le Congo de Tshisekedi rassure
Erling Rimestad qui s’est félicité que la Norvège qui n’était représentée en RDC, du temps de Joseph Kabila, que par un simple bureau dépendant de son ambassade en Angola, dispose à présent, et officiellement, d’une représentation diplomatique digne de ce nom. Et le tout premier diplomate de Norvège résident en RDC, M. Jon-Åge Øyslebø, a présenté ses lettres de créance au président Tshisekedi, le 22 janvier 2021. «(…) Nous allons renforcer nos relations dans les divers domaines de coopération», a-t-il ajouté. Voilà 5 ans qu’Oslo a intégré la RDC sur une liste restreinte des pays partenaires pour la coopération au développement norvégienne. L’objectif du programme de pays partenaires est de concentrer les efforts de développement sur moins de pays afin d’obtenir de meilleurs résultats.
D’ailleurs, Oslo prépare des stratégies à long terme pour un cadre de collaboration entre les deux pays. La Norvège contribue chaque année pour 104 millions $US aux efforts humanitaires dans l’est de la RDC. Un appui aux activités de développement est également fourni par l’intermédiaire de diverses organisations de la société civile et du Programme alimentaire mondial (PAM) et de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). La Norvège fournit également un soutien par le biais du Fonds de stabilisation des Nations unies, du Fonds humanitaire de la RDC et du Bureau conjoint des Nations unis aux droits de l’homme. Juillet 2025, Oslo a apporté son soutien à la RDC, félicitant la ministre des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, d’avoir signé l’accord avec le Rwanda sous l’égide des États-Unis à Washington. La Norvège a, dans la foulée, annoncé un investissement initial de 44 millions $US pour encourager des initiatives privées en RDC. Son chargé d’affaires, Jon-Åge Øyslebø, s’est même rendu dans le Haut-Katanga échanger avec l’antenne locale de la Fédération des entreprises du Congo (FEC), principal syndicat patronal du pays, sur les investissements norvégiens notamment dans l’économie locale et dans les mines.
Fin janvier 2026, la Norvège a offert à la RDC un ambitieux plan de relance de la pêche industrielle. Le Congo dispose d’une incommensurable potentialité halieutique quasi inexploitée alors que la Norvège est une superpuissance mondiale de la pêche et de l’aquaculture, générant plus de 11 milliards d’euros et employant près de 100000 personnes. La pêche dans ce pays nordique est hautement technologique et régulée. Le royaume exporte 90 % de sa production, s’appuyant sur deux piliers majeurs, à savoir; la pêche hauturière et côtière axée sur des espèces sauvages et l’aquaculture dominée par la production intensive de saumon en cages marines, dont la Norvège est le premier producteur mondial.
En RDC, par contre, la consommation annuelle de poisson est estimée en moyenne entre 5,6 kg et 8,5 kg par habitant, bien inférieurs à la moyenne mondiale recommandée par la FAO, qui se situe à 21 kg par habitant. Pour mémoire, la coopération entre la Norvège et la RDC remonte aux activités des missionnaires norvégiens dans les provinces du Kivu dans l’est du Congo vers les années 1920. Le mouvement pentecôtiste est à ce jour toujours actif dans la même zone avec divers projets de développement. Courant avril 2026, le FMI a tablé que la RDC formerait le quinté de grandes économies du continent.
Girouette de mauvaise foi?
Nul doute, les services de Dangote n’ont pas actualisé leurs données sur les relations entre la RDC et la Norvège. Et pourtant, après divers plaidoyer, Kinshasa a, près de 4 ans après, intégré la raffinerie de Dangote parmi ses potentiels ravitailleurs des produits pétroliers. Le VPM congolais en charge de l’Économie, Daniel Mukoko Samba, s’est entretenu, tête-à-tête, le 14 avril 2026, avec le magnat nigérian à Abuja sur l’éventualité de l’approvisionnement en produits pétroliers de la RDC auprès de Dangote Raffinery ainsi que l’ouverture du marché congolais à ses différents produits. Dangote aurait-il décliné l’offre? Ce qui est désormais acquis est qu’Aliko Dangote est très proche de Paul Kagame. En coulisses, il a réuni certaines de plus grandes fortunes et personnalités parmi les plus influentes du continent à Kigali, du 6 au 8 septembre 2024, pour une retraite «African Renaissance Retreat. La RDC n’est pas le seul pays de la sous-région à faire les frais de la girouette de Dangote. En marge du sommet France-Afrique qui s’est tenu récemment à Nairobi, capitale du Kenya, le businessman nigérian annonce la construction prochaine d’une raffinerie à Mombasa afin de réduire la dépendance des Etats de l’Afrique de l’est aux importations. Le président kényan, William Ruto, s’en est exalté devant ses pairs. Cependant, quelques jours après, la présidente tanzanienne, Samia Suluhu Hassan, qui était absente le jour de l’ouverture du sommet, a déploré auprès de son homologue kényan la pirouette de Dangote qui, quelques semaines plus tôt, avait soutenu que la raffinerie serait plutôt installée près du port maritime de Tanga, dans le nord-est de la Tanzanie, qui est aussi le terminus d’un oléoduc en provenance d’Ouganda. Cette volte-face serait-elle due à l’annonce par Kinshasa de l’exploitation commune du pétrole du lac Tanganyika avec la Tanzanie?
Ouragan / Provinces26rdc.com
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