Alerte, colère, mieux véritable interpellation. Clément Kanku hausse le ton. Dans une lettre ouverte adressée à la Première ministre, Judith Suminwa, le député honoraire dénonce une situation sécuritaire « devenue insoutenable » et exige des mesures urgentes. « Je vous adresse cette lettre au nom de toutes les victimes de l’insécurité », écrit-il d’entrée, avant d’engager directement la responsabilité de la cheffe du gouvernement. « Au-delà de la responsabilité des ministres sectoriels, votre responsabilité (…) est pleinement engagée », a-t-il mentionné.
Sur le terrain, le constat est affrayant. Braquages, enlèvements, assassinats, viols, vols à main armée. « Il ne se passe pas un jour sans que la population ne soit victime », déplore le leader du parti politique Mouvement pour le renouveau. Il pointe notamment les violences attribuées aux délinquants urbains appelés « Kuluna » ainsi qu’à la milice « Mobondo », malgré les efforts annoncés des autorités.
Mais au-delà de l’insécurité, c’est tout le dispositif sécuritaire qui est mis en cause. L’ancien ministre de la Coopération au développement évoque « des dysfonctionnements importants » comme l’absence des forces de l’ordre dans certaines zones à risque, les interventions inefficaces, voire inexistantes, y compris à proximité des postes de police.
M. Kanku fustige également des dérives internes à l’instar des « abus, violences, tracasseries et cas d’indiscipline », parfois liés à des agents en état d’ébriété. Pour lui, ces pratiques traduisent « un déficit préoccupant de discipline et de contrôle ».
Autre tâche noire, la mauvaise affectation des effectifs. « Une proportion importante d’agents est affectée à la protection de personnalités ou d’intérêts privés, au détriment de la sécurité collective », s’indigne-t-il, évoquant un sentiment croissant d’abandon au sein de la population. À cela s’ajoutent les failles du système judiciaire. « Certains criminels (…) recouvrent irrégulièrement la liberté », tonne-t-il, y voyant un facteur aggravant du sentiment d’impunité.
Clément Kanku ne s’arrête pas au constat. Il critique aussi la communication gouvernementale, dénonçant « des démonstrations médiatiques où l’on expose des criminels dans des procès à caractère théâtral ». D’ailleurs, il les juge inadaptées face à la gravité de la situation.
Devant un tel tableau sombre, Kanku appelle à une « réponse politique forte, cohérente et structurée ». Parmi ses propositions : la mise en place urgente d’une cellule de crise sécuritaire sous la coordination directe de la Première ministre, ainsi qu’un recentrage des missions de la police sur la protection des citoyens.
Aussi, le leader politique plaide pour une réforme en profondeur des forces de sécurité. « Recrutement transparent, formation moderne intégrant le respect des droits humains, discipline rigoureuse et sanctions exemplaires , amélioration des conditions de travail des agents », a-t-il signifié. Sur le plan social, il a insisté sur l’encadrement de la jeunesse à travers des centres de formation, des espaces de loisirs et des programmes d’insertion, tout en proposant l’extension du Service national à l’ensemble du territoire.
Côté justice, l’ancien vice-gouverneur du Kasaï occidental exhorte le pouvoir central à garantir l’exécution effective des décisions judiciaires, tout en préconisant la construction de prisons à haute sécurité. Il plaide également pour la modernisation du système sécuritaire, notamment par la digitalisation, la vidéosurveillance intelligente et la création de bases de données sécurisées.
Cependant, Kanku ouvre le débat sur une refonte globale du modèle sécuritaire, suggérant notamment la création d’une gendarmerie nationale adaptée aux réalités nationales. « L’heure n’est plus aux constats, mais à l’action », martèle-t-il, rappelant que « la sécurité n’est pas une fatalité » et qu’aucun projet de société ne peut prospérer dans un climat d’insécurité.
Ouragan / Provinces26rdc.com
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