« Nous sommes confrontés à une situation de flambée plus complexe. Le Nigeria a confirmé un cas importé de maladie à virus Ebola », a déclaré Mohamed Janabi, directeur régional de l’OMS pour l’Afrique, lors d’une conférence de presse en ligne ce 22 octobre. Au Nigeria, les autorités ont annoncé mardi 19 octobre le premier cas d’Ebola, une diplomate arrivée à Abuja à bord d’un vol en provenance d’Ouganda. Elles ont également identifié 44 cas contacts.
L’épidémie d’Ebola s’est désormais propagée depuis la RD Congo, à l’Ouganda, au Kenya et au Nigeria. Elle reste active dans deux pays. Elle s’est étendue à travers l’Afrique plus largement que toute épidémie d’Ebola précédente, touchant trois régions du continent, de l’Afrique centrale à celle de l’Est et désormais de l’Ouest. Causée par le virus Bundibugyo, une souche rare d’Ebola pour laquelle il n’existe ni vaccin ni traitement homologué, les premières infections ont été détectées à la mi-mai dans la province de l’Ituri, dans le nord-est de la RDC frontalière avec l’Ouganda, une région où opèrent des groupes armés et où les infrastructures sanitaires sont défaillantes.
Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), il s’agit de l’épidémie d’Ebola qui progresse le plus rapidement jamais enregistrée. Le 20 octobre, le Nigeria est devenu le dernier pays en date à être touché par cette épidémie. La réponse apportée est-elle suffisante?
Une femme partie d’Ouganda, premier cas confirmé au Nigeria
Un problème récurrent dans la propagation de la maladie en Afrique semble être une surveillance insuffisante. La plupart des premiers cas n’ont été confirmés que longtemps après l’apparition des symptômes chez les individus concernés, ou après que ces derniers ont voyagé. La durée d’incubation du virus Ebola peut durer entre 2 et 21 jours, entre temps, le porteur peut donc contaminer beaucoup de personnes.
Le Nigeria a confirmé un cas d’infection à Ebola dans sa capitale, Abuja, chez une femme arrivée d’Ouganda il y a environ deux semaines. La patiente a commencé à présenter des symptômes le 7 octobre et a été admise dans un hôpital privé d’Abuja le 11 octobre, où le diagnostic d’Ebola a été posé par la suite.
La date exacte de son arrivée au Nigeria reste incertaine. Le ministre de la Santé, Muhammad Pate, a déclaré que les autorités avaient commencé à retracer 44 personnes identifiées comme ayant été en contact avec la patiente, ajoutant qu’elles « font tout leur possible pour contenir ce cas ».
Fin de l’épidémie en Ouganda
Pour sa part, l’Ouganda a confirmé une épidémie d’Ebola le même jour que la RDC voisine, après avoir détecté le virus chez un homme qui venait de RD Congo.
Selon les autorités sanitaires, les premiers cas en Ouganda concernaient des patients congolais ayant franchi la frontière pour se faire soigner pour une maladie alors inconnue, avant qu’il ne soit établi qu’ils étaient atteints d’Ebola.
L’OMS a déclaré la fin de l’épidémie en Ouganda le 27 août, après un total de 20 cas confirmés, dont 15 patients venus de RD Congo. Dix-huit personnes se sont rétablies et deux sont décédées. Plus de 800 personnes ayant été en contact avec des malades ont été identifiées et font l’objet d’un suivi. Le pays a par ailleurs indiqué le 20 octobre qu’aucun nouveau cas n’avait été recensé.
Le premier patient décédé au Kenya venait de RD Congo via l’Ouganda
Le Kenya a annoncé son premier cas d’Ebola le 6 octobre: il s’agit d’un homme ayant voyagé depuis le Congo, via l’Ouganda, avant d’arriver dans la capitale, Nairobi, le 3 octobre. Testé positif au virus Ebola le 5 octobre, il est décédé le jour même. Depuis, le nombre de cas d’Ebola au Kenya s’élève à neuf, incluant quatre proches du premier patient et quatre membres du personnel soignant.
Les autorités ont également identifié 135 personnes ayant été en contact avec ces neuf patients, 134 d’entre elles ont été placées en quarantaine. Cela signifie qu’environ 99 % des personnes ayant eu des contacts ont été retrouvées et isolées, afin d’empêcher la propagation du virus Ebola au sein de la population.
Le ministère kényan de la Santé a précisé qu’aucun élément ne suggère, à ce jour, une transmission au-delà des personnes ayant été en contact avec le premier patient. Le fait que toutes les personnes infectées à ce jour aient eu un lien avec la première victime démontre que la réponse précoce du Kenya porte ses fruits, selon l’International Rescue Committee.
Instaurer un contrôle renforcé aux frontières
Mais la façon dont le porteur du virus a pu pénétrer dans le pays n’a pas manqué d’interroger. Le syndicat des médecins au Kenya a fait part de ses préoccupations concernant des « défaillances » constatées à plusieurs postes-frontières – notamment avec l’Ouganda et la Tanzanie voisins – ainsi qu’à l’aéroport principal du pays. Le Dr. Dennis Miskellah, secrétaire général adjoint du KMPDU, le plus important syndicat des médecins et dentistes kényan, a déclaré à la télévision britannique BBC que les postes-frontières et les installations portuaires manquaient cruellement de personnel.
Mais, le directeur général de la Santé, Patrick Amoth, a cherché à rassurer la population le 20 octobre, indiquant que l’état des huit patients s’améliorait et qu’ils réagissaient bien au traitement.
Depuis le Kenya a mis en place des contrôles renforcés pour les voyageurs en provenance de 10 pays considérés comme présentant un risque élevé: la République démocratique du Congo, l’Ouganda, la Tanzanie, le Rwanda, le Burundi, l’Angola, la Zambie, l’Éthiopie, le Soudan du Sud et la République centrafricaine. Les voyageurs arrivant de ces pays sont tenus de remplir un formulaire de surveillance numérique avant l’embarquement et de présenter un code QR aux services sanitaires à leur arrivée.
Y-a-t-il suffisamment d’équipements de protection ?
C’est une autre question soulevée par les personnels, que cela soit en RD Congo ou au Kenya. Alors que trois professionnels de santé et un agent d’entretien hospitalier figurent parmi les personnes infectées au Kenya, les représentants des professions de santé ont demandé que le gouvernement fasse davantage pour protéger les travailleurs. Le Dr. Dennis Miskellah a déclaré à la BBC que des équipements de protection devaient être fournis aux hôpitaux afin d’assurer une protection totale, notamment dans les cas où des patients présentant des symptômes omettraient de signaler qu’ils ont séjourné dans des zones touchées par Ebola.
Le médecin, qui vient tout récemment d’être intégré à la task force Ebola du ministère de la Santé kenyan, souligne également la nécessité pour le gouvernement de mener des actions d’éducation sanitaire appropriées visant à déstigmatiser le virus, afin que les personnes ne cherchent pas à dissimuler leurs symptômes.
Lutter contre la désinformation
Un des freins majeurs à l’enrayement de la propagation du virus est certainement le manque de connaissance sur le virus et aussi les soupçons auxquels sont confrontés les acteurs engagés dans la riposte.
Le Dr Kalima Nzanzu, médecin-chef de l’Hôpital général secondaire de Matanda, évoque notamment les soupçons auxquels sont confrontés les acteurs engagés dans la riposte. « Les gens pensent que, quand on parle d’Ebola, on pense qu’on a été payé pour ça, et ça, c’est très faux » explique-t-il à Africa news.
Pour les professionnels de santé, la confiance des communautés reste essentielle afin de faciliter la sensibilisation, la prise en charge des malades et le travail des équipes déployées sur le terrain.
En RD Congo, à Béni, des malades échappent au suivi, rentrent chez eux, et contaminent d’autres personnes sans le savoir.
« La désinformation sur Ebola est le meilleur allié du virus », a déclaré en juillet dernier le Dr Wessam Mankoula, des Centres africains de contrôle et de prévention des maladies, à la BBC . « Les fausses rumeurs retardent la prise en charge des personnes qui ont besoin d’aide et alimentent les attaques contre le personnel et les établissements de santé, perturbant ainsi la lutte contre l’épidémie et offrant au virus davantage d’opportunités de se propager. »
« La méfiance est le véritable champ de bataille », a écrit le directeur général de l’OMS, Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, sur les réseaux sociaux en juin. « Gagnons la confiance, et nous gagnerons. »
TV5/ Provinces26rdc.com
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