Kinshasa bataille déjà pour la succession Mushikiwabo

Le 19ᵉ sommet de la Francophonie tenu les 4 et 5 octobre à Paris a refroidi l’enthousiasme des Congolais dont le nombre des locuteurs du français contribue significativement au positionnement de la langue de Voltaire au top cinq des langues les plus usitées dans le monde. En effet, la RDC est le premier pays francophone. C’est à ce titre qu’elle entendrait jouer un rôle de premier plan en promouvant une figure congolaise pour succéder à la Rwandaise Louise Mushikiwabo au poste de secrétaire générale de l’organisation internationale de la Francophonie.

Bien que le président Félix Tshisekedi n’ait pas participé au huis clos des chefs d’État et de gouvernement, moment crucial pour la prise des décisions, la RDC aurait, dans les négociations de couloirs, exprimé ses ambitions au sujet de la succession de la Rwandaise Louise Mushikiwabo à la tête du secrétariat général de l’OIF. Au prochain sommet de la Francophonie prévu au Cambodge, les chefs d’Etat et de gouvernement éliront le ou la secrétaire général(e) de cette organisation.

Sous les tables du 19ᵉ sommet, des diplomates ont murmuré quant à la possibilité pour la RDC de proposer une figure pour briguer ce poste. Parmi les noms cités, c’est celui de Bestine Kazadi Ditabala qui revenait le plus, confient à Ouragan.cd des sources ayant participé aux travaux à Paris.

La trajectoire BKD 

Ancienne conseillère spéciale du président Tshisekedi en charge de la coopération internationale et de l’intégration régionale, Bestine Kazadi, avocate et écrivaine, fut nommée en 2022 au poste de Représentante personnelle du chef de l’État auprès de l’Organisation internationale de la Francophonie. À cet effet, elle a siégé au Comité permanent de la Francophonie, instance chargée notamment de préparer techniquement les documents à soumettre aux ministres des Affaires étrangères puis aux chefs d’État et de gouvernement. Depuis fin mai dernier, elle est ministre déléguée en charge de la Coopération et Francophonie au sein du gouvernement de Judith Suminwa Tuluka. Quoique protocolairement moins présente que le niveau requis pour prétendre au poste de secrétaire général de l’OIF, le poste de ministre déléguée lui permet de se déployer diplomatiquement, au nom du gouvernement, dans l’espace francophone comprenant désormais 93 membres.

À en croire des sources diplomatiques, cette trajectoire est susceptible de marquer la confiance que le chef de l’État placerait en la ministre déléguée, qui l’a assisté au 19ᵉ sommet de la Francophonie. À la présidence de la République, d’aucuns rappellent que l’ancienne présidente de l’Association sportive vita club a le profil requis.

Cependant, Bestine Kazadi pourrait être pénalisée par des considérations juridiques dans un contexte de succession que Louise Mushikiwabo tiendrait à gérer de manière méticuleuse. En effet, selon des sources proches de l’OIF, cette dernière aurait fait réviser les conditions de dépôt de candidature au poste de secrétaire général jadis réservé à la liberté de toute personne issue de l’espace francophone. Ce, sans un appui explicite du gouvernement de l’État auquel elle est identifiée.

D’ailleurs, il y a la possibilité de la contrer. Contrairement à ce que certains Congolais pensent et malgré la « faute diplomatique » du président Macron, le sommet de Paris a été bénéfique pour la RDC: en effet, les Chefs d’État et de gouvernement présents à Paris ont adopté une résolution qui réaffirme, sans ambiguïté, leur attachement « à l’intégrité territoriale et à l’intangibilité des frontières de la RDC, en condamnant toute intervention militaire étrangère non autorisée (= celle du Rwanda) et en demandant le retrait immédiat des troupes rwandaises ». Le fait que le Rwanda n’ait pas validé les points de la résolution qui concernent la RDC prouve, aux yeux des autres États, qu’elle a des intentions non avouées. La RDC devrait capitaliser sur ce soutien non équivoque de l’OIF en tant que structure multilatérale et poursuivre ses efforts diplomatiques au plan bilatéral, avec chacun des États et gouvernements membres de la Francophonie. N’eut été la bourde de Macron, le sommet a été un succès pour la RDC tant que toutes les résolutions concernant la situation dans l’Est ont été adoptées par les pays membres excepté le Rwanda. Cela est l’un des acquis du travail abattu par Bestine sous l’impulsion du président Tshisekedi, note l’expert indépendant Mabiala Ma-Umba, l’ancien directeur de l’éducation et de la jeunesse de l’OIF.

– Prérogatives du SG de l’OIF –

Sur le site de la Francophonie, il est clairement indiqué que le secrétaire général assure un lien direct entre les instances (sommet et conférence ministérielle) et le dispositif opérationnel de la Francophonie. La charte de la Francophonie le désigne comme la “clé de voûte du dispositif institutionnel de la Francophonie”.

Le secrétaire général est responsable du secrétariat des sessions des instances de la Francophonie, préside le Conseil permanent de la Francophonie (CPF) qu’il réunit, et siège de droit à la Conférence ministérielle de la Francophonie (CMF). Le secrétaire général est élu pour quatre ans par les chefs d’État et de gouvernement. Son mandat peut être renouvelé sans limitation. Il dirige l’OIF dont il est le représentant légal. Il nomme l’administrateur de l’OIF qui exerce ses fonctions par délégation. L’OIF est le pivot du système multilatéral francophone, associant le pouvoir d’initiative politique du secrétaire général aux actions de coopération.


Ouragan/ Provinces26rdc.com

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