La Cour des comptes met en cause plusieurs projets de reboisement financés par le Fonds forestier national. Entre 2021 et 2024, plus d’1,3 million de dollars ont été attribués à des projets représentant environ 750 hectares à reboiser. Mais les auditeurs sont allés confronter les réalisations déclarées à la réalité du terrain.
Sur le papier, il y avait environ 750 hectares (plus de 7 km2) de projets de reboisement retenus pour plus de 1,3 million de dollars de financements entre 2021 et 2024.
Pour vérifier ces réalisations, les auditeurs de la Cour des comptes ont pris les coordonnées géographiques des projets subventionnés et se sont rendus sur plusieurs sites. Et là, la réalité est toute autre : selon les endroits, ils disent avoir trouvé des terrains vagues, des savanes sans arbres plantés ou même des forêts primaires intactes.
Friches, terrains abandonnés…
La Cour affirme que des hectares déclarés « reboisés » dans les rapports officiels ne le sont pas sur le terrain.
Premier cas documenté : une ONG qui a bénéficié de près de 230 000 dollars. Les contrôleurs vérifient plusieurs sites du projet dans le Haut-Katanga, notamment dans les environs de Lubumbashi (sud de la RDC). Sur l’un d’eux, un site de la Regideso, 24 hectares devaient accueillir une plantation intensive. Mais selon la Cour, les espaces concernés sont restés à l’état de friches ou de savanes naturelles.
Deuxième cas : une fondation qui a reçu 90 000 dollars pour reboiser 50 hectares au village Kilambo, dans le territoire de Kipushi (sud de la RDC). Sur place, les auditeurs disent n’avoir trouvé qu’une pépinière d’environ 19 000 jeunes plants d’arbres fruitiers. Faute d’avoir été repiqués à temps et protégés contre les intempéries, ces plants ont, selon le rapport, été abandonnés.
Dans ses recommandations, la Cour demande finalement de dresser une liste noire des ONG et structures impliquées dans ce qu’elle qualifie de « projets fictifs » et d’exiger le remboursement intégral des sommes indûment perçues.
Où est parti l’argent ?
Il y a aussi la question de l’utilisation des ressources financières du Fonds forestier national (FFN).
Entre 2021 et 2025, ses charges cumulées atteignent près de 92 milliards de francs congolais. Cela représente, au taux indicatif de la Banque centrale du Congo du 10 septembre 2026, un peu plus de 40 millions de dollars. Sur cette enveloppe, seulement 12% ont été consacrés au financement des projets de reboisement.
Autrement dit, sur 100 francs dépensés par le Fonds, environ 12 seulement sont allés au reboisement.
Près de 88% – soit plus de 81 milliards de francs congolais – ont été absorbés par les charges de structure : principalement le personnel, les prestations, les biens, le matériel et les équipements.
Et l’évolution est particulièrement nette. En 2022, le Fonds consacrait encore 27% de ses dépenses aux projets de reboisement. En 2023, cette part tombe à 17%. En 2024, à un peu plus de 8%. Et en 2025, presque plus rien : 0,11%. Cela représente environ un franc sur 1 000 dépensé cette année-là.
La Cour des comptes parle d’une « trajectoire d’effondrement continu de l’investissement » dans le reboisement.
Dans son résumé exécutif, elle va plus loin : selon elle, le FFN s’est transformé en « structure d’autoconsommation administrative », finançant principalement son propre fonctionnement au lieu de remplir sa mission statutaire.
rfi / Provinces26rdc.com
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