La réforme du système des plaques d’immatriculation suscite une vive controverse. Jugée opaque et financièrement risquée, elle est vivement critiquée par plusieurs acteurs de la société civile, dont la coalition Le « Congo n’est pas à vendre » (CNPAV).
Dans un communiqué publié en novembre 2025, la CNPAV dénonce une réforme « coûteuse pour l’État et entachée de favoritisme ». Initialement portée par le ministère des Finances sous Nicolas Kazadi, cette réforme visait la digitalisation des procédures, la réduction des tracasseries administratives, la fixation d’un prix officiel de la plaque à 120 USD, l’augmentation de la part du Trésor public et la fin du monopole par l’ouverture du marché à plusieurs fournisseurs.
Un appel d’offres avait été lancé, attirant des entreprises internationales réputées, notamment UTAL (Pologne), UTSCH (Allemagne) et Tonjes. Cependant, selon le CNPAV, le processus aurait été profondément modifié après la phase de préqualification. La plaque en aluminium prévue dans le cahier des charges initial aurait été remplacée par une plaque en plexiglas, entraînant l’exclusion de plusieurs entreprises qualifiées et favorisant la société belge Castillo Valere BV. Ces faits ont été rapportés par Africa Intelligence dans une enquête publiée en août 2025.
Une procédure relancée sans transparence
La coalition affirme qu’après des recours introduits devant le Conseil d’État, une nouvelle procédure a été engagée sans publicité ni mise en concurrence. Cette démarche aurait conduit à la désignation de Castillo Valere BV, représentée en RDC par Castillo Service RDC.
Le contrat impose le remplacement obligatoire des plaques, au coût de 100 USD pour les anciens détenteurs et 115 USD pour les nouveaux véhicules. Selon l’analyse du CNPAV, ce montage financier est défavorable à l’État. Le coût de production d’une plaque est estimé à 30 USD, mais le prix contractuel accordé au fournisseur reste fixé à 65 USD, comme dans le contrat de 2009.
Dans cette configuration, la part du Trésor public ne progresserait que marginalement, passant de 35 à 36 USD. Une quotité de 35 USD serait captée par des intermédiaires privés, tandis qu’une autre part serait destinée à un « comité de suivi » dont la base légale n’est pas clairement établie. La coalition s’inquiète également du versement des recettes sur des comptes bancaires privés, compromettant la traçabilité des fonds publics.
Un potentiel financier largement sous-exploité
Selon la loi des finances 2026, les recettes attendues des immatriculations sont évaluées à 2,2 millions USD pour 65 417 requérants, un montant jugé largement en dessous du potentiel réel. D’après les estimations de la Direction Générale des Douanes et Accises (DGDA) et celle des impôts (DGI), le parc automobile congolais compterait environ 3 millions de véhicules. Une opération généralisée de remplacement des plaques à 100 USD représenterait ainsi un enjeu financier de plusieurs centaines de millions USD.
À titre illustratif, pour une commande de 100 000 paires de plaques, les gains potentiels des intermédiaires privés pourraient dépasser 3,5 millions USD, au détriment du Trésor public.
Les recommandations du CNPAV
Face à ces constats, la coalition recommande notamment la publication intégrale des contrats et avenants liés à cette réforme, la réalisation d’un audit indépendant du processus de passation et du montage financier, ainsi que l’ouverture d’enquêtes judiciaires sur de possibles conflits d’intérêts et détournements de fonds publics. Elle demande également la suspension immédiate du changement obligatoire des plaques jusqu’à clarification complète du dossier.
Pour le CNPAV, la modernisation de l’administration publique ne peut se faire ni au détriment de la transparence, ni au détriment de la légalité et des intérêts financiers de l’État congolais.
Magazine La Guardia / Provinces26rdc.com
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