Le président américain Joe Biden a repoussé mardi les critiques concernant la gestion par son administration du retrait militaire de l’Afghanistan.
Dans un discours télévisé prononcé depuis la Maison Blanche, M. Biden, au pouvoir depuis janvier, a déclaré que le retrait des militaires américains d’Afghanistan s’est soldé par un « succès extraordinaire ».
En plus des pertes en vies humaines, la guerre en Afghanistan a coûté au contribuable américain 2000 milliards de dollars en deux décennies, soit « 300 millions de dollars par jour », a précisé M. Biden, 78 ans.
« J’ai refusé d’ouvrir une nouvelle décennie de guerre en Afghanistan », a-t-il dit.
Les remarques du président interviennent 24 heures après que le dernier soldat américain, le major général Chris Donahue, commandant de la 82e division aéroportée, a quitté l’Afghanistan peu avant la date limite du 31 août. Une photo du militaire, prise à travers un objectif de vision nocturne, a été largement partagée sur les chaînes de télévision américaines, ainsi que sur les réseaux sociaux.
« Ne m’oubliez pas ici »
Outre le chaos des premiers jours de l’évacuation, les critiques martèlent le fait que 13 soldats américains sont morts dans un attentat suicide à l’aéroport de Kaboul et que des Américains et des Afghans qui ont travaillé avec les forces américaines sont toujours en Afghanistan.
« Depuis mars, nous avons tendu la main aux Américains en Afghanistan à 19 reprises », s’est défendu M. Biden, tout en admettant qu’entre 100 et 200 Américains sont encore sur le terrain. « Nous sommes engagés à les faire partir s’ils veulent partir », a-t-il ajouté.
Mardi, le Wall Street Journal, un quotidien américain, a évoqué les déboires d’un Afghan qui avait aidé Joe Biden en 2008 alors qu’il était encore sénateur. Selon le quotidien, il y a 13 ans, un interprète afghan, Mohammed, avait secouru M. Biden et deux autres sénateurs bloqués dans une vallée reculée d’Afghanistan après que leur hélicoptère a été contraint d’atterrir dans une tempête de neige. « Ne m’oubliez pas ici », aurait dit l’homme, cité par le journal.
« Aucun pays n’a fait plus que nous pour mettre hors de danger des citoyens d’un autre pays », a déclaré M. Biden, qualifiant l’opération de « mission de miséricorde ».
Appel à la destitution
Difficile de dire pour l’heure si la sortie de M. Biden va persuader ses pourfendeurs.
Des politiciens, aussi bien démocrates que républicains, ont dénoncé sa gestion de la crise, certains allant jusqu’à évoquer une éventuelle destitution.
« Le peuple américain mérite des réponses sur le calendrier et la manière dont le processus d’évacuation a été mené », peut-on lire dans un communiqué de presse publié lundi par la représentante Susan Wild, une démocrate de Pennsylvanie.
Pour sa part, le sénateur républicain Lindsey Graham a déclaré à la chaîne CBS que le président Biden devrait être destitué pour sa gestion de l’Afghanistan. « Je pense qu’il a manqué à ses devoirs de commandant en chef », a-t-il déclaré lors de l’émission dominicale « Face the Nation ».
« J’assume la responsabilité de ces décisions », a déclaré M. Biden, tout en rejetant une partie de la responsabilité à son prédécesseur, Donald Trump. C’est en effet l’administration Trump qui avait négocié avec les talibans le retrait américain de l’Afghanistan, fixant sa date finale au 1er mai. Une date que Joe Biden avait finalement repoussée au 31 août.
Les Etats-Unis divulguent la photo du dernier soldat américain sur le sol afghan

Une photo qui marque la fin de 20 ans de présence militaire occidentale dans le pays.
Le tarmac de l’aéroport international Hamid-Karzaï est plongé dans l’obscurité. Le major général Chris Donahue, casque sur la tête et fusil à la main, s’apprête à embarquer à bord d’un avion-cargo C-17 de l’US Air Force, lundi soir.
La photo, floue et au ton vert caractéristique des dispositifs de vision nocturne, a été publiée sur Twitter par le département de la Défense américain. La légende rédigée par le Pentagone est sans appel : « Le dernier soldat américain à quitter l’Afghanistan ».
Après vingt ans de présence en Afghanistan et une retraite qui a pris toutes les allures d’une débâcle marquant la fin de la plus longue guerre des États-Unis, l’image est lourde de symboles.
Le président américain Joe Biden n’avait eu de cesse de le répéter, et ce malgré le chaos régnant à l’aéroport de Kaboul depuis le 15 août dernier et la prise du pouvoir par les talibans : les dernières troupes auront quitté le sol afghan le 31 août. Le départ effectif aura donc eu lieu quelques heures avant la date butoir. « Le dernier avion C-17 a décollé de l’aéroport de Kaboul le 30 août », a ainsi déclaré le général Kenneth McKenzie, qui dirige le commandement central dont dépend l’Afghanistan. À bord de l’appareil, les deux derniers Américains à avoir quitté le pays : l’ambassadeur américain Ross Wilson et, donc, le major général Chris Donahue, commandant de la 82e division aéroportée appartenant au XVIIIe corps aéroporté.
Sur tous les fronts
Formé à West Point, Donahue a d’abord servi en Corée du Sud, puis au Panama. Installé par la suite à Washington, au Pentagone, le militaire a été assistant auprès de l’état-major des armées, avant d’occuper plusieurs fonctions dans différentes bases de l’armée américaine : Fort Bragg (Caroline du Nord), Fort Carson (Colorado) ou Fort Benning (Géorgie). De retour au Pentagone, le militaire a occupé des fonctions auprès du directeur des opérations spéciales et du contre-terrorisme. À ce poste, il coordonnait notamment les opérations extérieures des Navy Seals. En mai 2011, c’est cette unité d’élite de la marine américaine qui avait tué Oussama Ben Laden, l’organisateur des attentats du 11 septembre.
La lutte contre l’État islamique en Irak et en Syrie a également été au cœur des missions de Chris Donahue durant sa carrière. « Il a été le concepteur de presque tous les succès que nous avons obtenus au cours des deux premières années de la guerre contre l’État islamique », avait déclaré en 2016 le général Raymond Thomas, alors patron du commandement des opérations spéciales. Le militaire a ensuite occupé le poste de commandant de la force opérationnelle interarmées des opérations spéciales en Afghanistan.
À la mi-août, la 82e division aéroportée du général Donahue avait été déployée en Afghanistan pour assurer la sécurité de l’aéroport de Kaboul alors que les Occidentaux débutaient leurs opérations d’évacuation. Près de 123 000 civils ont ainsi pu être évacués depuis le 14 août, à la fois le personnel diplomatique américain, des membres d’ONG mais aussi des Afghans menacés par les talibans. « Nous n’avons pas pu évacuer tous ceux que nous voulions évacuer », a concédé lundi soir le général McKenzie, ajoutant que les évacuations s’étaient terminées « environ 12 heures » avant le retrait final mais que les forces américaines étaient restées prêtes à évacuer quiconque aurait pu atteindre l’aéroport « jusqu’à la dernière minute ».
Hélicoptères américains abandonnés
Sur la photo diffusée par le Pentagone montrant l’embarquement du major général Donahue, un hangar se dessine à l’arrière-plan. Dans une vidéo diffusée peu après par le correspondant du Los Angeles Times, des talibans pénètrent dans un autre hangar, équipés de lunettes de visée nocturne et de fusils d’assaut modernes. Ceux qui ont été chassés de Kaboul il y a vingt ans par les Occidentaux y découvrent des hélicoptères Chinook que l’armée américaine a laissés derrière elle. Un autre symbole.

VOA /Belga / La Libre /provinces26rdc.net
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