Ian Lustick, professeur de sciences politiques à l’Université de Pennsylvanie, estime également que les relations entre les deux dirigeants se sont fortement détériorées
Les tensions croissantes entre le président américain Donald Trump et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu autour du cessez-le-feu avec l’Iran et des opérations militaires israéliennes au Liban mettent en lumière l’une des plus importantes crispations dans les relations entre les États-Unis et Israël depuis plusieurs années.
Cette divergence alimente les interrogations sur une éventuelle volonté de Trump d’imposer davantage de limites aux actions israéliennes que ses prédécesseurs, ainsi que sur l’impact que ces désaccords pourraient avoir sur une relation longtemps considérée comme l’un des partenariats stratégiques les plus étroits de Washington.
« Il y a eu une véritable rupture dans les relations entre l’administration Trump et le Premier ministre Benjamin Netanyahu », a déclaré Evan Cooper, analyste de recherche au programme Reimagining US Grand Strategy du Stimson Center, à Anadolu.
Selon Cooper, même si ces tensions ne sont pas nécessairement irréversibles, elles se distinguent des précédents désaccords observés entre les deux gouvernements.
« L’administration Trump a clairement indiqué qu’elle souhaitait mettre fin à la guerre avec l’Iran et limiter la capacité de Netanyahu à compromettre un cessez-le-feu. Si celui-ci tient, la leçon aux États-Unis pourrait être qu’adopter une position ferme face à Netanyahu est une stratégie à la fois possible et nécessaire. Cela pourrait modifier profondément les relations entre les deux pays », a-t-il ajouté.
Ian Lustick, professeur de sciences politiques à l’Université de Pennsylvanie, estime également que les relations entre les deux dirigeants se sont fortement détériorées.
« Chacun est profondément irrité. Mais chacun a intérêt à faire croire que le conflit n’est pas aussi grave qu’il le ressent réellement », a-t-il affirmé.
Les efforts visant à mettre fin aux hostilités avec l’Iran, combinés à la poursuite des opérations militaires israéliennes au Liban, ont alimenté les derniers désaccords publics entre Washington et Tel-Aviv.
Lors d’un échange téléphonique tendu plus tôt ce mois-ci, Trump aurait qualifié Netanyahu de « fou », exprimant son mécontentement face à ce qu’il considère comme des tentatives israéliennes de compromettre l’accord de paix avec l’Iran.
Le vice-président américain JD Vance a également critiqué des responsables israéliens la semaine dernière, estimant que Trump était le seul chef d’État au monde à rester constamment favorable à Israël.
Du côté israélien, le ministre de la Défense Israel Katz a déclaré qu’Israël répondrait « immédiatement et avec force » à toute attaque iranienne, ajoutant que « personne ne peut nous dire ce que nous devons faire ».
Historique des désaccords
Bien que les États-Unis et Israël soient souvent présentés comme des alliés indissociables, leur relation a déjà traversé plusieurs périodes de tensions importantes.
En 1956, le président américain Dwight D. Eisenhower s’était fermement opposé à l’opération militaire menée conjointement par Israël, le Royaume-Uni et la France contre l’Égypte.
Craignant une montée de l’influence soviétique dans la région, Washington avait exercé une forte pression diplomatique et économique, poussant le Premier ministre israélien David Ben-Gourion à retirer ses forces du territoire égyptien. Cet épisode reste l’un des rares cas où un président américain a contraint Israël à revenir sur une opération militaire majeure.
En 1981, le président Ronald Reagan avait temporairement suspendu la livraison d’avions de chasse F-16 à Israël après le bombardement surprise du réacteur nucléaire irakien d’Osirak.
Au début des années 1990, le président George H.W. Bush avait menacé de bloquer des garanties de prêts d’un montant de 10 milliards de dollars afin de faire pression sur Israël concernant l’expansion des colonies dans les territoires palestiniens occupés.
Les relations se sont également détériorées sous l’administration Obama autour du Plan d’action global commun (JCPOA) sur le nucléaire iranien. Benjamin Netanyahu s’était alors publiquement opposé à l’accord, allant jusqu’à contourner la Maison Blanche pour s’adresser au Congrès américain en 2015.
Malgré ces différends, les relations entre les deux pays sont généralement demeurées solides.
Les États-Unis ont été le premier pays à reconnaître Israël après sa création en 1948 et ont depuis fourni plus de 300 milliards de dollars d’aide économique et militaire, faisant d’Israël le principal bénéficiaire cumulé de l’aide étrangère américaine, selon le Conseil des relations étrangères.
La coopération militaire demeure l’un des piliers majeurs de cette relation, Washington s’étant engagé à fournir une assistance sécuritaire annuelle de 3,8 milliards de dollars jusqu’en 2028.
L’alliance survivra-t-elle ?
Malgré les tensions croissantes entre Donald Trump et Benjamin Netanyahu, le Congrès américain semble prêt à renforcer davantage l’intégration militaire entre les deux pays.
Une disposition du projet de loi sur l’autorisation de la défense nationale (NDAA), actuellement examinée par le Congrès, prévoit d’élargir considérablement le partage de technologies et de renseignements entre les armées américaine et israélienne.
« Cela créerait un système sans précédent de partage de technologies et d’informations entre l’armée américaine et les Forces de défense israéliennes », a déclaré Evan Cooper.
« Cette disposition a de fortes chances d’être adoptée et, si c’est le cas, cela démontrera la solidité des relations entre les deux pays. Toutefois, si le président Trump pousse les républicains à retirer leur soutien, cela constituerait un signe indiquant que l’alliance fait l’objet d’une remise en question fondamentale », a-t-il ajouté.
Ian Lustick estime que les positions divergentes des deux pays sur le Liban « accélèrent la transformation de cette relation vers des liens beaucoup plus transactionnels ».
« Je qualifierais cette relation spéciale de partenariat devenu de plus en plus toxique », a-t-il déclaré.
Selon lui, l’un des changements majeurs dans la politique américaine est que la nature même des relations entre les États-Unis et Israël fait désormais l’objet d’un débat croissant, au lieu d’être considérée comme un consensus incontesté.
Mardi, Benjamin Netanyahu a affirmé qu’Israël devait réduire sa dépendance à l’égard du soutien extérieur et développer une industrie de l’armement plus autonome dans un contexte de désaccords croissants avec Washington.
Netanyahu a publiquement soutenu les efforts visant à mettre progressivement fin aux 3,8 milliards de dollars d’aide militaire annuelle américaine accordée dans le cadre du protocole d’accord actuel et à les remplacer par des investissements conjoints plus importants dans les projets liés à la défense et aux technologies.
« Le moment est désormais venu pour nous de passer du statut de bénéficiaire d’aide à celui de partenaire », aurait écrit Netanyahu dans une lettre soutenant le projet de loi.
Ian Lustick a toutefois estimé qu’il serait irréaliste pour Israël de maintenir sa position stratégique actuelle sans le soutien des États-Unis.
À l’inverse, il a souligné que les efforts du Congrès visant à approfondir l’intégration militaire entre les deux pays démontrent la solidité durable de cette relation, indépendamment des différends politiques.
« Le projet de loi NDAA aux États-Unis illustre l’influence des efforts visant à ancrer et institutionnaliser l’intégration militaire et sécuritaire américaine avec Israël afin d’éviter d’avoir à défendre la pertinence ou le bien-fondé des politiques israéliennes, ce que les discussions annuelles sur l’aide étrangère peuvent rendre nécessaire », a-t-il déclaré.
Trump envoie-t-il un signal de changement ?
De récents articles publiés dans les médias israéliens ont indiqué que des membres de l’administration Trump auraient mené des contacts informels avec des figures de l’opposition israélienne, notamment l’ancien Premier ministre Naftali Bennett et l’ancien chef militaire Gadi Eisenkot, sur fond de frustration croissante à l’égard de Benjamin Netanyahu.
Trump a également relayé des articles mettant en avant son influence sur l’avenir politique de Netanyahu, alimentant les spéculations sur une éventuelle volonté de Washington d’accroître la pression sur le dirigeant israélien au profit de ses rivaux politiques.
Selon Ian Lustick, ces initiatives visent à rappeler à Netanyahu qu’entretenir une relation constructive avec Trump demeure essentiel sur le plan politique.
« Netanyahu a besoin de l’image d’un partenariat réussi avec Trump pour remporter les prochaines élections israéliennes prévues à l’automne », a-t-il déclaré.
Le débat reflète également les divisions qui traversent la base politique de Trump.
Une frange influente du mouvement républicain « America First », comprenant notamment des personnalités comme Tucker Carlson et Candace Owens, s’oppose à la poursuite du soutien militaire et financier américain à Israël, remettant en question le consensus traditionnel favorable à Israël au sein du Parti républicain.
« Trump ne souhaite pas prendre une position trop tranchée dans les divisions internes du mouvement MAGA concernant Israël. Une rupture trop publique et trop brutale avec Israël provoquerait une crise au sein du mouvement MAGA et affecterait certainement les relations de Trump avec d’importants donateurs liés au lobby pro-israélien », a expliqué Lustick.
Evan Cooper estime toutefois que les récentes actions de Trump visent principalement à limiter la capacité de Netanyahu à compromettre un cessez-le-feu avec l’Iran plutôt qu’à chercher à l’écarter du pouvoir.
« Trump ne veut pas que Netanyahu interfère dans les efforts visant à mettre fin à la guerre très impopulaire avec l’Iran et, si Netanyahu fait marche arrière, Trump sera probablement disposé à continuer de soutenir Bibi », a-t-il affirmé.
« Mais si Netanyahu continue de tenter de faire échouer l’accord, notamment à travers une escalade au Liban, Trump a laissé entendre qu’il chercherait à rendre la vie politique de Netanyahu aussi difficile que possible », a-t-il ajouté.
AA / Provinces26rdc.com
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