Les jihadistes, alliés aux séparatistes touareg, ont lancé samedi des attaques coordonnées sans précédent contre la junte au pouvoir. Les combats se sont poursuivis dimanche, près de la capitale, Bamako, et dans le nord du pays, dans la zone sahélienne. Le ministre de la Défense fait partie des victimes.
e Mali est toujours secoué par des combats qui ont visé plusieurs villes du pays, dimanche 26 avril, dont la capitale Bamako. Des jihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim), affilié à Al-Qaïda, ont lancé samedi des attaques coordonnées sans précédent avec des séparatistes touareg du Front de Libération de l’Azawad (FLA) contre la junte au pouvoir. L’armée malienne, soutenue par des mercenaires russes de l’Africa Corps, a répliqué. Voici ce que l’on sait de la situation sur place.
Des attaques coordonnées inédites des jihadistes et des rebelles touareg
Les combats opposent les Forces armées maliennes (FAMa), soutenues par des mercenaires de l’organisation paramilitaire russe Africa Corps, aux jihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim), affilié à Al-Qaïda. Actif depuis plusieurs années dans le centre et le nord du pays, ce groupe jihadiste mène une insurrection contre l’Etat malien et multiplie notamment les attaques contre les positions militaires.
Pour ces attaques, les jihadistes du Jnim se sont alliés aux rebelles touareg maliens du Front de Libération de l’Azawad (FLA). Ce groupe séparatiste a vu le jour en novembre 2024, après la dissolution d’une coalition de groupes armés indépendantistes. Il revendique le territoire de l’Azawad, dans le nord du pays. Le groupe a perdu le contrôle de plusieurs localités fin 2023 après une offensive de l’armée malienne et des mercenaires russes, provoquant notamment la prise de Kidal.
Le Mali est en proie depuis plus d’une décennie aux conflits et aux violences jihadistes, mais depuis la prise du pouvoir en 2020 par la junte, les attaques de la part des jihadistes et des rebelles touareg sont sans précédent, selon l’AFP.
Un ministre du gouvernement parmi les victimes
Le ministre malien de la Défense, Sadio Camara, a été tué dans l’attaque de sa résidence à Kati, près de Bamako. Sa mort a été confirmé dimanche soir par le Gouvernement de la Transition du Mali qui fait le lien avec les « incidents terroristes lâches » survenus samedi.
« Un véhicule piégé conduit par un kamikaze a visé la résidence dudit ministre, qui a engagé des échanges avec des assaillants, dont il a réussi a neutralisé certains. Au cours d’intenses affrontements, il a été blessé, puis transporté à l’hôpital, où il a malheureusement succombé », peut-on lire dans un communiqué(Nouvelle fenêtre).
« En outre, l’effondrement de sa résidence a causé d’autres victimes et la destruction d’une mosquée à proximité, ayant entraîné la mort de certains fidèles qui étaient à l’intérieur », rapporte également le texte des autorités maliennes.
Des villes clés ciblées, dont la capitale et le fief de la junte
Dès samedi matin, des tirs ont été entendus dans plusieurs localités du Mali dont Kati, près de la capitale Bamako, ville garnison qui abrite la résidence du chef de la junte, le général Assimi Goïta, a appris l’AFP auprès de témoins, d’une source sécuritaire et d’un élu. Des détonations ont également résonné à Gao, la plus grande ville du nord du Mali, et Sévaré, dans le centre. Les combats ont fait seize blessés civils et militaires et des « dégâts matériels limités », a confirmé, dans un communiqué samedi soir, le gouvernement selon lequel « la situation est totalement sous contrôle dans l’ensemble des localités » attaquées.
Samedi soir, dans un communiqué, le Jnim a proclamé une « victoire », estimant qu’elle est « le fruit d’un travail acharné »(Nouvelle fenêtre) et d’une coordination avec ses « partenaires » « grâce à la participation active de nos frères du Front de libération de l’Azawad ». Le Jnim a revendiqué les assauts ayant visé samedi « le siège du président malien Assimi Goïta, le siège du ministre malien de la Défense Sadio Camara, l’aéroport international » de Bamako et « les sites militaires dans la ville de Kati » voisine.
Les combats ont repris dans la matinée de dimanche entre les rebelles et l’armée, soutenue par les mercenaires russes à Kidal et à Kati. Dans un communiqué, l’état-major général des armées assure que « les FAMa restent engagées et déterminées à défendre l’intégrité du territoire » et « garantir la sécurité nationale ».
Les rebelles touareg annoncent un accord avec les mercenaires russes pour leur retrait de Kidal
Après la reprise des combats dimanche, les rebelles touareg ont annoncé avoir conclu un « accord » permettant aux paramilitaires russes de se retirer de la ville de Kidal, qu’ils disent « désormais » contrôler « totalement ». « Un accord a été conclu pour permettre à l’armée et à ses alliés d’Africa Corps de quitter le Camp 2, où ils étaient retranchés depuis hier », a déclaré la veille à l’AFP un responsable des rebelles touareg.
Les mercenaires russes sortent « du Camp 2 de Kidal sous bonne escorte de nos forces armées », a confirmé la rébellion touareg sur Facebook. Les rebelles touareg ont posté une vidéo censée présenter le départ de troupes sous des vivats d’hommes en armes à la sortie du Camp 2. Le FLA a en outre revendiqué la prise de contrôle de plusieurs positions dans la région de Gao, dans le nord du pays.
Un couvre-feu appliqué dans le district de Bamako
Dans une décision publiée samedi sur la page Facebook du gouvernement malien, le gouverneur du district de Bamako a instauré un couvre-feu « sur toute l’étendue de la capitale » entre 21 heures et 6 heures pour une durée de 72 heures. Le gouverneur assure qu’il reste « reconductible si besoin ». L’état-major général des armées maliennes a, pour sa part, annoncé que « les niveaux d’alerte ont été relevés dans tout le pays ». Il a également décidé de « patrouilles de grande envergure intensifiées » et de « points de contrôle renforcés ».
La communauté internationale condamne les attaques
Après le début des combats dans le pays, les réactions internationales n’ont pas tardé à tomber. La Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), dont le Mali ne fait plus partie depuis janvier 2025, a également réagi dimanche sur X(Nouvelle fenêtre) en condamnant les attaques de la veille. « Ces actes odieux démontrent une fois de plus la nature barbare des auteurs, qui continuent de menacer la paix, la sécurité et la stabilité dans l’ensemble (…) de l’Afrique de l’Ouest », a-t-elle évoqué. Le président de la commission de l’Union Africaine, Mahamoud Ali Youssouf, condamne fermement ces actes « qui risquent d’exposer les populations civiles à des dangers importants ».
Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a condamné « l’extrémisme violent » après ces attaques et appelle à « un soutien international coordonné pour faire face à la menace évolutive de l’extrémisme violent et du terrorisme au Sahel et pour répondre aux besoins humanitaires urgents », dans un communiqué samedi. L’Union européenne condamne aussi « fermement les attaques terroristes » et exprime sa solidarité avec le peuple malien, dans un communiqué diffusé dimanche par les services de sa cheffe de la diplomatie, Kaja Kallas. « Nous réaffirmons notre détermination dans la lutte contre le terrorisme, ainsi que notre engagement en faveur de la paix, la sécurité et la stabilité au Mali et dans l’ensemble du Sahel », ajoute l’UE.
france info / Provinces26rdc.com
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