Des centaines de milliers de personnes ont défilé en France pour un troisième samedi consécutif lors de l’« acte III » d’une mobilisation contre la vie chère, qui a donné lieu en fin de journée à des actes de violence dans plusieurs villes dont Paris.
« Les dispositifs [de sécurité] ont vraiment montré leur robustesse », « les forces de sécurité intérieure ont tenu, elles ont protégé les centres-villes », s’est félicité Laurent Nuñez, le ministre de l’Intérieur, tout en soulignant qu’il y avait « eu énormément de tensions », une « violence inouïe ».
Il a qualifié de « tentative de meurtre » contre les forces de l’ordre le lancement d’un cocktail Molotov contre un gendarme mobile à Paris, qui a été légèrement blessé.
Les candidats à l’élection présidentielle Marine Le Pen (Rassemblement national, extrême droite) et Bruno Retailleau (Les Républicains, droite républicaine) ont dénoncé samedi un geste « insupportable » après la diffusion d’images montrant un membre des forces de l’ordre recevant un jet de cocktail molotov à la fin de la manifestation parisienne.
Au total, dans la capitale, cinq membres des forces de l’ordre ont été blessés, dont trois par des jets de cocktail Molotov. À 17 h (heure de l’Est), à l’échelle nationale, 565 personnes ont été arrêtées, selon le ministère de l’Intérieur.
Mais « on attend fermement ceux qui voudraient en découdre ce soir. Que les choses soient claires, on les attend fermement, avec beaucoup d’autorité », a-t-il lancé.
Les autorités françaises ont déployé un dispositif exceptionnel de 70 000 forces de l’ordre après des appels à la « révolution » ou à « l’insurrection » lancés sur les réseaux sociaux. L’objectif était d’éviter la répétition des violences et pillages du 17 octobre. Comme la semaine dernière, le gouvernement avait en outre interdit les cortèges dans les centres-villes.
« En dépit des stations de métro fermées, d’une semaine de campagne d’affolement des médias de l’officialité et d’un changement de lieu de rassemblement, la foule a été aussi nombreuse cette semaine », a affirmé sur le réseau social X Jean-Luc Mélenchon, leader de La France insoumise (LFI, gauche radicale) et candidat à la présidentielle, qui a lui-même défilé dans la manifestation parisienne.
Un total de 320 000 personnes ont été recensées dans les rues à travers la France, dont 70 000 à Paris, selon les autorités, pour cette troisième journée de manifestations à l’appel des lycéens et étudiants, des gilets jaunes et des syndicats.
L’intersyndicale de la jeunesse, qui regroupe des syndicats ou des associations représentatives du monde lycéen et étudiant, a, elle, fait état de près d’un demi-million de personnes, dont 200 000 à Paris.
Samedi dernier, les autorités avaient dénombré 410 000 manifestants dans le pays, et les organisateurs 800 000.
À Paris, sous un soleil radieux, les manifestants ont défilé avec des pancartes « alerte climat de vie chère » ou « on veut pas passer notre vie à la gagner », sur le seul parcours autorisé par la police dans des quartiers résidentiels de l’est de la ville.
Mais la fin de la manifestation a donné lieu à des heurts avec des jets de projectiles sur les forces de l’ordre qui ont riposté avec des gaz lacrymogènes. Des échauffourées similaires ont eu lieu à Lyon (Centre-Est), Rennes (Ouest) ou Marseille (Sud-Est) et Toulouse (Sud-Ouest).
« État policier »
En ce jour d’Halloween, dans de nombreux cortèges, les déguisements de Spiderman, Frankenstein et du Joker, masques de Batman et chapeaux de pirates s’étaient mêlés aux bannières syndicales ou de LFI et aux drapeaux français, palestiniens.
« On dit non au prix de la vie, non à l’extrême droite, oui aux revendications des lycéens, oui à la parole des citoyens », avait lancé de son côté Camille Guérin, une manifestante de 31 ans à Nantes (Ouest).
Aux revendications lycéennes pour plus de moyens dans l’éducation et contre la vie chère s’est ajoutée la dénonciation de la montée du racisme, après un attentat qui a fait un mort et sept blessés le 23 octobre en région parisienne. Le suspect, âgé de 39 ans, a admis avoir « spécifiquement ciblé des personnes […] de type musulman ou africain ou nord-africain ».
Cette attaque a alimenté les tensions à six mois de la présidentielle, pour laquelle Marine Le Pen est donnée favorite, selon les sondages. Partout en France, les manifestants ont critiqué le gouvernement pour ne pas avoir autorisé les manifestations dans les centres-villes.
Plusieurs manifestants, dont des mineurs, ont été grièvement blessés ou mutilés depuis mi-septembre dans le cadre d’opérations de maintien de l’ordre. D’après le ministre de l’Intérieur, 1193 policiers et gendarmes ont été blessés.
« Six-seven »
Des organisations ont appelé à poursuivre le mouvement, notamment à bloquer lycées et universités mardi et jeudi. Une journée de grève, à l’appel des syndicats, est également prévue jeudi prochain et la coordination des gilets jaunes a appelé à faire « un six-seven populaire » en poursuivant « le mouvement les 6 et 7 novembre ».
Cette contestation, née mi-septembre dans les lycées pour réclamer davantage de moyens pour l’éducation, a depuis essaimé en Europe.
Samedi, des dizaines de milliers de jeunes ont manifesté dans de grandes villes d’Allemagne pour réclamer notamment davantage de moyens pour l’éducation. La police a dû utiliser des canons à eau pour disperser des protestataires lançant des projectiles à Cologne.
En Italie, des centaines de milliers d’étudiants et de travailleurs sont descendus dans la rue vendredi pour réclamer davantage de financements pour les écoles et des mesures contre la hausse du coût de la vie.
La Presse/Provinces26rdc.com
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