Face à la détérioration continue de la situation sécuritaire dans la partie nord de la province du Nord-Kivu, l’Église catholique élève la voix. Dans un message intitulé « Nous voulons d’abord la paix », les autorités ecclésiastiques dénoncent les violences qui frappent les populations du Nord-Kivu et appellent les dirigeants du pays à recentrer leur action sur les véritables préoccupations des citoyens.
Dans cette déclaration signée par Mgr Sikuli Paluku Melchisédech, évêque du diocèse de Butembo-Beni, l’Église affirme que l’insécurité est devenue presque endémique dans cette partie du pays.
L’évêque revient notamment sur les récents massacres perpétrés dans la région. Il cite l’attaque survenue dans la nuit du 30 au 31 mai 2026 dans la ville de Beni, où vingt et une personnes ont été tuées à l’arme blanche. Quelques jours plus tard, dans la nuit du 2 au 3 juin, seize autres personnes ont perdu la vie dans l’agglomération de Mbau. Le document évoque également les violences qui ont endeuillé les localités de Biakato et Makumo, sur l’axe Beni-Mambasa.
Le message fait aussi état de l’assassinat de trois agents de la Police nationale congolaise le 25 mai dernier dans le village de Kirima, en territoire de Lubero. Face à ces pertes humaines, l’évêque présente ses condoléances chrétiennes aux familles éprouvées et leur assure de la proximité spirituelle de l’Église.
Au-delà des massacres, Mgr Sikuli attire l’attention sur la multiplication des actes de banditisme urbain et périurbain à Butembo et à Beni, l’instabilité persistante dans les milieux ruraux ainsi que les difficultés auxquelles sont confrontés les secteurs de l’éducation et de la santé. Selon lui, de nombreux agriculteurs et éleveurs peinent désormais à exercer leurs activités, tandis que la résurgence de la maladie à virus Ebola de souche Bundibugyo vient compliquer davantage les conditions de vie des populations.
Dans son message, l’évêque déplore également ce qu’il considère comme un décalage entre les préoccupations de la classe politique et les attentes réelles des Congolais. Il estime que, pendant qu’une partie du territoire national est confrontée à l’occupation étrangère et aux massacres récurrents, les autorités semblent davantage mobilisées autour du projet de changement de la Constitution. Selon lui, les efforts devraient plutôt être orientés vers la recherche de solutions aux problèmes sécuritaires et sociaux qui affectent la population.
Le prélat met en garde contre les risques de division que pourrait engendrer ce débat constitutionnel dans le contexte actuel. À l’approche du 66ᵉ anniversaire de l’indépendance du pays, il invite chaque citoyen à réfléchir à sa contribution pour bâtir une nation fondée sur la paix, la justice, la souveraineté et l’intégrité territoriale. Il oppose ces valeurs aux fléaux que sont les massacres, l’injustice, la corruption et le tribalisme.
S’adressant au président de la République, aux parlementaires, aux forces de défense et de sécurité ainsi qu’à l’ensemble du peuple congolais, Mgr Sikuli appelle chacun à assumer ses responsabilités. Il exhorte les autorités à faire de la restauration de la paix leur priorité absolue, demande aux élus de ne pas être complices des souffrances de la population et invite les citoyens à ne pas céder aux manipulations politiques.
Réaffirmant sa compassion envers toutes les victimes des violences, l’évêque conclut en plaidant pour une société fondée sur la paix, la dignité, la justice et la réconciliation.
Opinion Info / Provinces26rdc.com
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